Que ce soit en guise de solidarité à l’endroit de Claude Julien qui se retrouve au repos forcé en raison d’un malaise cardiaque, que ce soit pour souhaiter la bienvenue à Kirk Muller qui hérite du job d’entraîneur-chef ou simplement pour prouver à tous ceux et celles qui en doutent encore qu’ils méritent pleinement leur place en séries éliminatoires, les joueurs du Canadien ont disputé un match parfait vendredi après-midi.

 

Rien de moins.

 

Est-ce que ce sera suffisant pour désarçonner une équipe qui lui est, ou devrait être, supérieure au point de lui réserver le même sort que celui infligé aux Penguins de Pittsburgh en ronde de qualification? Je ne sais pas.

 

ContentId(3.1371226):LNH : Canadiens 5 - Flyers 0 (Hockey)
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Mais ce qui est clair, c’est que le Canadien a prouvé une fois encore que tout club, aussi bon soit-il, qui commet l’erreur de le laisser profiter de sa vitesse et de son talent risque de perdre. Ou d’être ridiculisé, comme les Flyers ont été ridiculisés vendredi.

 

Soixante-deux secondes après la mise en jeu initiale, le Canadien menait 1-0 grâce à un but de Tomas Tatar. On va le dire, il était temps que Tatar s’implique pour vrai.

 

Loin d’avoir réveillé les Flyers, ce but a plutôt semblé leur passer le K.-O. tant ils sont demeurés au tapis.

 

À mi-chemin en première, le Canadien profitait toujours d’une mince avance d’un but. Mais il avait déjà décoché 18 tirs contre deux seulement pour les Flyers. À la fin du premier tiers, le Canadien dominait 34-16 les tirs tentés et 16-6 les tirs cadrés. Des statistiques qui décrivaient bien mieux l’allure des 20 premières minutes que le score de 1-0.

 

Inversement, le score final donne une bien meilleure idée de l’allure de la rencontre que les dominations au chapitre des tirs cadrés (32-30) et des tirs tentés (70-65) en faveur du Canadien. Car même si les Flyers ont haussé un brin et un seul leur niveau de jeu dans les 40 dernières minutes, leurs poussées offensives manquaient nettement de mordant. Les rares poussées dignes de ce nom se sont conclues par des arrêts de Carey Price, de Shea Weber et des autres joueurs du Tricolore qui ont dominé les Flyers dans toutes les facettes du jeu et dans les trois zones.

 

En passant, c’était la première fois cette saison que le Canadien s’offrait une avance de 5-0 dans un match. De fait, c’était la première fois qu’il s’offrait une avance de cinq buts.

 

Quand Kotkaniemi s’impose

 

Les statistiques officielles indiquent que les Flyers ont dominé (36-32) les mises en échec. Je veux bien. Mais au-delà ces totaux, je jurerais que les meilleures mises en échec, celles qui ont été les plus efficaces et qui ont joué les plus grands rôles dans l’issue du match sont venues des joueurs du Canadien.

 

Et qui a mené à ce chapitre?

 

Si vous avez répondu Jesperi Kotkaniemi qui a distribué six mises en échec, vous méritez un bon Coke Classique bien froid en guise de récompense.

 

À l’image de son équipe, Jesperi Kotkaniemi a été parfait vendredi. Il a bien sûr joué un rôle de premier plan avec ses deux buts. Deux beaux buts. L’un qui a récompensé la bataille qui lui a permis de défendre la place qu’il occupait devant la cage des Flyers. L’autre qui a démontré la qualité de son tir et la qualité de son instinct offensif qui a poussé le Canadien à le préférer à Brady Tkachuk avec la troisième sélection du repêchage de 2018.

 

Kotkaniemi mène le Canadien avec ses quatre buts en six matchs. Quatre buts qu’il a marqués sur les huit tirs seulement qu’il a cadrés sur les cages adverses.

 

Pas question ici de critiquer Brendan Gallagher qui travaille sans relâche depuis le début des séries et qui, j’en suis convaincu, joue sur un pied ou une cheville que les médecins doivent insensibiliser avant chaque match. Mais Gallagher est toujours en quête d’un premier but depuis la reprise du jeu malgré les 28 tirs qu’il a obtenus. Tout un contraste avec l’efficacité de 50 % affichée par KK.

 

Jesperi Kotkaniemi partage pour le moment le deuxième rang des buteurs de la LNH derrière Connor McDavid qui n’en ajoutera pas cet été.

 

Kotkaniemi est aussi le joueur le plus efficace du CH pour le moment avec un différentiel de plus 7.

 

Tout cela est très bon. Très prometteur pour l’avenir plus qu’intéressant qui se dresse devant KK. J’ajouterais très rassurant, du moins je crois, pour ceux et celles qui doutent encore du potentiel du jeune Finlandais et qui reprochent encore – et reprocheront peut-être toujours – au Canadien d’avoir préféré KK à Tkachuk.

 

Mais ce n’est pas tout.

