TORONTO - Je veux bien croire qu’il est réducteur, voire un brin simpliste, de transformer une rencontre Canada-Russie à un simple duel opposant Sidney Crosby à Alex Ovechkin.

Mais parce que les deux joueurs sont des rivaux depuis leur arrivée dans la LNH, parce que les deux joueurs sont les capitaines de leur équipe nationale et parce que les deux joueurs doivent guider leurs coéquipiers vers les grands honneurs, il est normal de s’attarder à leurs performances.

Et sur ce plan, Ovechkin ne fait pas le poids contre Crosby qui a éclipsé son rival russe une fois encore hier soir.

Sidney Crosby a donné le ton au match en enfilant le premier but de la partie. Plus encore que la feinte magistrale qu’il a effectuée pour sortir le gardien Sergei Bobrovsky de ses jambières avant de le déjouer, c’est la façon dont Crosby s’y est pris pour amorcer le jeu qui a conduit au but qui le rend si spécial. Avec un échec avant efficace, Crosby a volé la rondelle au défenseur Dmitry Kulikov pour ensuite filer vers Bobrovsky qu’il a déjoué avant que les Russes n’aient le temps de comprendre ce qui venait de leur arriver.

Crosby, avec la complicité de Patrice Bergeron, a aussi orchestré les deux buts de Brad Marchand. Deux buts importants qui ont permis au Canada de niveler les chances en fin de période médiane avant de lui donner les devants en début de troisième.

Oui, vous avez bien lu!

Les Russes ont trouvé le moyen de prendre les devants dans le match d’hier. Profitant des arrêts multipliés par un Sergei Bobrovksy qui a été rien de moins que phénoménal samedi soir, les Russes ont pris les devants 2-1 au deuxième tiers.

Après avoir obtenu 17 tirs en première période, le Canada était rendu à 27 lorsque Nikita Kucherov a déjoué Carey Price sur le premier tir des Russes en deuxième période. Leur 8e seulement du match. Evgeni Kuznetsov a ensuite frappé une rondelle au vol devant la cage de Carey Price et c’était soudainement 2-1 pour la Russie.

Malgré ce score, on n’avait toujours pas vu Alexander Ovechkin. Suivi à la trace par Jonathan Toews et ses compagnons de trio Corey Perry et Logan Couture, marqué en défensive par Shea Weber et Marc-Édouard Vlasic qui sautaient sur la glace dès qu’Ovechkin y déposait les patins, le capitaine russe n’a rien fait pour aider la cause de son équipe.

Rien de rien.

Une 23e victoire de suite

Pendant ce temps, Sidney Crosby brillait en assumant pleinement son rôle de capitaine et en polissant son titre de meilleur joueur au monde.

Une précision s’impose ici : Sidney Crosby est beaucoup mieux entouré que ne l’est Alexander Ovechkin. Pas seulement au sein même de son trio, mais dans l’ensemble de l’attaque. Sans compter que la défensive canadienne est démesurément supérieure à celle de la Russie qui fait vraiment pitié.

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Mais cela ne peut quand même pas excuser l’absence totale de compétition de la part d’Ovechkin. La domination complète de Crosby sur tous les fronts.

Sidney Crosby a remporté sa 23e victoire de suite en compétition internationale hier.

Il a gagné un quatrième match de suite dans le cadre d’un duel l’opposant à Ovechkin alors que les deux joueurs défendent les couleurs de leur pays respectif.

Non seulement le Canada a gagné ces quatre parties, mais il a enfilé un total de 24 buts alors que la Russie a répliqué huit fois seulement.

La contribution de Crosby s’élève à deux buts et six points lors de ces quatre matchs. En plus de ses trois points récoltés samedi soir (un but), Crosby a obtenu quatre tirs. Il a aussi remporté 12 des 17 mises en jeu qu’il a disputées pour une moyenne d’efficacité faramineuse de 71 %.

Alexander Ovechkin attend toujours son premier point. Et non seulement a-t-il une fois encore été éclipsé hier, mais il s’est contenté d’un seul tir au but.

Si Alexander Ovechkin avait été le meilleur joueur de son camp hier, voire s’il avait été aussi efficace que ne l’a été son coéquipier Bobrovsky, les Russes n’auraient pas simplement donné une petite frousse au Canada, ils auraient eu des chances réelles de gagner.

