mercredi, 2 avr. 2014. 09:16

À l'heure des prédictions l'automne dernier, ils étaient plusieurs à ne pas imaginer le Canadien en séries ce printemps. Ceux qui voulaient éviter de déplaire à l'organisation et à ses joueurs plaçaient l'équipe comme toujours sur le dessus de la clôture, au huitième rang. Une façon comme une autre de ne pas trop se compromettre. Cependant, la plupart voyaient le Canadien se battre jusqu'au tout dernier soir de la saison, contre les Rangers, pour assurer sa place dans l'autre saison.

Levez la main ceux qui croyaient que l'équipe façonnée par Marc Bergevin et dirigée par un homme qui ne fait pas toujours l'unanimité allait s'installer solidement dans les trois premières places de sa division. Levez la main ceux qui croyaient qu'à deux semaines de la fin du calendrier, l'affaire serait déjà quasi dans le sac. Et que ce serait chose faite 11 jours avant la fin.

Durant la longue saison qui se termine, le Canadien a fait passer les partisans les plus émotifs de la ligue de l'incertitude à la quasi-déprime et à l'euphorie à certains moments.

Rappelez-vous également des appréhensions qu'on entretenait en revenant de la pause olympique. On croyait que le Canadien allait risquer sa saison entière en visitant tour à tour Pittsburgh, Los Angeles, Anaheim, Phoenix et San Jose. La bande à Michel Therrien a remporté deux de ces cinq matchs pour survivre à ce qui aurait pu s'avérer un désastre.

Dieu sait que cette formation a encaissé des critiques quand ça ne tournait pas rond. C'est toujours comme ça, d'ailleurs. Les trois éléments les plus importants ciblés occasionnellement par les mécontents, Marc Bergevin, Michel Therrien et Carey Price, devront éventuellement être reconnus parmi les grands responsables des succès de cette formation qui n'a pas attendu d'être acculée au mur pour assurer sa présence en séries.

Marc Bergevin

Bergevin a passé quelques durs moments. On lui a reproché d'avoir accordé beaucoup d'argent à Daniel Brière, d'en avoir fait autant avec David Desharnais (surtout quand il avait un point en 19 parties), d'avoir embauché un bagarreur fini en George Parros, d'avoir obtenu Douglas Murray, une tortue sur patins qui a pourtant rendu de fiers services à l'équipe, mais surtout parce qu'il y a mis le temps avant de dénicher le renfort le plus impressionnant à l'heure limite des transactions (Thomas Vanek). Jusque-là, on lui avait reproché d'avoir regardé passer la parade. Dans son cas, on a confondu inertie et patience.

Bergevin n'a pas promis une coupe Stanley cette saison. Pas dans deux ans non plus. Il a promis d'essayer en faisant confiance aux jeunes de l'organisation et à ceux qui seront repêchés à l'avenir. Il s'est engagé à ne pas sacrifier des espoirs, ce qui lui a sans doute valu de passer à côté d'une transaction ou deux. Sa seule perte a été Sebastien Collberg, un choix de deuxième tour en 2012 qui ne semblait pas sorti de la cuisse de Jupiter de toute façon. Qui sait si on n'a pas laissé partir Collberg, qui ne brise rien dans son pays, pour réparer une erreur au repêchage?

Pour tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec ses façons de faire, force est d'admettre que Bergevin, embauché pour mener à terme le quatrième plan quinquennal consécutif de l'organisation, a avancé sagement sans commettre le genre de bévues qui font prendre du recul à une formation.

Michel Therrien

Quant à Michel Therrien, il a le mérite d'avoir posé des gestes audacieux pour maintenir sa troupe au coeur de l'action, malgré les inévitables blessures et les quelques joueurs qui lui ont causé des maux de tête par leur production décevante. Quand même assez étonnant ce qu'il a accompli malgré les 25 points de Brière, les 11 buts de Lars Eller, l'inertie totale de Rene Bourque et les absences répétées de Brandon Prust.

