mardi, 28 mai 2013. 17:08

Pierre Lacroix et Patrick Roy ont fait connaissance il y a 30 ans quand le père de l'ancien gardien de but a chargé l'ex-négociateur de veiller sur les intérêts de son fils. Les deux, qui ont fait la paire pendant une dizaine d'années, ont été forcés de prendre leurs distances quand Lacroix est devenu le directeur général des Nordiques.

Cependant, un peu plus tard, Lacroix a pu le déraciner de Montréal au profit de l'Avalanche dans le cadre d'une transaction qui a plutôt mal tourné pour le Canadien.

Aujourd'hui, Roy reprend sa place au Colorado dans un moment où le premier directeur général de cette concession s'efface lentement de la scène du hockey.

L'Avalanche a annoncé la semaine dernière la nomination de Josh Kroenke, fils du propriétaire, à la présidence de l'équipe et celle de Joe Sakic au poste de vice-président aux opérations hockey. Ce n'était qu'une question de temps avant que la haute direction de l'équipe confirme ces fonctions planifiées depuis trois ans déjà. Durant cette période, Stan Kroenke a préparé son fils à occuper la présidence en lui confiant le rôle de gouverneur de l'équipe et en lui permettant de piloter des dossiers importants. De son côté, Sakic s'est discrètement fait la main sur le plan administratif, notamment en accompagnant régulièrement le jeune Kroenke aux assemblées du bureau des gouverneurs.

Pendant ce temps, Lacroix, affligé par des problèmes de santé majeurs, s'est effacé en douce en acceptant très peu de responsabilités. Après avoir subi cinq opérations à la jambe en 33 mois et avoir échappé à une amputation, il est devenu une sorte de président fantôme dans l'entourage de son jeune successeur.

«Depuis 2006, je n'avais de président que le titre, avoue Lacroix. J'étais une personne ressource, sans plus, pour les gens qui se préparaient à assumer la transition.

Parfois, quand mon vécu pouvait servir Josh, je l'accompagnais aux réunions des gouverneurs. Depuis six ans, notre gouverneur et le directeur général Greg Sherman ont dirigé les opérations quotidiennes de l'équipe. Suite à notre récente élimination des séries, nous avons convenu que le moment était venu de mettre en place les choses qu'on planifiait depuis trois ans. C'est eux qui ont mis en marche le processus qui a mené au retour de Patrick Roy. Ils n'ont pas eu à me consulter là-dessus. J'ai été un cheerleader dans ce dossier. Ils savent que je suis totalement d'accord avec ce qu'ils sont en train de faire.»

On ne pourra pas le tricher

C'est Lacroix qui a sorti Sakic de la retraite en le ramenant dans le giron d'une équipe dont il a été l'un des plus grands joueurs. Il l'a fait un an après le refus de Roy d'accepter l'entière responsabilité de l'Avalanche. Comme il était déjà moins impliqué dans le quotidien de la formation, il a suggéré au propriétaire d'accorder à son ancien capitaine le temps nécessaire pour se préparer aux responsabilités qui lui incombent maintenant.

«Je pense que Patrick n'était pas prêt pour ce qu'on avait à lui offrir en 2009, précise-t-il. Parfois, tu as un chemin déjà tracé. Il y a un an, il aurait pu joindre les rangs du Canadien. Tant mieux si sa route l'a mené chez nous. Il est actuellement dans les années les plus productives de sa vie.»

Une légende dans la riche histoire sportive de Denver, Roy est beaucoup plus qu'un simple entraîneur, ce que la haute direction de l'organisation a reconnu en lui permettant de participer aux décisions majeures qui seront prises à l'avenir. C'est un homme d'affaires capable de flairer une bonne occasion. Après avoir fait le tour du jardin dans le hockey junior, il se voyait offrir une équipe de dernière place qui ne peut que gravir des échelons au classement. Une équipe qui, de surcroît, profitera du premier choix au repêchage de la ligue dans quelques semaines. N'allez pas croire qu'il n'avait pas déjà évalué tout cela quand il a reçu le premier coup de fil de Sakic.

