dimanche, 16 sept. 2012. 00:00

J'ai toujours cru qu'une solution pouvait être trouvée, mais plus je regarde les choses se dérouler et plus je suis amer.

Je me souviens d'avoir perdu une saison complète en 2004 et d'avoir vu mon rêve d'être un joueur de la LNH être amputé d'une année entière pour des propriétaires qui semblaient avoir la faveur populaire. Il y a huit ans, les propriétaires nous avaient soutiré beaucoup de choses pour se retrouver aujourd'hui dans le même bateau.

Comme anciens joueurs, on se demande pourquoi on a fait tout ça à l'époque. On se demande si notre position intransigeante a valu la peine. Les propriétaires ont obtenu presque tout ce qu'ils désiraient pour sauver l'industrie. Et pourtant, on regarde tous les contrats faramineux qui se donnent. Même à quelques heures du déclenchement du lock-out, on a vu Milan Lucic obtenir 18 millions sur trois ans chez les Bruins de Boston. Je regarde la situation et je me dis que si les clubs n'ont plus d'argent, alors pourquoi accordent-ils des contrats aussi élevés?

Depuis le lock-out de 2004-2005, bien des joueurs ont fait de l'argent, mais les propriétaires aussi ont fait beaucoup d'argent. Le produit sur la patinoire est meilleur et l'on sent une plus grande parité dans la ligue. Certains joueurs ont payé le prix lors du dernier lock-out, mais je pense qu'il y a plus de joueurs qui en ont profité en fin de compte. On ne croyait pas il y a huit ans que le hockey connaîtrait une croissance si forte et que les revenus allaient augmenter de la sorte. Il faut dire que le dernier contrat de travail donnait l'impression de responsabiliser les propriétaires au plan budgétaire, mais avec le recul, on voit qu'ils semblent revenus dans la même position qu'à l'époque. C'est pourquoi je trouve injuste que l'on demande encore une fois aux joueurs de tout concéder pour sauver quelques franchises qui en arrachent.

Le retour du hockey à Winnipeg a fait la preuve que ça fonctionne dans les marchés naturels. Il y a des villes où les résultats continuent d'être décevants et il serait facile de dire de transférer les concessions dans des villes qui aimeraient accueillir une équipe de hockey, mais je crois que Gary Bettman avait fait des promesses à certains propriétaires. Il y a aussi des propriétaires qui ne veulent pas se départir de leur club. Eux, ils avaient espoir que les choses allaient s'améliorer après le dernier conflit de travail. Tout le monde sait qu'il y a des villes où ça fonctionnerait mieux qu'à Phoenix, qu'en Caroline, qu'à Long Island ou qu'à Nashville. Il y aurait des villes en Amérique plus adaptées au hockey qui pourraient accueillir une équipe et rendre la LNH profitable.

Bettman tente de berner tout le monde quand il déclare qu'un lock-out fait l'unanimité parmi les propriétaires. Je ne le crois pas, car je sais que ce ne sont pas toutes les équipes qui sont malheureuses. Je pense que plusieurs équipes vont payer la note pour celles qui désirent une partie de bras de fer avec les joueurs.

Je pense que cette situation aurait pu être évitée si les propriétaires avaient mieux géré leur budget. Il est facile de dire qu'on aurait pu commencer à négocier avant, mais en matière de relation de travail, on n'est jamais pressé tant et aussi longtemps qu'on n'a pas le dos au mur. Avec de la bonne volonté, on pourrait éviter tout ça aux partisans parce qu'ultimement, ce sont eux qui paieront la note. Il faudra donc qu'il y ait des moyens de pression, car d'un côté comme de l'autre, on ne semble pas intéressé à céder. Joueurs et propriétaires vont se mettre à jouer une game de chicken et c'est le premier qui va broncher qui va perdre. Je dirais que les joueurs semblent vraiment plus solides cette fois, car ils ne veulent pas être les seuls à faire des concessions pour sauver la ligue. Il faut que les propriétaires fassent leur part cette fois.

Ça pourrait être long comme conflit, mais j'ose croire que ça ne le sera pas. Je crois sincèrement que nous aurons du hockey cette année, mais pas avant décembre. D'un autre côté, je ne serais pas surpris si la saison était sacrifiée encore une fois, mais j'aime mieux être optimiste. Si la saison était annulée, on pourrait conclure qu'on n'a pas retenu de leçons de l'autre conflit. Des amateurs seront frustrés et d'autres vont simplement décrocher de ce sport. Quoi que joueurs et propriétaires ont entendu la même chose en 2004 et pourtant, le hockey est en pleine croissance aux États-Unis et les profits ont augmenté considérablement. Je présume donc que les propriétaires se disent que mêmes frustrés, les amateurs vont rentrer au bercail comme la dernière fois.

En 2004, comme joueur, je me sentais parfois impuissant face aux négociations parce que je n'étais pas impliqué dans le processus. Concrètement, le lock-out a été bénéfique pour moi parce que j'avais subi une opération à un genou après la saison avec les Flames de Calgary et j'avais eu besoin de guérir jusqu'en janvier, et comme le conflit s'est finalement étiré jusqu'à la fin de la saison, j'ai eu plusieurs mois de plus pour récupérer. Je suis revenu au jeu nettement plus prêt la saison suivante.

Par ailleurs, ce ne sont pas tous les joueurs qui vont trouver une équipe d'adoption pour jouer cet automne. Les équipes sont faites en Europe, où l'on veut limiter le nombre de joueurs provenant de la LNH. Puis, dans certains cas, on exige d'avoir l'assurance que les joueurs vont rester là-bas toute la saison. Des joueurs vont donc se retrouver le bec à l'eau, ce qui devrait mettre un peu plus de pression sur les négociations.

Propos recueillis par Robert Latendresse