mercredi, 21 mai 2014. 20:02

MANHATTAN - On dit souvent que les grandes équipes sont menées par de grands capitaines. Par de grands leaders. Jean Béliveau, Henri Richard et les autres capitaines qui ont tenu le flambeau bien haut dans le vestiaire du Canadien et sur la patinoire l’ont démontré de brillante façon au fil des quelque 50 dernières années. Pas surprenant qu’ils fassent partie de la grande histoire du Tricolore. De la grande histoire du hockey.

Un demi-siècle plus tard, le jeune Jonathan Toews prouve avec éclat qu’un bon capitaine sait encore aujourd’hui imposer un rythme susceptible de conduire son équipe jusqu’aux grands honneurs.

Lorsque les Rangers ont rapatrié le précieux trophée à New York en 1994 pour mettre fin à une disette de 53 saisons, c’est Mark Messier qui a soulevé la coupe Stanley à bout de bras à titre de capitaine. Un capitaine dont le leadership a toujours été vanté. Vingt ans plus tard, menant 2-0 dans la série qui les oppose au Canadien, série qui reprendra son envol jeudi au Madison Square Garden, les Rangers frappent toutefois à la porte de la coupe Stanley sans capitaine.

Mais attention : l’absence de capitaine n’est pas synonyme d’absence de leadership autant dans le vestiaire que sur la glace. Cette absence n’est pas non plus synonyme de dérive. Loin de là.

Orphelins depuis la transaction qui a envoyé leur ancien capitaine Ryan Callahan à Tampa en retour de l’ancien capitaine du Lightning, Martin St-Louis, les Rangers ont rapidement comblé le manque à gagner. Témoin de l’éclosion de leadership aux quatre coins de son vestiaire, Alain Vigneault n’a jamais senti le besoin de mettre le C sur le chandail de l’un de ses joueurs afin de pallier la perte de Callahan.

« Tu n’as pas besoin d’une lettre pour être un leader. Tu as besoin d’influence. Et nous avons plusieurs joueurs au sein de notre club qui affichent ce genre d’influence et qui l’utilisent pour le bien de l’équipe », a lancé l’entraîneur-chef des Rangers après leur entraînement au Madison Square Garden en début d’après-midi mercredi.

Vigneault s’est même permis de souligner qu’avant même le départ de Callahan, les Rangers comptaient sur un tas de leaders qui affichaient la seule philosophie susceptible de guider une équipe de la LNH vers le succès.

« Ce qui m’a frappé à mon arrivée ici, c’est de voir à quel point notre noyau de leaders savait faire passer l’équipe devant les joueurs. C’est important. C’est la seule façon d’avoir du succès dans cette ligue », a mentionné A-V – prononcé en anglais – comme se fait appeler Alain Vigneault autant pas ses joueurs, que par les partisans et les journalistes qui suivent les activités des Rangers.

Richards: chef de file

Quand un journaliste a demandé à Vigneault s’il avait déjà vécu une situation similaire alors qu’il frappait à la porte des grands honneurs sans compter sur un solide capitaine pour faire porter son message dans le vestiaire, Vigneault s’est payé un large sourire avant de lancer : « Non! Mais j’ai déjà eu un gardien capitaine pendant deux ans », a répondu Vigneault en éludant un brin ou deux la question.

S’il s’est permis de louanger le leadership affiché par l’ensemble des joueurs occupant le vestiaire de son équipe, Vigneault s’est attardé sur l’un de ses leaders en défilant des compliments à l’endroit de Brad Richards.

« Même quand Ryan (Callahan) était avec nous, Brad était l’un des gars vers qui je me tournais le plus souvent. Il a toujours su s’impliquer. Donner l’exemple. Prendre la parole. Quand Martin St-Louis est arrivé avec nous, Brad retrouvait un grand copain. Un copain qu’il a aidé autant sur la patinoire qu’à l’extérieur. Sans avoir la lettre sur le chandail, Brad se comporte comme un vrai leader. Comme un capitaine », assurait Vigneault dans le cadre de son point de presse.

Questionné sur son rôle de capitaine sans en porter le titre, Brad Richards a refusé de prendre tout le crédit que les journalistes tentaient de lui imputer. « Regardez autour. Ce vestiaire est rempli de leaders », a lancé Richards en regardant sur sa gauche où se tenait quelques secondes plus tôt Martin St-Louis. En regardant sur sa droite où Rick Nash – un ancien capitaine des Blue Jackets de Columbus – répondait encore aux questions de journalistes.

« On n’a pas de recette magique. Mais ça marche. Le fait de simplement parler de nos expériences acquises avec d’autres clubs, de partager ce qu’on a vécu comme épreuves, comme moments forts, aide à garder notre équipe unie et concentrée », expliquait Richards.

Il y a deux ans, dans une finale d’Association de l’Est opposant les Rangers à leurs ennemis du New Jersey, les Devils, les BlueShirts sont tombés à plat. Une expérience que Richards a vécue et qu’il n’hésite pas à rappeler de temps à autre pour s’assurer que ses coéquipiers ne sombrent pas dans un dangereux excès de confiance.