« J’ai fait mon possible », a simplement dit Ovechkin lors de son point de presse.

« Il n’a pas été chanceux », a ajouté d’une façon tout aussi simpliste son entraîneur-chef Oleg Znarok.

Dans un match aussi crucial que celui qui servait de tremplin vers la finale de la Coupe du monde 2016, Alexander Ovechkin n’a pas été à la hauteur des attentes normales fondées en lui.

Alors que Crosby l’a été pleinement, complètement, totalement.

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« Il trouve des moyens différents à chaque match pour expliquer pourquoi il est parmi les meilleurs joueurs au monde. Il faut dire que son été a été plus court que celui de bien des joueurs. Il est arrivé à la Coupe du monde sur sa lancée de la finale de la Coupe Stanley », a lancé Shea Weber en riant.

Mike Babcock a vu grandir Sidney Crosby dans la LNH. Il l’a vu aussi grandir au sein du programme national depuis les Jeux olympiques de 2010 à Vancouver. Il l’a vu devenir le joueur qu’il est aujourd’hui. « La plus grande transformation est que Sid sait maintenant à quel point il est bon. Il est plus patient. Quand les choses ne vont pas bien sur la glace, quand il reçoit un coup qu’il n’aime pas, il ne perd pas sa concentration comme cela arrivait avant. Il sait que des occasions se présenteront et lui donneront la chance de se reprendre. Et il le fait », a expliqué Mike Babcock.

L’entraîneur-chef du Canada a aussi tenu à partager une partie du crédit qui doit aller à Crosby avec Jonathan Toews. « Le fait de pouvoir compter sur un gars comme Toews pour assumer un rôle défensif donne plus de place à Sid sur la glace. Disons que c’est toute une combinaison. »

Garder confiance

Malgré la domination de Crosby aux dépens d’Alexander Ovechkin, et malgré le fait que bon nombre d’amateurs auraient préféré voir Crosby se mesurer à Connor McDavid, qu’on peut d’ores et déjà qualifier de son dauphin, les Russes ont offert une bonne opposition.

Mais bien qu’ils aient trouvé une façon de prendre les devants 2-1, ils n’ont pas déstabilisé le Canada. Du moins pas complètement.

On a senti un brin de nervosité dans le camp canadien pendant quelques présences. Jay Bouwmeester et Brent Burns ont connu des séquences brouillonnes par moment.

Mais le Canada est demeuré bien calme comme l’a assuré Patrice Bergeron. « On a tous de l’expérience. On sait qu’un gardien peut changer le cours d’un match et parfois même voler un match. Mais avec notre profondeur, on savait aussi que tout pouvait changer sur un lancer, sur une présence. »

« J’ai dit au gars après la deuxième période de ne rien changer. Leur gardien les gardait dans le match. Il a été sensationnel. Mais avec tout ce qu’on faisait sur la glace, j’étais convaincu qu’il ne pourrait pas suivre notre rythme », a ajouté Mike Babcock.

ContentId(3.1198743):Commentaires de Brad Marchand et Sidney Crosby après la victoire du Canada en demi-finale
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Outre le score final de 5-3, le Canada a dominé les tirs au but 47-34. Cela dit, les Russes en ont obtenu 19 au cours de la troisième période.

Le Canada a aussi décoché 75 tirs au total contre 55 pour la Russie. Après 40 minutes de jeu, le Canada (58) doublait pratiquement la Russie (29). Une statistique qui donne une image plus réelle de l’allure de la rencontre.

Outre les buts de Crosby et les deux filets de Brad Marchand, Corey Perry et John Tavares qui a été sensationnel hier soir, ont complété pour le Canada.

Moins occupé que son vis à vis, Carey Price a effectué quelques arrêts importants en début de rencontre. Déjoué par Kucherov et Kuznetsov en deuxième, il a été déjoué avec neuf secondes à faire au match par Nikolai Kulemin alors que les Russes avaient retiré leur gardien à la faveur d’un sixième attaquant.

Assuré de sa place en finale, le Canada profitera de deux jours de repos avant d’amorcer la ronde finale mardi contre le gagnant du match Suède-Europe qui sera disputé dimanche après-midi.

La série finale deux de trois se poursuivra jeudi et samedi, si nécessaire.