MONTRÉAL – Si l’incertitude persiste par rapport à la prochaine saison de la LNH, Claude Julien perçoit plusieurs signes positifs pour sa formation qui a été revampée selon ses attentes et celles de l’état-major du club. « On commence à voir la lumière au bout du tunnel », a-t-il témoigné, jeudi, durant une visioconférence.

 

Les dernières années ont permis au directeur général Marc Bergevin d’orchestrer la refonte envisagée. Lors de son retour avec l’organisation, Julien en avait discuté avec lui et le propriétaire Geoff Molson. Pendant la saison morte actuelle, Bergevin a pu déclencher la grosse poussée de ce virage pour essayer de devancer ses rivaux.

 

Le point de presse de Claude Julien

« Il y avait des affaires qu’on devait changer et on l’a fait tranquillement. On a souffert un peu avec ça et les partisans n’ont pas vu une équipe assez bonne pour faire les séries. Quand tu regardes le jeu de (Nick) Suzuki, (Jesperi) Kotkaniemi et les autres qui s’en viennent comme (Alexander) Romanov et (Jordan) Harris, il y a un bon noyau de jeunes qui arrive. À mon avis, c’est une équipe qui sera bonne pour plusieurs années avec ce qu’on possède comme renfort. Ce n’était pas décisions faciles pour l’organisation, mais il fallait les faire », a cerné Julien qui était en grande forme pour cette vaste période de questions.  

 

Comme le collègue François Gagnon le soulève, le visage du Canadien ressemble désormais aux préférences de Julien grâce aux ajouts de Josh Anderson, Tyler Toffoli, Joel Edmundson, Jake Allen et l’entrée en scène d’Alexander Romanov. À un tel point que ça devient inutile pour lui d’identifier le nouveau venu qui aura le plus grand impact.

 

Il les a tous vantés – en plus de souligner le travail de son patron – mais cette réponse sur Anderson était la plus révélatrice quand un estimé confrère a soulevé des ressemblances avec l’influence de Milan Lucic à Boston lors de ses belles années.   

 

« Je n’aime pas trop les comparaisons entre les joueurs, mais on vient d’ajouter un gros gabarit à l’aile droite. Il patine bien, il est bon en échec-avant et devant le filet. Peu importe son année difficile, on est vraiment confiants qu’il puisse marquer avec une certaine régularité. Pour notre équipe, on avait besoin de cet aspect. Ça nous donne un bon coup de pouce », a convenu Julien qui est emballé par l’enthousiasme d’Anderson.

 

D’ailleurs, l’entraîneur d’expérience détient maintenant la possibilité de dicter son plan de match. Par le passé, le CH a dû devenir une équipe plus défensive, par moments, pour tenir le coup. Cette fois, sans ouvrir les valves allégrement, ça s’annonce plus amusant pour Julien et ses adjoints.

 

« Dans notre cas, avec l’équipe qu’on détient, c’est plus de se concentrer sur ce que l’on veut accomplir avec notre groupe. On a vraiment stabilisé chaque position : devant le filet, en défense et en attaque. De ce que j’ai aimé de la petite version des séries, c’est qu’on était la meilleure équipe, la majorité du temps, en deuxième moitié de la rencontre. On veut être une équipe qui va devenir plus forte à mesure que le match progressera. Ce sera aux autres de s’ajuster à nous », a indiqué Julien.

Ce sera intéressant de surveiller si cette approche restera gagnante dans l’éventualité de la création temporaire d’une division canadienne. Après tout, le Canadien ne connaîtra pas autant certains de ses opposants.

 

« J’ai déjà regardé la situation et, si on décide d’aller de l’avant avec une division canadienne, je peux vous dire que presque toutes les équipes canadiennes sont fortes. On sait qu’Ottawa est en reconstruction, mais ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas compétitifs. Les gens risquent de voir des équipe compétitives », a réagi Julien. 

 

Concrètement, c’est difficile de décrire ce que ça veut dire, mais Julien a reconnu que l’identité de sa formation venait de changer. À ses yeux, ça rime d’abord avec une profondeur revitalisée. On avait parfois senti que Julien réclamait plus d’options à sa guise et son souhait a été plus qu’exaucé.

 

En ce qui concerne le système actuel, Julien a relevé des arguments pour justifier sa pertinence.  

