MONTRÉAL – Même si l’un a grandi en Colombie-Britannique et l’autre au Québec, Mathew Barzal et Anthony Beauvillier étaient destinés à être réunis pour le plus grand bonheur des Islanders de New York.

 

À l’été 2012, alors adolescents, Barzal et Beauvillier ont fait connaissance pour la première fois dans un tournoi organisé par TSN afin de découvrir certains des meilleurs espoirs.

 

« Je me souviens qu’un jour, il m’avait dit 'bon matin' au lieu de 'good morning' et ça m’avait surpris. Après, on est toujours restés proches, on s’appelait FaceTime quelques fois. Ensuite, on a représenté le Canada au tournoi U18 deux fois et on a fini par être repêché par la même équipe », a raconté Beauvillier, lundi matin, au Centre Bell.

 

Mais le mérite revient aussi aux dirigeants des Islanders puisqu’ils ont procédé à deux transactions pour mettre le grappin sur ces deux hockeyeurs dynamiques au repêchage de 2015. Ils ont d’abord sacrifié Griffin Reinhart pour sélectionner Barzal au 16e rang alors qu’il venait d’être ignoré par les Bruins de Boston, trois fois de suite.

 

Avant la fin de la première ronde, les Islanders ont bouclé un autre échange pour s’assurer des services du Québécois au 28e échelon.

 

Les deux patineurs s’amusent énormément ensemble, mais ça ne s’arrête pas là. En effet, Beauvillier aide Barzal à pratiquer son français! Et oui, le collègue Pierre LeBrun révélait au début décembre que Barzal maîtrisait le français depuis une immersion dans la langue de Molière à l’adolescence alors que son père rêvait secrètement qu’il soit, un jour, repêché par le Canadien.

 

C’est le moment de préciser que Barzal a lui-même proposé aux journalistes francophones de répondre aux questions en français. Ça n’arrive pas tous les jours et ça en dit long sur la confiance qui anime ce jeune autant sur la patinoire qu’à l’extérieur.  

 

« Pendant l’été, personne ne parle français à Vancouver. Mais, quand je suis avec l’équipe, je peux discuter en français avec Anthony et j’essaie de le faire. D’ailleurs, quand on vient jouer à Montréal, je vis avec lui et je tente de lui parler en français. C’est un gars drôle, on a une belle relation », a confié le sympathique droitier de 20 ans.

 

« On ne parle pas si souvent en français. Quand on le fait, ce ne sont pas des mots qui peuvent passer à la télé. Quand on s’est rencontré la première fois, il parlait mieux français que je parlais anglais », a raconté Beauvillier avec le sourire accroché au visage. 

 

Samedi soir, les deux copains ont pu évoluer sur le même trio en compagnie de Jordan Eberle et ils ont provoqué des flammèches. Beauvillier a amassé deux buts et une aide tandis que Barzal a récolté deux buts et trois aides dans un gain de 7-2 face aux Rangers au Madison Square Garden.

 

La saison dernière, Beauvillier a très bien fait paraître les Islanders en demeurant avec le club à l’âge de 18 ans. Cette année, c’est au tour de Barzal de les faire paraître pour des génies avec une saison recrue spectaculaire (44 points, 15 buts et 29 passes, en 44 matchs).

 

« C’est parfois plus facile pour des joueurs comme lui qui connaissent l’identité de leur jeu. Il sait qu’il est un gars de possession, très créatif et un super patineur. Heureusement pour nous, ses mains et son cerveau peuvent suivre la vitesse de ses pieds. C’est probablement sa plus grande force, son énorme talent pour accomplir des choses à une vitesse élevée. Le jeu ralentit pour lui quand il doit trouver des joueurs », a vanté Doug Weight.

 

Dans un monde idéal, l’entraîneur des Islanders aurait un peu plus épargné Barzal pour sa saison recrue, mais il a dû lui confier davantage de responsabilités avec la vague de blessures qui a frappé le club.

