mardi, 12 févr. 2013. 09:29

Le meilleur gardien natif du Québec dans la LNH en ce moment a 40 ans. Roberto Luongo en a plus de 30. Marc-André Fleury et Corey Crawford en ont 28. Seul Jonathan Bernier est un régulier de moins de 25 ans. Mais qu'advient-il de la pépinière qu'était jadis la LHJMQ? La situation est devenue si criante que même Hockey Canada se demande comment retrouver le haut du palier en ce qui a trait aux cerbères à l'échelle planétaire.

Autrefois un terreau fertile pour les gardiens de chez nous, la LHJMQ ne produit plus de façon constante des gardiens québécois de premier plan au hockey professionnel. À la fin des années 90, chaque rencontre nous amenait un gardien de premier plan à affronter. Martin Biron, Jean-Sébastien Giguère, Mathieu Garon, Luongo ont tous évolué au même moment que moi. Pendant ma carrière junior, j'ai aussi été impliqué dans des duels face à José Théodore, Jean-Sébastien Aubin, Sébastien Charpentier, Jean-Marc Pelletier et Philippe Sauvé. Emmanuel Fernandez et Frédéric Cassivi étaient toujours là à ma première année, Éric Fichaud était le gardien titulaire avec moi à Chicoutimi. Les moins connus étaient tout de même repêchés par une organisation de la LNH; Francis Larivée à Toronto, Frédéric Henry à New Jersey, Stéphane Routhier à Chicago. Et ceux qui ne l'étaient pas, Frédéric Deschênes et Christian Bronsard, ont mis la main sur rien de moins que la coupe Memorial...

*À noter que Deschênes a été repêché en 5e ronde par les Red Wings en 1994, mais ne s'est jamais entendu avec la formation.

La grande prise de conscience pour moi est survenue lors de la saison qui a suivi ma dernière en tant que joueur actif. En acceptant de devenir entraîneur des gardiens pour les Saguenéens de la LHJMQ, je me retrouvais avec deux élèves de grand potentiel. L'un était un choix de premier tour du repêchage européen, un Finlandais, l'autre était né en France, mais sélectionné en première ronde de l'encan de la LHJMQ. En faisant le tour du circuit, on se rend compte que la plupart des gardiens d'impact étaient des étrangers. La situation est meilleure en 2013, mais pas drastiquement.

La lourde tendance s'explique par de nombreux facteurs et leur conjugaison. Selon moi, la surspécialisation entraîne une confusion des plus totale, même chez certains intervenants du monde du hockey, si bien qu'on se retrouve avec les mauvais candidats conseillés par les mauvais entraîneurs de gardiens.

Cette confusion s'illustre dans cette situation vécue par un jeune gardien de 18 ans. Sur une période de deux ans, il quitte celui qui le guide depuis un jeune âge pour un spécialiste des gardiens de son équipe midget AAA. Repêché dans la LHJMQ, il engage un entraîneur personnel pour peaufiner sa technique lors de la saison morte afin d'impressionner l'entraîneur des gardiens de son équipe junior à son tour. Courtisé par l'équipe nationale de son pays, il discute avec le dépisteur des gardiens du programme national qui veut voir certaines choses. Comme il connaît une bonne saison, il sera repêché par la LNH qui lui délègue son mentor pour modifier certains aspects avant de le retourner à son équipe junior qui a un nouvel entraîneur des gardiens, car le roulement est fréquent à ce niveau. Sept toubibs en deux ans, vous seriez mêlés vous aussi.

Comme il n'est pas bon marché d'équiper et d'entourer les jeunes gardiens, une épuration malsaine est également déjà faite une fois rendue au hockey de haute compétition.

L'aspect le plus négligé par ce trop grand nombre d'intervenants devient alors la gestion des matchs et des émotions qui y sont reliés, aspect nécessaire à un gardien qui aspire à la longévité devant le filet. Systématiquement, les gardiens exécutent les techniques apprises nonobstant d'une prise d'information insuffisante et d'une lecture de jeu quasi inexistante. L'athlète effectue robotiquement les gestes qu'il a mémorisés sans prendre en considération l'allure du match ou l'identité de l'adversaire. Si tu ne reconnais pas l'environnement dans lequel tu évolues, il est difficile d'y connaître tout le succès possible.

Pour terminer d'effleurer (je pourrais en écrire un livre) le sujet, les jeunes se concentrent sur un seul sport trop tôt de nos jours. Le premier achat que j'ai fait autoriser par la haute direction des Saguenéens à titre d'entraîneur des gardiens : des gants de baseball. Mes gardiens, à 16 et 17 ans, ne savaient pas attraper la rondelle. Ils étaient excellents pour se positionner et bloquer celle-ci, mais manquaient clairement la coordination nécessaire pour l'attraper au vol si le disque n'atterrissait pas directement dans leur mitaine. Je les ai obligés à se lancer au baseball avant les entraînements sur glace. Première constatation; ils ne savaient même pas sur quel pied transférer leur poids pour lancer convenablement la balle à leur partenaire!

Bref, il faut se doter des moyens à la hauteur de nos ambitions pour redevenir un leader dans l'art de garder les buts. Pendant que nous tenions pour acquise notre place au sommet, le monde entier en a profité pour faire un rattrapage efficace. Je me pencherai sous peu, dans un autre billet, sur mes solutions au problème. D'ici là, cessons de s'asseoir sur nos lauriers et adoptons les moyens pour regagner la place qui nous appartenait dans un passé pas si lointain...