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Le repêchage en six observations

Samedi 27 juin 2009


Norman Flynn
Depuis le temps qu’on en parlait, le repêchage 2009 de la Ligue nationale qui a été présenté à Montréal est maintenant chose du passé.

Pendant que mon collègue Gaston Therrien a concentré son analyse sur le travail effectué par le Canadien, voici mes propres observations au terme de deux journées chargées.

1. Les Islanders ont fait le bon choix : Au cours des deux dernières années, j’ai observé John Tavares au championnat du monde de hockey junior et je suis convaincu que les Islanders ne pouvaient pas se permettre de passer à côté d’un pareil talent.

Tavares est un joueur qui, lorsque la situation se corse, lorsque son équipe a besoin d’un gros but, va se lever et répondre aux attentes de ses entraîneurs et de ses coéquipiers. C’est aussi un joueur qui rend ceux autour de lui meilleurs. Il n’est pas un Crosby, ni un Malkin ou un Ovechkin, mais il sera assurément un joueur de premier plan dans la LNH.

Victor Hedman, lui, cadre parfaitement dans son nouvel environnement à Tampa Bay. Pour avoir analysé plusieurs parties du Lightning sur les ondes de RDS la saison dernière, je me souviens de la piètre qualité du groupe de défenseurs que cette formation était forcée d’aligner certains soirs. Quand le gros David Koci a sa place régulière à votre ligne bleue, c’est qu’il y a un problème!


Avec Hedman, le Lightning vient d’ajouter un joueur de très haut calibre, celui qui selon moi, parmi tous les espoirs disponibles à ce repêchage, est le plus prêt à faire immédiatement le saut dans la LNH. Pour avoir évolué pendant deux saisons complètes dans la ligue élite suédoise, c’est un gars capable de jouer avec des hommes. Je pense qu’il fera immédiatement sentir sa présence en Floride.

Je n’ai jamais vraiment cru que Matt Duchene avait une chance de passer en avant de Tavares ou Hedman. Je sais qu’il y a eu des discussions à ce sujet et que certaines personnes ont cru le tout possible, mais aux dernières nouvelles, Duchene n’a même pas été sélectionné pour faire partie de l’équipe nationale des moins de 20 ans. Ce n’est pas un méchant joueur de hockey et je ne veux rien lui enlever, mais je ne crois pas qu’il est du calibre de Tavares.

2. Quelqu’un peut-il m’expliquer? : Je commençais à être inquiet à mesure que la première ronde avançait et que les joueurs de la LHJMQ tardaient à être sélectionnés. Finalement, quatre joueurs au premier tour, c’est quatre de plus que l’an passé! Donc, de ce côté, je note une belle progression.

Je suis toutefois déçu du sort de gars comme Benjamin Casavant (7e ronde, Capitals), du Rocket de l’Île-du-Prince-Édouard, ou Gabriel Lemieux (non-repêché), des Cataractes de Shawinigan. Casavant a quand même été le meilleur marqueur d’une équipe de la LHJMQ et il s’est fait repêcher après plusieurs joueurs qui ont évolué dans des écoles secondaires américaines, dans la USHL ou au niveau junior A. Je crois même qu’on lui a préféré un jeune qui a joué midget AAA à Dallas!

Je suis toujours stupéfait par ce genre de raisonnement. Ça me chicotte et me déçoit énormément et j’en conclus qu’il faut absolument trouver une façon d’encourager et de promouvoir notre produit, parce que l’effet pervers de la tendance actuelle, c’est que de plus en plus de Québécois auront le réflexe de bouder la LHJMQ au profit de différents circuits américains en se disant « Si je vais jouer aux États-Unis, j’ai plus de chances d’être repêché ».

Je tiens toutefois à apporter un bémol au sujet du calibre de jeu qu’on retrouve dans la fameuse USHL. J’ai pris le pouls de plusieurs dépisteurs, dont Claude Carrier, des Devils du New Jersey. Ce dernier a affirmé sur les ondes de L’Antichambre que la USHL offrait un calibre de jeu presqu’aussi relevé que la LHJMQ.

3. Roy peut s’inspirer de Robitaille : L’une des histoires qui ont retenu l’attention lors de la deuxième journée du repêchage est celle d’Olivier Roy, le gardien des Screaming Eagles du Cap-Breton. Le jeune homme a eu de la difficulté à cacher sa déception lorsqu’il s’est entretenu avec notre collègue Stéphane Leroux après avoir été sélectionné en cinquième ronde par les Oilers d’Edmonton.