 

« Il a gagné la confiance de l’équipe par sa façon de pouvoir jouer dans son territoire dont pour les mises au jeu importantes. Ce n’est pas évident à cet âge, mais il fallait que son jeu progresse de manière précipitée parce que les besoins étaient là. On devait se tourner vers lui dans plusieurs situations et il aime les défis », a souligné Weight qui a dû retourner Barzal dans le junior la saison passée pour travailler sur ses carences défensives.

Mathew Barzal en français

 

Puisqu’il le connaît si bien, Beauvillier n’affiche aucune surprise quant à son rendement fascinant.

 

« Il a été blessé pour plusieurs matchs à son année de repêchage. Sans ça, dans mon livre à moi, il aurait été choisi dans le top-5. Il a eu de très bons matchs en début de saison sans vraiment récolter de points. Le tout a fini par débloquer et sa confiance a grandi. On dirait que personne ne peut l’arrêter, il veut la rondelle et il est capable de faire des jeux. Il voit des choses que, même sur la vidéo après le match, je ne suis pas capable de voir! », a précisé Beauvillier.

 

« Il y a eu des doutes à son sujet quand il s’est fait renvoyer dans le junior l’an passé, mais j’ai toujours cru en lui. Il est tellement bon offensivement pour se créer de l’espace et repérer un coéquipier », a-t-il ajouté.

 

Un détour dans la LAH qui a relancé Beauvillier
 

La saison 2017-2018 n’a cependant pas été aussi convaincante pour Beauvillier. À la suite d’une saison recrue révélatrice, Beauvillier souhaitait maintenant accaparer un rôle important avec les Islanders. Son début de saison a toutefois été laborieux et les effets psychologiques ont miné son jeu.

 

L’inévitable s’est donc produit le 1er janvier alors que Beauvillier a été cédé dans la Ligue américaine pour retrouver son aplomb.

 

Anthony Beauvillier« On a eu une bonne discussion qui a duré une heure. C’était une journée difficile pour lui, je pense qu’il attendait que ça se produise tout en voulant l’éviter. On pouvait voir dans ses yeux qu’il n’était pas aussi confiant, qu’il était perdu. Mais il a été le meilleur des deux équipes dans la Ligue américaine. Il est revenu avec nous et j’ai eu peur que ce soit trop tôt pour le ramener sauf qu’on devait composer avec des blessures. Mais son regard était complètement différent, il avait retrouvé ses repères », a expliqué Weight avec générosité dans les détails.

 

« C’était une conversation difficile à avoir, mais j’ai déjà été dans sa situation. Il devait sentir de nouveau l’amour du jeu. Dans la LNH, tu dois survivre à chaque présence. »

 

Beauvillier a surmonté ce choc du mieux qu’il le pouvait.

 

« Ça n’a pas été facile à entendre à la première journée de 2018, mais j’ai assez bien pris ça, de façon positive. Tout se passe dans la tête au hockey. C’est dur parfois quand tu te cherches un peu plus sur la patinoire parce que tu te cherches aussi à l’extérieur de la patinoire », a admis le numéro 72.

 

Il a retenu des leçons précieuses de ce petit creux dans son développement.

 

« C’est peut-être ce qui me tuait un peu en début d’année, je ne regardais vraiment pas un match à la fois quand j’avais moins de succès. Avant notre dernier match contre les Rangers, je savais qu’on s’en venait à Montréal après, mais il ne fallait pas trop que je m’excite. C’est un cliché, mais c’est comme ça », a exposé Beauvillier.

 

Maintenant, il doit s’assurer de ne pas retomber dans ce piège quand certaines soirées seront moins concluantes. En attendant, il ne risque pas de manquer de plaisir et de motivation pour la partie contre le Canadien.

 

« Ce sera mon 100e match dans la LNH en plus avec mes parents qui seront présents », a conclu Beauvillier qui est d’un commerce très agréable.