 

« Je ne suis pas certain qu’il y avait un enjeu par rapport au système ou plutôt notre finition offensive. On a créé beaucoup offensivement à cinq contre cinq sans marquer suffisamment. Il y aura tout de même de petits ajustements, mais on ne planifie pas de changer le système », a répondu l’ancien joueur.

 

Le fameux dossier des trios

 

L’entraîneur a pris le temps de préparer le terrain avec les journalistes sur un sujet qui n’est pas son préféré : la hiérarchie des trios.  

 

« C’est assez simple, quand tu regardes le nom de nos attaquants, on a quand même quatre trios qui seront compétitifs. Ce sera important de vous dire tout de suite, avec tous les joueurs qui peuvent marquer et faire du bon travail, qu’on peut facilement éliminer le trio un, deux, trois ou quatre. Ce sera une question de quel trio jouera le mieux dans un match. Il faut peut-être arrêter de les classifier comme ça », a-t-il noté.

 

À quelques reprises, quand il parlait de ses trios, Julien regardait à sa gauche pour observer ce qu’il a esquissé comme plan. Un peu plus et il nous révélait le tout.

 

« Je peux les faire tout de suite, mais ça risque de changer demain. C’est ça, la beauté de ce qu’on détient en attaque, on peut utiliser les joueurs à différents endroits en gardant de bons trios. On peut faire des choix de match en match ou pendant la partie. Ça peut aider notre équipe à se stabiliser », a exposé Julien.

 

En lisant entre les lignes, et en supposant que Bergevin ne se départisse pas de Joel Armia pour respecter son budget, on a eu l’impression que Julien entend utiliser Tyler Toffoli, un endroit où ce joueur se dit à l’aise.

 

On n’a pas aperçu la feuille qui était déposée sur son bureau, mais, pour le plaisir, on plonge et présume que la première tentative ressemblerait à cette avenue, mais dans l’ordre que vous préférez. Drouin-Suzuki-Anderson, Tatar-Danault-Gallagher, Toffoli-Kotkaniemi-Armia, Byron-Evans-Lehkonen (avec des options parmi Weal, Poehling et Belzile).

 

Il ne reste qu’à souhaiter que Julien ne doive pas patienter trop longtemps avant de tester ses combinaisons préférées. De plus en plus, c’est le mois de février qui circule pour la relance du circuit Bettman.

 

« Ça m’inquiète pour tout le monde : les partisans, les joueurs, même nous les entraîneurs et la haute direction. Crois-moi, on veut retourner au travail. C’est beau d’être en vacances, mais les vacances sont beaucoup trop longues à notre goût. On espère que ce sera plus tôt que plus tard. Mais malheureusement, Geoff et Marc avec lesquels j’ai discuté, n’ont aucune idée de quand ça va se passer », a déclaré l’entraîneur à ce propos.

 

Le CH ne voit pas Romanov dans sa soupe pour rien

 

À plus d’une reprise, les dirigeants du Canadien n’ont pas caché leur grande confiance envers Alexander Romanov pour la prochaine saison et Julien a apporté un éclairage à ce sujet.

 

« On anticipe qu’il sera avec notre équipe parce qu’il a été dominant à ses deux présences au Championnat mondial junior et ça fait aussi deux ans qu’il joue comme professionnel dans la KHL. Il a quand même de l’expérience et gabarit pour jouer dans la LNH, il a tous les atouts. Je serais surpris s’il ne débutait pas la saison avec nous. Avec tout ce qu’on a vu de lui et on a pu le voir pendant les séries au sein du groupe avec lequel il s’entraînait. Il était confiant et fort contre des joueurs de ce niveau. Pour l’instant, on le voit plus dans notre équipe que non », a-t-il décrit sans laisser planer de doute.

 

Évidemment, Julien conservera une marge de manœuvre dans ses décisions, c’est essentiel dans son mandat. À titre d’exemple, il pourrait choisir de ménager Romanov ou même de le reléguer à un rôle de spectateur parfois.

 

« C’est toujours difficile de prédire, ça dépendra du camp et des matchs préparatoires. Ça déterminera si on doit l’épargner un peu. Mais il peut arriver au camp et tous nous épater donc on voudra juste l’aider à progresser. Ce n’est pas impossible qu’on doive le protéger à un certain point. Ça dépend de chaque jeune. Mais, de ce qu’on a vu jusqu’à présent, il a l’air d’un jeune très confiant et j’anticipe de le voir arriver avec cette attitude. Ce n’est pas comme s’il n’était pas habitué de se mesurer à un tel calibre », a répété Julien.