Ce n’est maintenant un secret pour personne : Marc Bergevin a royalement manqué son coup cet été. Reconnu depuis quelques années pour ses acquisitions du type petit risque, grande récompense –  excusez cette traduction douteuse – il a misé quelques écus sur Mark Streit et Ales Hemsky, deux anciens joueurs d’impact en fin de carrière. Si le premier a déjà fait ses bagages pour la Suisse, il ne s’agit que d’une question de jours avant que le deuxième fasse de même vers sa République Tchèque natale.

 Ces ratés n’auront, au final, pas eu une grande influence sur la tenue du Tricolore. On ne peut pas reprocher au directeur général québécois d’avoir essayé, mais l’on peut souligner son grand manque de vision. Comment peut-il justifier l’acquisition d’un vétéran qui n’a pas amassé plus de 40 points en une saison depuis la campagne 2013-14 pour dynamiser son top 9 offensif? Sa carrière, lourdement décimée par les blessures, s’est transcendée sur son style de jeu apeuré. Malgré son manque complet de productivité offensive, Claude Julien semble se faire forcer la main par son patron. En effet, Hemsky a été traité en roi depuis son arrivée à Montréal. Si l’état-major montréalais croit indubitablement que le Tricolore retrouvera la voie du succès en utilisant ce dernier sur la deuxième vague d’avantage numérique, l’on a toutes les raisons d’être pessimiste pour la suite des choses.

L’entente entre ce dernier et Bergevin n’a pas été la seule du genre pendant la période estivale. On peut affirmer avec certitude que certains de ses homologues ont eu la main plus heureuse au terme du camp d’entraînement. Quand on se regarde, on se désole mais quand on se compare… N’est-on pas supposé se consoler?

Perçu comme l’un des pires flops de la décennie, Nail Yakupov a un départ prometteur avec – tenez-vous bien – l’Avalanche du Colorado, la risée de la LNH l’an dernier. Qui aurait pu prédire qu’un groupe d’attaquants composé entre autres de Sven Andrighetto et de ce dernier serait plus électrisant que celui du CH?

La fin de saison en pédoncule de poisson d’Alex Galchenyuk aurait été un excellent motif pour réassembler leur duo, qui avait terrorisé les gardiens de la ligue de l’Ontario il y a quelques années. Bergevin a toutefois semblé vouloir mettre fin à la culture russe qui habitait le vestiaire la saison dernière et, du même coup, protéger Chucky des vices de la consommation excessive.

Cependant, pouvait-il vraiment se permettre de ne pas prendre le risque – aussi petit soit-il – d’essayer de réunir ces deux jeunes? Le potentiel de cette acquisition aurait certainement été beaucoup plus grand que celui d’Hemsky.

Touchant un salaire ne frôlant pas le million pour la présente campagne, Yakupov s’avère comme un véritable vol de Joe Sakic. Avec trois buts et cinq points en huit rencontres, il se retrouverait au premier rang des pointeurs du CH, à égalité avec Jonathan Drouin.

Qui plus est, l’entraîneur-chef est à court de combinaison à l’attaque. Que pourrait-il donner, maintenant, pour pouvoir jumeler l’ex-duo du Sting de Sarnia à son joyau québécois…

Évidemment, il est impossible de savoir si Yak connaitrait un succès semblable à Montréal. Depuis sa saison recrue, où il avait amassé 31 points en 48 parties, le natif de Nizhnekamsk n’a pas cessé de régresser et les plus fervents amateurs de statistiques avancées se sont acharnés sur son cas depuis quelques années. Il n’avait – et n’a probablement toujours pas – les aptitudes défensives nécessaires pour être un vrai joueur de premier plan mais a un talent sans borne. Curieusement, la voie de l’AHL aurait peut-être été souhaitable dans son cas, n’eut été de la structure de développement déficiente des Oilers au moment de sa sélection.

Même si l’on ne pourrait jamais qualifier Nail Yakupov de sauveur, une petite pensée trottera pour longtemps dans la tête des partisans : et si on lui avait octroyé une chance?

Chose certaine, il est présentement difficile d’être plus inutile à son équipe et passif qu’Ales Hemsky…

 

Texte paru originalement sur EnProlongation.com