 

Ce qui m’impressionne le plus dans son cas – et je suis vraiment impressionné – c’est de voir l’assurance qu’il affiche depuis la reprise des activités. Une assurance avec la rondelle, une assurance physique, une assurance tout court. Rien à voir avec le gars qui manquait de conviction dans tous les aspects du jeu et qui se retrouvait les quatre fers en l’air dès qu’un adversaire le regardait il n’y a pas si tant longtemps. Rien à voir avec l’espoir que l’état-major a dû envoyer à Laval avec le Rocket parce que la Ligue américaine était alors bien plus appropriée pour lui que ne l’était la LNH.

 

Déjà qu’il est surprenant de voir KK avoir distribué le plus de mises en échec chez le Canadien dans le deuxième match, il est renversant de voir qu’il partage aussi le premier rang pour le nombre de coups d’épaule distribués depuis le début des séries (26) avec Ben Chiarot.

 

Domi : promotion bienvenue

 

En plus de sonner l’éveil de Tomas Tatar qui a lui aussi marqué deux buts, la victoire aux dépens des Flyers a permis à Max Domi de rappeler qu’il fait toujours partie de l’équipe et qu’il peut encore l’aider.

 

L’entrée en scène de Jake Evans à la place de Dale Weise – une décision que nous étions plusieurs à souhaiter depuis un bon moment – a permis de libérer Max Domi du quatrième trio.

 

« La meilleure performance du CH cette saison »

Parce que Joel Armia ne semblait pas partie pour secouer la torpeur dans laquelle il patine depuis le début des séries, Domi a pris sa place à la droite de Drouin et Kotkaniemi.

 

Cette promotion a allumé Domi. C’était prévisible. Les trois passes récoltées par Domi ne sont pas tombées du ciel. Elles ont récompensé son implication remarquée une fois sa promotion obtenue. Domi n’est pas un joueur de quatrième trio. Il s’est retrouvé là en raison de différents facteurs, dont les principaux sont l’importance d’utiliser les séries comme tremplins pour projeter Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi vers des rôles plus importants dès maintenant et surtout pour les années à venir.

 

Les petits gars ayant très bien répondu, il fallait libérer une place sur l’aile pour Domi. Mais laquelle ? Plusieurs ont cru que c’est Jonathan Drouin qui écoperait. Kirk Muller, à son premier match derrière le banc du CH, aura eu la main heureuse dans les chambardements de trios.

 

Invaincu en séries

 

Parlant de Kirk Muller, arrangez ça comme vous voudrez, mais il est toujours invaincu à titre d’entraîneur-chef en séries éliminatoires.

 

Bon! Il n’a qu’un match d’expérience en tout et pour tout puisque sous son égide les Hurricanes de la Caroline n’ont jamais accédé aux séries.

 

Mais quand même.

 

On ne lui enlèvera pas le plaisir de cette victoire.

 

Est-ce que la décision de promouvoir Domi était la sienne et seulement la sienne? Est-ce qu’elle mijotait depuis un moment dans les discussions dans le bureau des coaches avec les autres membres de l’état-major?

 

Je n’ai pas cette réponse.

 

Ce que je sais, c’est que Muller a bien dirigé son club hier. Qu’il s’est assuré de rappeler à tout le monde que le mérite revenait aux joueurs qui ont respecté le même plan de match qu’imposait Claude Julien. Que Julien lui-même avait été le premier à lui acheminer des félicitations après la victoire. Qu’il remplirait le mieux possible le rôle d’entraîneur-chef qu’il assume en l’absence de son patron.

 

Muller a aussi très bien esquivé le jab de son vis-à-vis Alain Vigneault qui n’a pas apprécié, alors que le Canadien profitait d’une avance de 5-0, que la première unité d’attaque massive soit envoyée sur la patinoire.

 

« Nous affrontons une très bonne équipe et je dois prendre toutes les décisions pour maximiser nos chances de victoire. Je n’ai jamais voulu manquer de respect à l’endroit de qui que ce soit », a plaidé Muller.

 

Bon! Il aurait pu dire qu’à titre de chef d’orchestre de l’attaque massive il était tellement conscient des ennuis répétés de ses joueurs depuis le début des séries – et de la saison – qu’il n’allait pas manquer une occasion en or de remonter le moral de ses troupes en profitant des largesses des Flyers.

 

Mais ce commentaire aurait pu enflammer des Flyers qui ont déjà bien des motifs pour se motiver en vue du match de dimanche.

 

Et Muller sait très bien qu’au-delà la victoire de vendredi, son équipe doit en ajouter trois autres pour passer à l’étape suivante.

 

Est-ce que des succès du Canadien contre les Flyers et peut-être plus loin attiseraient les passions des amateurs pour que Muller remplace Julien sur une base permanente?

 

C’est bien possible.

 

Mais comme le trancherait Muller lui-même, on va se concentrer sur le match de dimanche avant de penser à quoi que ce soit d’autre…