dimanche, 16 sept. 2012. 13:03

On le répète depuis des jours, c'est le partisan qu'on punit sans le moindre remords par ce lock-out ridicule et insensé. Si Gary Bettman et son groupe de radicaux s'en foutent royalement, c'est parce qu'ils sont convaincus que l'amateur va docilement acquitter la note, comme toujours. Non seulement se fera-t-il rapidement à la prochaine majoration du prix des billets, mais il passera les prochaines semaines, les prochains mois peut-être, à implorer les propriétaires de leur ouvrir les portes des arénas.

Ça se passera comme ça dans toutes les villes canadiennes de la ligue. Également chez les Rangers, à Boston, à Chicago, à Buffalo, à Detroit, à Philadelphie, à Pittsburgh et au Minnesota où on a déjà servi au public deux hors-d'oeuvre appétissants en Zach Parise et Ryan Sutter.

Dans les autres villes, où la clientèle est à bâtir quotidiennement, les gens vont rapidement passer à autres choses, surtout avec la NFL qui occupe déjà toute la place. Si seulement le public canadien pouvait en faire autant. S'il pouvait regarder le hockey fermer ses portes en affichant une totale indifférence, il ferait peut-être réfléchir un groupe de propriétaires qui n'en finit plus de faire pleuvoir des centaines de millions de dollars sur les joueurs malgré une période financière supposément difficile.

La dernière situation loufoque s'est produite il y a quelques jours à peine quand une organisation qui vit au crochet de toutes les autres, Phoenix, a offert à Shane Doan un contrat assorti d'un boni de deux millions $ payable sur-le-champ. En connaissez-vous beaucoup des entreprises qui, avant de décréter un lock-out, offrent des millions supplémentaires à des employés afin de leur permettre de vivre sans souffrir un long conflit de travail? Car Doan n'est pas un cas unique. La majorité des riches contrats accordés au cours des dernières semaines incluaient des bonis à la signature.

Que dire aussi de Craig Leipold, propriétaire du Wild, qui affronte les joueurs à la table des négos en insistant sur le fait que c'est terminé les contrats de plus de cinq ans, après s'être dépêché d'offrir à Parise et Suter des ententes de 13 ans?

Que dire de tous ses acolytes qui, dans un geste de pure provocation, n'en finissent plus d'accorder des ententes de six ans? N'est-ce pas une indication à peine voilée de ce qu'ils se permettront une fois la prochaine convention collective signée?

En 2004, une très grande majorité des médias s'est rangée derrière les propriétaires parce que le système qui régissait le hockey ne faisait plus aucun sens. Il n'y en avait que pour les joueurs. C'est d'ailleurs à leur profond entêtement et à celui de leur négociateur Bob Goodenow qu'on doit d'avoir perdu une saison complète. Ils sont finalement rentrés au travail sur les genoux après avoir accepté une perte de salaire de 24 pour cent et un plafond salarial qu'ils avaient pourtant juré de ne pas accorder.

On a cru à tort que cette saison perdue allait s'avérer salutaire pour le hockey. Les propriétaires s'étaient donné un mécanisme de contrôle qui allait enfin empêcher le hockey de vivre au-dessus de ses moyens. Bref, on tenait maintenant les joueurs solidement par les bijoux de famille.

En obligeant les équipes à respecter un plafond salarial, on les protégeait aussi contre elles-mêmes. Plus personne n'allait pouvoir accorder des contrats démesurés. Or, à la grande surprise des joueurs eux-mêmes, les propriétaires ont vite contourné les règles qu'ils avaient mis des mois à négocier. Et l'industrie du hockey est repartie en folie pour en arriver huit ans plus tard à une situation qu'elle juge inacceptable. Une situation qu'elle a créée de toutes pièces, mais qui a néanmoins permis aux deux clans de faire des affaires d'or.

Aujourd'hui, Bettman tente de nous faire croire que la ligue, qui touche 1.2 milliard de plus annuellement en revenus qu'en 2005, traverse une crise financière. Et qu'est-ce qu'il fait dans une situation comme celle-là? Il tente encore d'aller chercher le «manque à gagner» dans les poches des joueurs. Nos gouvernements utilisent le même genre de truc. Quand l'argent manque, ils imposent une nouvelle taxe aux contribuables qui paient toujours pour la mauvaise gestion des élus. Faut pas chercher loin pour accoucher d'une solution comme celle-là. En somme, le cochon de payant est toujours là au détour de la route.

Une lutte de pouvoir avant tout

Que va-t-il se passer maintenant? Rien, malheureusement, à court terme. Ils vont faire semblant de négocier pour calmer la grogne publique, mais ni Bettman ni Donald Fehr ne sont pressés de se bousculer.

Il n'y a aucune urgence à trouver un terrain d'entente. Ce n'est pas durant les rencontres préparatoires du camp d'entraînement qu'on engrange le plus de revenus. Joueurs et propriétaires ne souffriront pas vraiment de ce conflit avant deux mois. Malheureusement, comme cela s'est produit lors du précédent lock-out, à l'heure du règlement final, ils vont mutuellement s'accorder des concessions sur lesquelles ils auraient pu s'entendre des mois plus tôt.

C'est une bataille opposant deux énormes égos qui se prépare. Fehr, qui n'a jamais perdu une négociation durant sa carrière, n'est pas venu tenter sa chance dans le hockey pour s'y casser les dents. Bettman voudra démontrer à ses propriétaires que c'est encore lui le plus fort, comme en 2004.

Ça veut dire que pendant qu'ils se livreront une bataille bien personnelle, nous serons tous là, amateurs, médias, employés d'équipes, tenanciers de bars et de restaurants, dont certains seront acculés à la faillite, à attendre qu'il fasse un maître.

Et dire que si les deux clans se partageaient les revenus 50-50, tout le monde y trouverait facilement son compte.

Le hockey enregistre des revenus records. Bettman prétend vouloir les augmenter pour se porter au secours des marchés en difficulté. Or, plus le conflit s'éternisera et plus les organisations pauvres seront dans la dèche. Une fois que les gens de Columbus, de Dallas, de la Floride, de Phoenix, de Nashville, du New Jersey et de quelques autres endroits seront passés à autres choses, faudra utiliser des trucs de magie pour les ramener dans les arénas.

Malgré la richesse actuelle du produit, le hockey est en total désorganisation. On regarde aller les choses et on ne peut pas croire que les employeurs de Bettman ne lui demanderont pas un jour de rendre des comptes.