« Le Canadien nous a montré ce qu’il était en mesure de faire lors du début du deuxième match. Il nous a complètement dominés. Sans Hank – Henrick Lundqvist – nous ne serions pas en avant 2-0. Il faut donc avoir bien en tête que rien n’est terminé. Que la série est loin d’être gagnée. Que nous sommes encore loin de la coupe Stanley. De la finale de la coupe Stanley », a indiqué Richards.

Subban : piège évité

Brad Richards a démontré une autre qualité témoignant de son expérience et de son leadership lorsqu’il a atténué la portée des propos d’après-match de P.K. Subban qui a partiellement imputé au facteur chance une part du brio du gardien Henrik Lundqvist.

Pendant que les journaux de New York tentaient de monter l’affaire en épingle – Subban manque de respect à l’endroit de Lundqvist, Selon P.K. Subban il faudrait appeler le gardien des BlueShirts Luck-Qvist et non Lundqvist écrivait-on dans le Daily News hier – Brad Richards a affiché un flegme britannique qui lui a permis d’éviter le piège tendu devant lui.

« Les bons joueurs font leur chance. C’est comme ça. Quand tu es rendu dans le carré d’as en séries éliminatoires, c’est que tu as bien joué au bon moment, mais aussi que la chance a souri à ton équipe plus souvent qu’elle a souri à l’autre club. Hank est l’un des meilleurs gardiens de la LNH depuis huit ans. Ce n’est certainement pas seulement parce qu’il est chanceux », a lancé Richards qui affichait aussi beaucoup de scepticisme à l’égard de l’interprétation des propos de Subban.

Richards avait d’ailleurs bien raison d’afficher ce scepticisme. Car s’il est vrai que Subban a parlé d’une portion de chance dans son appréciation du travail de Lundqvist, il a aussi souligné l’excellence de son travail.

Souvenirs de la coupe

Coéquipiers à Tampa Bay, Brad Richards et Martin St-Louis peuvent partager des souvenirs difficiles afin de les utiliser à titre de mise en garde à l’endroit de leurs coéquipiers. Ils peuvent aussi partager leurs glorieux souvenirs associés à leur conquête de la coupe Stanley en 2004.

« C’est important d’échanger sur nos expériences. Sur nos souvenirs. Mais c’est plus important encore de le faire de la bonne façon. Tu ne veux pas stresser personne en faisant des montagnes avec des riens. Ou en tenant des meetings à portes fermées dans le vestiaire. L’important est de se parler. De démystifier ce qui se passe autour. De partager afin de calmer le jeu et de s’assurer que tout le monde demeure bien concentré sur ce qu’on a à faire maintenant. Que personne ne se laisse distraire ou emporter », a mentionné St-Louis en rappelant que ce qui importait pour lui et ses coéquipiers était le troisième match de la série contre le Canadien. Et rien d’autre.

« On sait où on est, mais on sait où ils sont aussi. On est en avant 2-0 dans la série, mais il ne faut pas se sentir bien à cause de cette avance. Le Canadien devra réagir jeudi. Ils vont jouer avec un niveau d’urgence, de désespoir qu’il nous faudra égaler si nous voulons nous donner des chances de gagner », a poursuivi St-Louis.

Entre les lignes

Benoit Pouliot était le seul Ranger absent de l’entraînement mercredi. Rien de grave toutefois alors qu’il recevait des traitements. Il sera à son poste jeudi pour la troisième partie...

Derick Brassard espère pouvoir effectuer un retour au jeu après avoir effectué deux présences seulement lors de la première partie et avoir raté le deuxième match. « Je n’ai ressenti aucune douleur et j’ai complété l’entraînement alors que j’avais dû quitter la séance matinale lundi à Montréal, a mentionné le Gatinois victime d’une solide mise en échec de Mike Weaver lors de la première partie de la série. Après un premier entraînement en quatre jours, le Gatinois affichait toutefois une baisse de régime au niveau de sa forme physique. J’ai aujourd’hui et demain pour me remettre "top shape". Je me sens bien. Prêt à revenir, mais la décision reviendra à Alain », soulignait Brassard après l’entraînement mercredi...

Questionné sur la qualité de son jeu qui se confirme par des statistiques offensives intéressantes, Martin St-Louis a rappelé les journalistes à l’ordre dans leur association trop facile entre statistiques et performances : «Des fois tu joues très mal et tu récoltes des points. D’autres fois, tu joues très bien, mais les statistiques ne le démontrent pas. C’est toujours plaisant de contribuer offensivement. Mais tu dois être assez honnête avec toi et tes coéquipiers pour savoir si tu joues vraiment bien ou non. Et prendre les moyens pour bien jouer si tu ne le fais pas», a plaidé St-Louis. Ce serait bien que Thomas Vanek soit mis au courant des propos de son adversaire des Rangers...

À ceux qui se posent la question – s’il y en a... – c’est Henrik Lundqvist qui sera devant le filet des Rangers qui disputeront un deuxième match seulement devant leurs partisans lors de leurs six dernières rencontres...