mercredi, 4 mai 2011. 10:52

Les supporters du Canadien ont trouvé dommage que les noms de leurs deux préférés, Carey Price et P.K. Subban, n'aient pas été placés en nomination pour les trophées Vézina et Calder respectivement. Dans l'euphorie de la série Canadiens-Bruins, ils n'ont pas vraiment eu le temps d'insister là-dessus, mais on peut présumer que ces «oublis» auraient fait beaucoup plus de bruit si l'équipe n'avait pas déjà été très occupée à vendre chèrement sa peau en séries.

Les deux joueurs, qui représentent l'avenir de l'organisation, ont connu une saison remarquable. Cependant, on ne peut pas dire qu'ils aient été victimes d'une injustice. Dans une ligue où le jeune talent abonde, la compétition était de taille cette saison. Price et Subban auraient pu être sur les rangs, mais pour être bien honnête, les joueurs qu'on leur a préférés le méritaient pleinement.

Pour le trophée Vézina, les candidats retenus ont été Roberto Luongo, Tim Thomas et Pekka Rinne, trois incontournables.

Les Canucks de Vancouver, bons premiers dans toute la ligue, ont accordé le moins de buts cette saison. Luongo y a joué un rôle majeur. Il avait une meilleure équipe que Price devant lui, mais Vancouver a récolté 10 victoires et 21 points de plus au classement.

À Boston, Tim Thomas, qui gagnera sûrement ce trophée, a été le gardien par excellence de la saison. Il est sans rival sérieux.

Quant à Pekka Rinne, il a connu une saison du tonnerre au sein d'une formation qui n'a pas trop de ressources. Grâce à lui, les Predators de Nashville ont représenté la 10e meilleure équipe de la ligue. Seulement grâce à lui.

Price a connu une saison exceptionnelle, pas de doute là-dessus. Toutefois, il a conservé la neuvième meilleure moyenne de la ligue. Les trois gardiens précédemment mentionnés ont fait mieux. Price vient aussi au sixième rang pour le pourcentage d'efficacité. Les trois autres l'ont également devancé.

On peut comprendre la réaction des gens qui croient que Price méritait mieux. Rien de plus normal. On l'a vu jouer durant 72 matchs. On sait ce qu'il représente pour le Canadien. On sait fort bien que sans lui, il n'y aurait pas eu de séries à Montréal ce printemps. Il a effectué des arrêts étourdissants et disputé plusieurs grands matchs. Pourtant, le Canadien a bouclé la saison à trois points seulement du huitième rang. Ça dit tout.

Subban et le Calder

Le même phénomène s'applique dans le cas de Subban qui a été victime de la forte émergence de jeunes joueurs talentueux cette saison. Les candidats en nomination sont Logan Couture qui, à 22 ans, a marqué 31 buts à San Jose. Jeff Skinner, malgré ses 19 ans, a touché les cordages 29 fois en Caroline. Chez les Islanders, Michael Grabner, obtenu miraculeusement au ballotage à 23 ans, en a marqué 31.

Subban aurait mérité mieux, croyez-vous? Probablement, mais à Chicago, on pense sans doute que l'excellent jeune gardien Corey Crawford a été victime d'une injustice. Et que dire de Michal Neuvirth et John Carlson à Washington, de Sergei Bobrovsky à Philadelphie, de Tyler Ennis à Buffalo, de James Reimer à Toronto et de Cam Fowler à Anaheim qui auraient pu être considérés eux aussi?

Subban peut toujours se consoler à la pensée que le Panthéon de la renommée est bondé de joueurs étoiles qui n'ont pas gagné le trophée Calder. Il peut aussi jeter un coup d'oeil sur les bannières qui flottent dans les hauteurs du Centre Bell pour constater que de grands défenseurs de l'organisation comme Doug Harvey, Émile Bouchard, Serge Savard et Larry Robinson, dont les chandails sont tous retirés, n'ont pas gagné ce trophée qui lui échappera à son tour.

Par contre, l'histoire se souviendra que Subban, une recrue de 21 ans, est devenu un général à la ligne bleue du Canadien durant une saison au cours de laquelle la perte d'Andrei Markov aurait pu s'avérer catastrophique. Il a été appelé à chausser de très grands patins, ce qu'il a fait avec brio.

Il n'est pas le même type de joueur que Markov qui peut effectuer une sortie de territoire avec une passe éclair et précise. Subban préfère s'en charger par des élans spectaculaires grâce à une mobilité qui le sert bien. Il ne jouit pas de la précieuse expérience de Markov, mais il en accomplit davantage, selon moi, parce qu'il encaisse autant de coups qu'il en distribue, parce qu'il est frondeur (parfois trop), sûr de lui, audacieux et parce qu'il carbure à la pression.

Ils vont connaître leurs moments

Carey Price a effectué des pas de géant ces derniers mois. Il s'est bâti une confiance solide, l'atout qui lui manquait pour pouvoir se hisser parmi les meilleurs.

Dans sa dernière rencontre de presse avant de prendre congé pour l'été, il a vanté les jeunes joueurs de l'équipe. C'était drôle de l'entendre. Il parlait des kids par-ci, des kids par-là. On était en présence d'un gars de 23 ans qui parlait des jeunes du Canadien comme s'il possédait lui-même une longue feuille de route. Une indication assez évidente qu'il se sent déjà dans la peau d'un chef de file. Cette équipe est maintenant la sienne.

Tout ce qui manque à Price, c'est un adjoint solide et expérimenté, un gardien qui pourrait donner au Canadien une chance de gagner chaque fois que Martin accorde un repos à son meilleur joueur. Un vétéran qui pourrait disputer entre 20 et 25 parties. Price a beaucoup trop joué cette saison (79 matchs en comptant les séries).

Somme toute, l'avenir est rose pour Price et Subban qui n'ont pas à s'en faire pour les honneurs qui vont leur échapper cette saison.

D'une façon magistrale, Price est sorti de l'ombre que Jaroslav Halak lui avait fait l'an dernier. Il a tellement progressé que son nom sera déjà parmi les joueurs étoiles du circuit lors du tout premier match, en octobre. Et à la fin du prochain calendrier, on parlera de lui comme d'un gagnant potentiel du trophée Vézina. Un trophée qu'il gagnera probablement plusieurs fois durant sa carrière.

Quant à Subban, il est tellement talentueux, tellement dans une classe à part pour un athlète de son âge, qu'il n'aura pas à attendre quelques années avant de voir son nom associé aux éventuels «nominés» au trophée Norris attribué au défenseur par excellence de la ligue.

Chose certaine, l'organisation est en voiture pour longtemps avec ces deux-là. Depuis le départ de Patrick Roy, il y a 16 ans, le Canadien avait été incapable d'offrir à son public le joueur de concession tant attendu. D'une façon assez surprenante, il en possède maintenant deux.