TAMPA - J’ai hâte de voir quelle tournure prendra la série Canadien-Lightning à la suite des assauts répétés des joueurs du Tricolore sur le gardien Ben Bishop lors des deux premières rencontres.

Dimanche soir, Jon Cooper avait toutes les raisons au monde de se réjouir après l’éveil offensif de Steven Stamkos, de l’éveil tout court de son attaque massive et la victoire ô combien convaincante de 6-2 qui place son équipe en avant 2-0 sur le Canadien après deux rencontres. Il l’a fait… poliment, sans brandir le poing en l’air. Il l’a fait en respectant un adversaire qu’il sait capable de rebondir de sa fâcheuse position.

« Ils sont frustrés »

L’entraîneur-chef du Lightning m’a toutefois surpris lorsqu’il a saisi au vol la question d’un collègue qui lui demandait s’il croyait à la loi du Talion. Après avoir vu son gardien Ben Bishop être bousculé à quelques reprises lors du premier match, Cooper l’a vu être assailli carrément au cours de la deuxième partie. Une partie qui était tout à l’avantage du Lightning et de son gardien géant contre qui le Canadien peine à marquer. Bon! Vous direz que le Canadien peine à marquer peu importe le gardien qu’il affronte, ce qui n’est pas faux. Mais disons qu’il peine plus que d’habitude quand il affronte Bishop.

D’où le bien-fondé de la question : croyez-vous à la nécessité parfois de répliquer, de se venger, de se faire justice?

Avec son passé d’avocat et son visage angélique, je croyais vraiment que Cooper balaierait du revers de la main cette question piège. Mais non. Il l’a saisie au vol. En très bon orateur qu’il est, Cooper l’a utilisée avec doigté. Il a d’abord laissé échapper un long soupir, il a reconnu qu’il s’agissait d’une question piège, puis il a répondu oui… parfois!

J’ai hâte de voir où nous mènera ce parfois.

Prêcher pour sa paroisse

Le Canadien est le club de la LNH qui sait le plus à quel point son gardien est important. Car sans Carey Price, il n’y a point de salut pour le Tricolore. Et même avec Price, le Canadien peut parfois se retrouver dans le trouble. On en a eu une preuve évidente dimanche soir. De fait, on en a eu une preuve chaque fois que le Canadien et le Lightning se sont croisés cette année.

Le Canadien condamne haut et fort, et avec raison, les moindres contacts à l’endroit de son gardien. L’an dernier en finale de l’Association Est, on a invoqué le coup monté quand Chris Kreider a glissé alors qu’il fonçait au filet et qu’il a blessé Carey Price en terminant sa glissade contre le gardien du Canadien. La saison du Tricolore a alors pris fin.

Je ne pouvais m’empêcher de repenser à tout ce que le Canadien, des membres de l’état-major aux plus ardents partisans, déplorait l’an dernier dans la foulée de la glissade de Kreider lorsque j’ai vu Mitchell foncer sur Ben Bishop avant de voir Prust y aller d’une manière beaucoup moins subtile.

Pour dire vrai, je n’ai rien contre le contact de Mitchell sur Bishop. Ou si peu. Rapide patineur, Mitchell fonçait au filet et il a tenté un mouvement pour tenter de déjouer le gardien géant du Lightning. Il a manqué son coup… et a ensuite foncé sur Bishop.

Était-ce volontaire? Était-ce accidentel? Était-ce un accident arrangé avec le gars des vues? Seul Mitchell et ceux à qui il s’est confessé le savent.

Je n’ai rien non plus contre la façon dont Brendan Gallagher s’y prend pour déranger les gardiens adversaires qu’il va même jusqu’à bousculer de temps en temps. Bon! Il étire les règles quelques fois, mais il n’est pas vicieux. Pas sournois.

Intentions de blesser?

Dans le cas de Prust, et je parle ici de l’incident de dimanche soir, c’est différent. Complètement. Déjà mis à l’index – au sens propre et figuré – par l’arbitre Brad Watson en première période, Prust a laissé ses frustrations dicter sa conduite. Ou son inconduite puisque c’est ici ce dont il est question.

Pas évident pour un gars qui doit patiner à cheval sur ce qui est légal et ce qui ne l’est pas, de ne pas tricher de temps en temps. J’en conviens. Mais Prust n’avait pas à dépasser les limites qu’il a franchies avec son assaut aux dépens de Bishop en fin de rencontre dimanche. Comme il n’avait pas à dépasser les limites comme il l’a fait aux dépens de Craig Anderson alors que le vétéran gardien était en train de museler le Canadien au point de redonner espoirs aux fans des Sénateurs.

Il n’avait pas à le faire, mais il l’a fait.

Et qu’est-ce que Jon Cooper a dit en parlant de Prust après la rencontre : « Il (Prust) s’est rendu jusqu’à Bishop avec une intention en tête. Et ce n’était pas de s’emparer de la rondelle. Pour moi, il s’en allait là pour blesser notre gardien qui heureusement s’en est tiré. »

D’où ma crainte de voir le Lightning, maintenant en avant 2-0 dans la série, décider d’imiter le Canadien et de s’en prendre à son tour à Carey Price.

