Lorsqu’Alex Galchenyuk a fait dévier le tir/passe de Tomas Plekanec derrière Ray Emery pour niveler les chances 3-3, je me suis tourné vers vous pour savoir si cette remontée représentait un vol de grand chemin perpétré par le Canadien ou plutôt une belle récompense pour ses efforts déployés au dernier tiers.

La récompense a remporté le duel haut la main.

Même si le Canadien s’est contenté de disputer 25 des 65 minutes de ce match auquel P.-A. Parenteau a mis un terme en marquant le seul but enfilé lors de la séance de tirs de barrage? Une séance sensationnelle alors que les gardiens Carey Price et Ray Emery ont multiplié de très beaux et solides arrêts.

Eh oui!

Parce que le Canadien a été dominé au premier tiers, parce qu’il n’affichait pas beaucoup de combativité en deuxième et semblait même prêt à encaisser un premier revers cette saison, je me disais que ce verdict offert sur Twitter était teinté d’une partisanerie normale.

La réalité est plus nuancée.

Contrairement aux matchs disputés à Toronto et Washington où Carey Price et Dustin Tokarski ont empêché les Leafs et les Capitals de s’offrir des avances bien méritées en début de rencontre, le Canadien s’est retrouvé en arrière 0-3 à Philadelphie.

Il aurait pu baisser les bras.

En simonac de voir son équipe perdre, Michel Therrien aurait pu avaler le revers moins de travers en se disant que cette défaite servirait de bonne leçon à ses joueurs qui n’avaient pas pris au sérieux ses remarques sur l’importance de bien entreprendre la rencontre.

Ce n’est pas ce qui est arrivé.

L’importance de se rendre au filet

En troisième période, Michel Therrien a remanié une fois encore ses trios au lieu de déposer les armes en troisième.

Les résultats n’ont pas tardé.

Demeuré beaucoup trop en maraude lors des deux premières périodes, le Canadien s’est rendu au filet des Flyers dès le début du dernier engagement. Il a ainsi compliqué le travail de Ray Emery.

Les échos de vestiaire

Après 40 minutes, le gardien des Flyers avait repoussé les 18 tirs du Canadien. Emery avait réalisé quelques bons arrêts, mais le Canadien lui avait facilité le travail en lui permettant de voir toutes les rondelles tirées dans sa direction.

Andrei Markov a amorcé la remontée du Canadien à 7:05 de la troisième période avec un tir anodin qu’Emery, comme n’importe quel gardien, aurait facilement stoppé s’il avait vu la rondelle approcher de son but. Sur les genoux, la vue voilée, Emery a vu la rondelle après qu’elle eut frappé le fond du filet.

À ce moment, on a senti le match changer de bord.

Tomas Plekanec et Alex Galchenyuk, flanqué d’un nouvel ailier en P.-A. Parenteau, ont pris leur envol. Rapides, intelligents, confiants, ils ont profité de ce but de Markov pour prendre leur envol.

Plekanec a marqué, Galchenyuk a marqué lui aussi. Plekanec a offert une échappée à son jeune ailier en lui refilant une passe magnifique au centre de la patinoire.

Discret lors des 40 premières minutes du match, le Canadien était parfait en troisième.

Soudainement confrontés à un troisième revers consécutif pour amorcer la saison, les Flyers, qui jouaient si bien en début de rencontre, ont alors cessé de jouer. Vincent Lecavalier et sa bande doivent plaider coupables pour cet abandon collectif. C’est évident.

Mais il serait injuste de ne pas offrir au Canadien une part de responsabilité pour expliquer cet effondrement des Flyers. Car si le Canadien s’était contenté de disputer une troisième période à l’image des deux premières, les Flyers n’auraient jamais été importunés. Ils auraient remporté un premier gain cette année au lieu d’amorcer une quatrième saison de suite avec trois revers consécutifs.

« Notre meilleure période cette saison »

Et le Canadien se dirait : bof! On méritait ce revers et on se reprendra lundi à Tampa.

Mais en refusant de baisser les bras, le Canadien a amorcé sa remontée. Et il a gagné.

Outre la victoire et les deux points au classement qu’elle a permis d’ajouter, il y a du positif à tirer du match de samedi.

D’abord, le Canadien a décoché un total de 91 tirs au cours de la partie. C’est énorme. De ces 91 tirs, 38, dont 19 en troisième période, ont atteint la cible ; 32 ont été bloqués par les joueurs des Flyers ; 21 ont raté la cible.

Même s’ils ont grandement remporté ce duel au chapitre des tirs tentés (66 par les Flyers), le Canadien a distribué 30 mises en échec. Deux de plus que les Flyers.