Therrien a le mérite de chapeauter des adjoints dont chacun a été à la hauteur de la confiance qu'on avait misée sur eux. Gerard Gallant, Clément Jodoin, Jean-Jacques Daigneault et Stéphane Waite méritent leur part de crédit. Therrien, qui n'a pas fait un « one man show » de sa difficile mission, leur a donné la liberté nécessaire pour effectuer efficacement leur boulot.

Therrien occupe le poste le plus difficile de la ligue. Nulle part ailleurs s'inquiète-t-on pour l'équipe après trois revers de suite. Nulle part ailleurs se demande-t-on si l'entraîneur a perdu son vestiaire quand il perd cinq matchs consécutifs.

Therrien, dont la feuille de route professionnelle est bien garnie, continue d'être hanté par son comportement controversé dans les rangs juniors. Bien sûr, il a la poigne très solide et n'hésite pas à le démontrer. Il n'a pas le pardon facile quand sa relation avec un joueur n'est pas au beau fixe, mais il a les qualités de ses défauts. Avec lui, « What you see is what you get », disent nos amis anglais. Ce que vous voyez, c'est ça Michel Therrien, que ça plaise ou non.

Carey Price

L'autre individu à qui on ne pardonne pas grand-chose est Price. J'ai été étonné de constater que des internautes ont continué de s'en prendre à lui à son retour des Jeux olympiques.

Sa médaille d'or au cou n'était pas qu'une simple décoration. Il l'avait pleinement méritée. Si on lui a accordé le filet à Sotchi, de préférence à Roberto Luongo qui avait remporté l'or quatre ans plus tôt, c'est parce que le panel de dirigeants d'Équipe Canada le considérait comme le meilleur gardien de la Ligue nationale. Rien n'aurait fait plus plaisir à Mike Babcock de faire confiance à un gardien qui lui avait déjà permis de gagner, mais pour s'assurer de pouvoir répéter l'exploit de Vancouver, la présence de Price devant le filet s'avérait l'évidence même.

Dans toutes les autres villes du circuit. Price aurait été accueilli en héros. Ici, il a fallu des gens mal intentionnés pour continuer de lui adresser des reproches injustifiés. Certains d'entre eux semblent incapables d'oublier la tenue irrégulière qui a précédé l'arrivée de Stéphane Waite, un entraîneur-pédagogue qui a modifié sa façon de s'entraîner et d'aborder les matchs.

Price n'est plus le jeune homme timide qui fixait le plancher en répondant aux questions des journalistes. Il n'a plus rien du gars morose qui se plaignait d'une absence de vie privée dans un grand marché de hockey comme Montréal.

Price, c'est maintenant du solide. Comme si l'arrivée de Waite lui avait permis d'acquérir la maturité voulue pour exercer un métier qui ne pardonne pas dans un uniforme comme celui-là.

Il n'est pas la réincarnation de Jacques Plante, de Ken Dryden ou de Patrick Roy. Il est juste un gardien doué, confiant et sérieux qui conduira un jour le Canadien à la coupe Stanley. Car on voit difficilement le Canadien passer à côté de pareil exploit avec un gardien supérieur à la moyenne, avec une défense qu'on rebâtit lentement, pierre par pierre, et avec de jeunes attaquants productifs auquel on greffera éventuellement du talent par le biais du repêchage. Il faudrait que l'équipe soit mal dirigée pour ne pas y arriver.

Personne n'est en mesure de prédire ce qui se passera durant la prochaine série contre Tampa. Peut-être que l'équipe de la première moitié de saison n'aurait pas fait le poids, mais celle-ci, plus confiante et plus unie, a de meilleures chances de réussir.

On ne se contera pas d'histoires, la coupe Stanley ne paradera pas à Montréal en juin. Ce qui ne veut pas dire que le Canadien ne réussira pas à générer de l'espoir tout en tentant de compléter un plan quinquennal nettement mieux préparé que les précédents.