samedi, 5 déc. 2009. 14:32

Il a fallu attendre 53 ans, mais enfin, justice a été rendue. L'ex-capitaine du Canadien, Émile Bouchard voit aujourd'hui son chandail numéro 3 flotter bien haut dans le centre Bell en compagnie de celui de son coéquipier Elmer Lach et 15 autres immortels du Tricolore.

Avant d'aller plus loin, laissez-moi féliciter Ron Fournier et son groupe pour tout le travail effectué pour mener à bien le retrait du chandail de Butch.

Et en même temps, bravo aux frères Molson pour avoir donné suite à la volonté du peuple.

J'avais 10 ans quand j'ai connu le Grand Butch pour la première fois. Dans le temps, il n'y avait pas de télévision. Tout ce que l'on savait d'un joueur, c'était ce que les commentateurs radiophoniques nous racontaient.

Butch a été le premier joueur canadien-français à avoir une sorte de (fan-club). Je me souviens que quand je jouais au hockey dans la ruelle avec les amis, c'était toujours celui qui était le plus grand et le plus fort qui portait le chandail numéro 3. Et gare à ceux qui osaient contester son choix, sinon, c'était la bataille.

Butch a joué 15 saisons avec le Canadien. Durant sa carrière, le club a gagné la coupe Stanley à quatre reprises et quatre fois il a été sélectionné sur l'équipe d'étoiles.

Il a aussi été le premier capitaine canadien-français à être choisi par les siens. Pour lui, le poste de capitaine devait être le choix des joueurs.

« Je ne suis pas d'accord que ce soit la direction qui nomme le capitaine, se plaisait-il à raconter. Je veux représenter les joueurs, et non pas être un yes man auprès de la direction. »

Butch était un avant-gardiste non seulement sur la glace, mais dans la vie de tous les jours. Par exemple, dès les débuts de sa carrière, il préconisait des instructeurs défensifs derrière le banc en compagnie de l'entraîneur-chef.

Il était si bon négociateur qu'à ses tout débuts avec le Canadien, il était parvenu à obtenir un salaire supérieur à la plupart de ses coéquipiers.

Un administrateur né

Donc, Émile Bouchard n'était pas seulement une paire de bras sur la glace, il était aussi un administrateur né.

Quand j'ai vu cet homme aussi imposant que je me l'imaginais, en chaise roulante être poussé par un de ses fils sur la glace, je n'ai pu faire autrement que de régresser à l'âge de 10 ans et d'essuyer une larme dans le coin de l'œil.

Mon idole de jeunesse, celui que je qualifiais comme l'homme le plus fort du monde, ravagé par l'âge et la maladie, ne pouvait plus se tenir de debout ou presque.

Quand j'ai vu son chandail être soulevé au haut du Centre Bell, je me suis dit : enfin, ils ont compris. C'est lui qui a été le premier chez le Canadien à être reconnu comme la grande vedette de l'équipe. Ce n'est que deux ans plus tard que Maurice Richard a commencé à se mettre en évidence.

Butch n'était pas seulement un très bon joueur de hockey, c'était un homme modèle dans la vie. Il représentait exactement ce qu'était la famille canadienne-française du temps. Une épouse, Marie-Claire et cinq enfants, quatre garçons et une fille.

Émile Bouchard, c'était l'exécuteur des hautes œuvres chez le Canadien. Non pas qu'il était un bagarreur qui cherchait constamment noise à ses adversaires, mais il était toujours là pour défendre un coéquipier. Comme il l'a toujours dit si bien dit : « Je n'ai jamais commencé une bataille, mais je les ai toutes finies… »

Qui ne se souvient pas d'être allé le rencontrer, lui et son épouse à son restaurant Chez Butch de la rue de Maisonneuve.

Comme il l'avait fait jadis comme apiculteur, Butch a très bien réussi comme restaurateur et son fils Pierre a continué la tradition quand il a pris la relève de son père.

Bravo aux frères Molson qui ont donné raison au peuple de hisser le chandail de leur favori très haut dans le plafond du centre Bell et la même chose s'applique dans le cas de Elmer Lach.

Et Elmer aussi

On oublie trop souvent que Lach, un joueur d'à peine 5 pieds 10 pouces, a remporté deux fois le championnat des compteurs.

Si Maurice Richard est devenu le héros d'un peuple, c'est un peu à cause de lui, car souvenons-nous qu'il complétait le trio de la fameuse Punch Line en compagnie du Rocket et de Toe Blake.

Durant sa carrière de 14 ans, il a permis à son club de gagner trois coupes Stanley. Il a aussi gagné le trophée Hart décerné au joueur le plus utile à son club.

Lorsqu'il s'est présenté au camp d'entraînement du Canadien pour la première fois en 1940, Lach n'avait qu'un petit sac de sport qu'il avait amené avec lui. Il était certain d'être remercié dès le début.

Imaginez, aujourd'hui, il a 91 ans (92 dans un mois) et il joue encore au golf. On l'a vu s'avancer sans aide au centre de la patinoire, aidant même son ex-coéquipier Butch à rouler sa chaise sur le tapis rouge. C'est comme s'il avait voulu dire à Butch : « Merci pour m'avoir protégé dans le temps. Aujourd'hui, c'est à mon tour! »