Pourtant, Roy vient de connaître deux excellentes saisons avec son équipe junior. C’est de lui dont on a le plus entendu parler parmi les cerbères québécois au cours de l’hiver et en plus, il a été invité au camp d’évaluation d’Équipe Canada junior. J’ignore ce que lui reprochent les équipes de la LNH pour l’avoir fait attendre pendant si longtemps, mais Olivier doit maintenant accepter la situation et vivre avec. C’est à lui de prouver aux 29 autres équipes de la ligue qu’elles ont eu tort de l’ignorer.

À partir de maintenant, au diable son rang de sélection! C’est à lui de tracer son chemin. On pourrait nommer des centaines de cas dont il pourrait s’inspirer, mais on n’a qu’à penser à Luc Robitaille, un choix de neuvième ronde des Kings de Los Angeles qui est devenu le meilleur ailier gauche de tous les temps.

Il y aura toujours des surprises et il y aura toujours des déceptions au repêchage de la LNH. C’est dans quelques années qu’on pourra regarder ce qui s’est passé avec du recul et poser un jugement plus éclairé.

Roy ne doit pas reculer malgré la déception. Il doit faire face aux obstacles. Il a été assez homme pour revenir au Centre Bell et enfiler son nouvel uniforme. C’est peut-être le début de très belles choses pour lui.

4. Une nation sous les projecteurs : Des 30 premiers patineurs européens classés par la centrale de recrutement de la LNH avant le repêchage, 17 étaient des Suédois. Et comme on s’y attendait, ce sont eux qui ont volé le spectacle en première ronde alors que sept compatriotes se sont levés pour aller rejoindre leur nouvelle équipe.

Pour moi, il est évident que l’aspect financier, avec les Russes qui se sont un peu poussés du portrait, a aidé à donner aux Suédois une place aussi importante parmi les joueurs originaires du Vieux Continent. Mais les récents succès des Red Wings de Detroit y sont aussi pour beaucoup.

En voyant des Nicklas Lidstrom, Henrik Zetterberg, Niklas Kronwall et compagnie accomplir d’aussi belles choses au sein de la même équipe, les jeunes suédois ont plusieurs très bons modèles à suivre pour accéder à la LNH. Avant, il n’y avait que Lidstrom, mais de très bons joueurs continuent de se greffer à lui. On n'a qu’à penser à Jonathan Ericsson, un défenseur qui a été choisi en neuvième ronde en 2002...

Bref, plusieurs modèles positifs ont eu un impact sur le développement de la jeunesse en Suède.

5. En arrière, s.v.p! : 2009 a été une grande année pour les jeunes défenseurs. Ils sont 23 à avoir été sélectionnés dans les deux premières rondes seulement!

Remarquez le point commun qui unit la plupart des premiers arrières sélectionnés : leur gros gabarit. Le bassin de joueurs talentueux était très grand cette année et c’est ce qui explique selon moi pour un gars comme Simon Després a glissé jusqu’au 30e et dernier rang de la première ronde.

Il sera assurément intéressant de surveiller lesquels ressortiront du lot dans quelques années.

6. Deux grosses transactions : Certains s’attendaient peut-être à plus de mouvement, mais il y a quand même eu deux échanges majeurs au cours des assises annuelles de la LNH.

Premièrement, après être allé chercher un gardien tout droit sorti des années 1970 en Ray Emery, les Flyers de Philadelphie ont ajouté un défenseur qui pourrait provenir de la même époque. Chris Pronger cadre très bien dans la philosophie des Flyers. Ces derniers ont payé cher pour l’obtenir, mais ils voulaient un changement et avec Pronger, ils vont en avoir un.

C’est maintenant au directeur général Paul Holmgren de trouver une façon de s’assurer les services de Pronger, un joueur autonome sans compensation au terme de la prochaine saison, pour plusieurs années. Parce que si Pronger quitte les Flyers l’été prochain, les Ducks d’Anaheim vont avoir réalisé tout un vol.

Samedi, les Flames de Calgary et les Panthers de la Floride ont fait un échange de problèmes. La formation canadienne a acquis les droits de négocier avec Jay Bouwmeester tandis que les Panthers ont obtenu le même privilège avec Jordan Leopold en plus de mettre la main sur un choix de troisième ronde.

Il s’agira d’un gros coup pour les Flames s’ils parviennent à s’entendre avec Bouwmeester avant le 1er juillet, mais c’est loin d’être fait. Au moins, le patron des Panthers, Randy Sexton, sera parvenu à faire ce que Jacques Martin avait raté à la date limite des transactions l’an dernier, c’est-à-dire obtenir quelque chose en retour d’un joueur destiné à quitter le navire de toute façon.

Et qui sait? Si jamais Bouwmeester surprenait tout le monde et signait un nouveau contrat avec les Panthers, le coup serait doublement réussi!

*Propos recueillis par Nicolas Landry.
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