Ça veut dire quoi?

Ça veut dire que bien qu’il n’ait rien cassé au cours des deux premières périodes – rien du tout – le Canadien a quand même travaillé. Il faut travailler pour avoir la rondelle assez souvent pour décocher 91 tirs. Il faut patiner pour rejoindre les adversaires suffisamment pour obtenir 30 mises en échec.

D’où là le propos de parler de récompense et non uniquement de vol dans l’analyse de la remontée de trois buts orchestrée en 7 minutes 35 secondes au dernier tiers. Et à la victoire en fusillade.

Autre aspect positif, le Canadien peut gagner sans que l’un de ses gardiens ait besoin de se hisser parmi les trois étoiles, voire d’obtenir la première.

Du grand Markov

On doit aussi parler très positivement d’Andrei Markov et du match qu’il a disputé face aux Flyers.

Avec Plekanec et Galchenyuk, plus encore que le duo de l’heure chez le Canadien en fait, Markov a joué un rôle de premier plan dans cette victoire.

Il a tout fait : il a marqué le premier but, il s’est fait complice des deux autres. Il a décoché sept tirs, quatre cadrés. Il a asséné trois mises en échec et bloqué un tir. Envoyé à la gauche de P.K. Subban en l’absence d’Alexei Emelin blessé, Markov a passé près de 28 minutes sur la patinoire. Près de deux minutes de plus que Subban. Markov a disputé de grosses minutes, passant près de 5:30 sur la glace en désavantage numérique. Il a d’ailleurs été très efficace dans ces situations de jeu.

En prime, Markov – comme son partenaire Subban – a terminé la rencontre avec un différentiel de plus-3.

Toute une soirée.

À son premier match, Jarred Tinordi a été solide. Vraiment. Sans être spectaculaire – ce n’est pas ce qu’on lui demande non plus – bien employé par Jean-Jacques Daigneault en compagnie de Mike Weaver au sein du troisième duo, Tinordi a distribué cinq mises en échec. Il a bloqué quatre tirs.

Oui il affiche un différentiel de moins-1.

Mais regardez bien le jeu. Ce but est attribuable à un très mauvais jeu de Weaver qui s’est fait prendre les patins dans le sable à la ligne bleue ennemie sur une sortie de zone rapide des Flyers.

Seul contre deux attaquants, Tinordi a gardé sa position et il a été témoin de l’excellent tir de Wayne Simmonds qui a marqué le deuxième but des Flyers. Son premier de deux lors du match. Son troisième de quatre depuis le début de la saison.

Loin de moi l’intention de blâmer Carey Price sur ce but. Mais si le gardien du Canadien avait fait ce qu’il fait de mieux, c’est à dire réparer les erreurs de ses défenseurs, Price aurait gobé le tir avec sa mitaine et Tinordi n’aurait pas un moins-1 à sa fiche.

Autre aspect positif : la domination de Manny Malhotra aux cercles des mises en jeu se poursuit. Il a remporté sept de 11 mises en jeu qu’il a disputées hier (69 %). C’est excellent.

Lars Eller aussi a maintenu une telle efficacité au chapitre des mises en jeu. Le reste de son jeu a été beaucoup plus moyen cela dit.

Humble dans la victoire

Bon!

Bien qu’il ait gagné, bien que je sois prêt à me ranger dans le camp de ceux – et ils sont très nombreux – qui parlent bien plus d’une récompense que d’un vol perpétré à Philly, qu’il ait trois gains de suite à sa fiche et qu’un peu tout le monde parle du caractère affiché par le Tricolore après ces trois matchs, il serait important de ne pas s’emporter trop vite.

De rester humble dans la victoire.

De ne pas passer l’éponge sur le fait que ces trois mauvais débuts de match auraient pu mettre la table à trois revers plutôt qu’à trois gains.

Car si le Canadien avait perdu ces trois matchs, le jeu très moyen de Tom Gilbert à la ligne bleue, la performance bien ordinaire de Nathan Beaulieu samedi à Philly, le fait que l’attaque massive soit toujours en quête d’un premier but après 10 supériorités numériques (dont une à cinq contre trois samedi) et les lacunes relevées ici et là seraient beaucoup plus mises en évidences qu’elles ne le sont après trois victoires.

On peut se fier à Michel Therrien pour s’assurer que ces joueurs réalisent que la victoire de samedi, bien qu’elle ne soit pas un vol de grand chemin, ne peut tout effacer, tout pardonner.

On verra ce que ça donnera lundi à Tampa.