On sait qu'il recommandera des changements. Il imposera son style. La discipline sera placée à l'avant-plan. On ne pourra pas le tricher. Si on s'avise de jouer au plus fin avec lui, on en paiera le prix. Roy a fait sa marque avec un chandail sur le dos au Colorado et il n'a pas accepté le poste pour y laisser sa réputation. En lui accordant une entente de quatre ans en plus d'une année d'option, on lui dit qu'il peut prendre le temps nécessaire pour asseoir cette équipe en chute libre sur du solide.

Lacroix sait déjà ce qu'il apportera à l'équipe: De l'émotion et de la passion. Sakic et lui formeront un duo fort efficace, selon lui. Le premier est un homme calme et tempéré. Le second est émotif et explosif. Un danger les guette, cependant. Deux vice-présidents aux opérations hockey dans la même entreprise ne s'exposent-ils pas à des échanges explosifs? Après tout, on tiendra compte des opinions de Roy, mais la décision finale sera celle de son ex-coéquipier.

À ce sujet, il est étonnant d'apprendre qu'il serait devenu l'entraîneur de l'Avalanche, même si on lui avait refusé le poste de vice-président. Durant sa rencontre initiale, il aurait dit à Sakic: «Si je peux en faire plus, tu me le dis.» Et Sakic était pleinement d'accord pour augmenter son degré de responsabilité. Il l'a confirmé dans son point de presse.

«Je sais qu'ils vont avoir la décision finale», a souligné Roy avec un brin de désinvolture. Comme si c'était le dernier de ses soucis. On verra bien avec le temps si les choses se dérouleront aussi aisément.

L'élément vraiment intéressant, c'est que Roy est celui qui discutera de transactions avec les directeurs généraux de la ligue. Une responsabilité qui se tient. Sakic, timide et réservé, ne semble avoir la personnalité pour se dresser et tenir son bout devant les directeurs généraux les plus rusés.

«De toute façon, ce ne sont pas les structures qui brisent les relations, sent le besoin de préciser Lacroix. Cela se produit quand les gens impliqués ne sont pas compatibles. S'il doit y avoir des frictions, il y en aura, peu importe la structure. Ils ont de bonnes intentions et tout le potentiel pour réussir. Au bout du compte, tout le monde sera gagnant. Je ne m'exprime pas ainsi juste pour dire les bonnes choses. Je le crois sincèrement.»

Pas un moment particulier

Lacroix a vécu une relation très particulière avec l'unique triple gagnant du trophée Conn Smythe. À titre d'agent, Roy a été son client le plus prestigieux. Puis, après lui avoir négocié des contrats fort lucratifs avec le Canadien, Roy est venu au Colorado pour lui offrir ses deux coupes Stanley à titre de directeur général.

«Je n'étais pas inquiet à l'idée d'aller défendre ses intérêts devant un directeur général parce que je savais qu'il serait loyal à son organisation. J'avais un élément de négociation important dans ma poche arrière parce que ses employeurs savaient qu'il serait à la hauteur.»

Quel a été le plus grand moment de leur relation? Il y a un long silence au bout du fil. Pas facile d'identifier un évènement précis à l'intérieur d'une relation de 30 ans.

«C'est impossible de pointer un moment particulier, dit-il. Moi, c'est sa loyauté et sa passion que je retiens.»

Allo, François?

Même s'il est un gardien recordman qui a sa niche au Panthéon de la renommée du hockey depuis sept ans, Roy n'aura pas la responsabilité de diriger les gardiens de son équipe. Il a été très clair à ce sujet. Il embauchera un coach des gardiens. Il dit avoir un candidat déjà en vue.

Un conseil pour François Allaire. Ne t'éloigne pas trop du téléphone.