Ce serait dommage. Très.

Car à quoi pensait-on quand on envisageait un duel entre le Canadien et le Lightning? On envisageait un duel Stamkos-Pacioretty, un duel Hedman-Subban, un duel Galchenyuk-Kucherov et surtout un duel Bishop-Price. Un duel d’arrêts importants on s’entend. Pas un duel à savoir lequel des deux gardiens serait le plus bousculé de la série.

Que les joueurs des deux équipes tentent de déranger Price ou Bishop c’est normal. C’est même souhaitable si l’on veut mettre les chances de victoires de son côté.

À ce jeu, le Canadien avec Prust, Weise, Smith-Pelly et Gallagher a été très bon vendredi soir lors du premier match. Bishop a reçu plus de visite qu’il en attendait après les coups de sifflet. Mais quand je lui ai demandé ce qu’il en pensait après la rencontre, il n’avait rien à dire de mal du Canadien assurant même que les joueurs avaient affiché une forme de respect à son endroit.

Le respect est resté au vestiaire dimanche.

ContentId(3.1133405):Aucune huile d'ajouter sur le feu
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« Je n’ai pas vu souvent ce côté de Prust lorsqu’il était mon coéquipier à New York (Rangers) », a indiqué Brian Boyle lors de l’appel conférence orchestré par le Lightning lundi après-midi.

« Il a donné une jambette à notre gardien. S’ils veulent jouer ce genre de jeu, c’est leur affaire. Mais ça nous donnera des attaques massives et vous avez eu une idée de ce que ça donne hier soir. De notre côté, il sera impératif de demeurer disciplinés. Pour gagner, il faut parfois accepter d’encaisser une droite et de ne pas répliquer », philosophait Brian Boyle.

Encaisser une droite pour gagner, c’est exactement ce que Braydon Coburn a fait en refusant de tomber dans le piège tendu par Prust en première période. « C’était clair qu’il me narguait et me frappait au visage en espérant que je réplique et que je le suive au banc », a convenu Coburn à qui j’ai demandé à quel point il est difficile de se retenir dans ce genre de circonstance. « C’est très difficile. Ce n’est surtout pas plaisant. Mais tu penses à l’équipe et tu espères que les arbitres séviront. C’est ce qui est arrivé sur ce jeu avec les deux pénalités. C’est juste dommage qu’on n’ait pas réussi à marquer au cours de ces pénalités », a indiqué Coburn qui s’est toutefois repris en fin de match. Après l’assaut de Prust aux dépens de Bishop, Coburn a jeté les gants pour venir en aide à son gardien.

« Il faudra peut-être faire un meilleur travail pour protéger notre gardien », a aussi indiqué Jon Cooper laissant croire qu’on pourrait éviter des répliques de la part du Lightning.

Je le souhaite.

Il ne faudrait toutefois pas se surprendre que la LNH dépêche un émissaire afin de s’assurer du bon déroulement de cette troisième partie qui sera disputée mercredi soir au Amalie Arena.

On fait quoi avec Prust?

De tout ce que Brandon a fait de mal dimanche soir en raison de son indiscipline, rien n’est plus grave que sa sortie publique aux dépens de l’arbitre Brad Watson.

Car si Prust a déjà gagné des combats en jetant les gants devant des bagarreurs plus grands, plus gros et plus forts que lui, il s’est attaqué à un adversaire contre qui il pourra difficilement gagner cette fois.

Il s’est attaqué au collège des arbitres.

Peut-être que Brad Watson l’a traité de tous les noms. Mais même s’il l’a fait, Prust ne trouvera pas de justice avec sa sortie incendiaire. Il vient de se mettre tous les arbitres à dos.

Non! Les arbitres ne décerneront pas dorénavant des pénalités fantômes au fougueux attaquant du Canadien. Mais on peut être certain que Prust ne profitera pas plus du capital de sympathie si important pour les joueurs qui doivent flirter avec la légalité à chacune de leur présence pour justifier leur emploi dans la LNH.

Sachant cela, sachant aussi que son équipe ne peut se permettre de glisser 0-3 dans la série et qu’elle ne pourra gagner si elle se rend coupable d’autant discipline mercredi soir, est-ce que Michel Therrien devrait songer remplacer Prust au sein de sa formation.

ContentId(3.1133340):Un retour possible pour le CH
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Ce faisant, il lancerait un message clair au reste de l’équipe pour s’assurer que le mot d’ordre imposant de la discipline soit respecté. Il enverrait un message clair à la LNH que son équipe est venue à Tampa pour jouer au hockey et niveler les chances dans la série.

Considérant l’importance de Prust au sein du vestiaire, je ne sais pas si une telle décision est envisageable. Mais la question mérite d’être posée.

Tout ce que Michel Therrien a dit en marge de l’incident impliquant Prust et l’arbitre Brad Watson et des conséquences possibles que cet incident pourrait entraîner est : « ce qui se dit sur la patinoire devrait rester sur la patinoire. Je vais parler à Prust de tout ça, mais ça demeure de la régie interne. »

ContentId(3.1133233):Lightning 6 - Canadiens 2
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