TORONTO - Sergei Zubov entre au Temple de la renommée de la même façon qu’il s’est imposé à titre de l’un des meilleurs défenseurs de son époque : dans la discrétion.

 

Une discrétion à laquelle il tient.

 

«Je n’ai jamais aimé l’attention médiatique et celle des amateurs. J’aime encore moins parler de moi. Je suis un joueur de hockey d’abord et avant tout. Et j’ai toujours consacré toute mon attention et mes énergies à mon sport de manière à le jouer le mieux possible», a lancé vendredi celui qui deviendra, lundi, le dixième russe de l’histoire à faire son entrée au Temple de la renommée.

 

Après avoir reçu des mains du grand patron du Temple de la renommée, Lanny McDonald, la bague commémorant son intronisation, Zubov a admis avoir versé quelques larmes lorsqu’il a reçu l’appel confirmant son entrée parmi les immortels du hockey.

 

«Je n’aurais pas dû admettre ça», s’est-il ensuite empressé d’ajouter dans le cadre d’une petite mêlée de presse au milieu de laquelle le grand défenseur était visiblement mal à l’aise.

 

S’il n’aime pas commenter ses performances, encore moins les qualifier, Sergeï Zubov peut se rabattre sur des statistiques et des performances qui elles parlent avec éloquence de son brio à titre de joueur. Il peut aussi compter sur les éloges de ses anciens coéquipiers et adversaires qui ne se gênent pas le moindrement pour confirmer à qui pourrait en douter que sa place au Temple de la renommée est non seulement méritée, mais qu’elle aurait dû lui être offerte il y a longtemps déjà.

 

«J’ai joué avec de très bons et de très grands défenseurs. Mais je n’ai jamais joué avec un gars qui était aussi en contrôle du jeu que lui. Il était tellement calme sur la patinoire que cela en était énervant. Rien ne le dérangeait. Il contrôlait tout et quand il décidait que c’était le bon moment pour faire un jeu, c’est sûr qu’il allait le réussir. Il avait une vision phénoménale», se souvient Guy Carbonneau qui a partagé le vestiaire des Stars avec Zubov en plus de soulever la coupe Stanley à ses côtés à Dallas en 1999.

 

Invités à dévoiler les noms des meilleurs joueurs russes selon leur propre grille d’évaluation, Sergei Subov et Hayley Wickenheiser ont répondu Valeri Kharlamov. Vaclav Nedomansky a répondu Viatcheslav Fetisov et Aleksander Maltsev. Carbo a tout simplement répondu : Sergei Zubov!

 

Lanny McDonald a décrit Zubov comme un défenseur dont les pulsations cardiaques ne grimpaient jamais en haut des 100 battements à la minute, peu importe l’allure des situations se déroulant autour de lui sur la patinoire.

 

Son secret? «Ça doit être l’héritage de quatre saisons disputées avec le club de l’Armée rouge à Moscou sous les ordres de Viktor Tikhonov», a répondu Zubov.

 

Entrée fracassante à New York

 

Invité à quitter sa Russie natale par les Rangers de New York qui l’ont repêché en cinquième ronde en 1990, Zubov a finalement traversé l’Atlantique en 1992. Il a disputé trois saisons avec les Rangers et gagné sa première coupe Stanley en 1994 avant d’être échangé aux Penguins de Pittsburgh en compagnie Petr Nedved en retour de Luc Robitaille et Ulf Samuelson.

 

En 1994, Zubov a non seulement soulevé la coupe Stanley. Il a terminé la saison régulière au tout premier rang des marqueurs des Rangers avec 12 buts et 89 points récoltés en 78 matchs. Cinq points de plus que son capitaine Mark Messier, 33 points de plus que son jeune compatriote Alex Kovalev.

 

Cette conquête a aussi été la première honorant quatre joueurs d’un même club qui sont nés en Russie, qui ont grandi et qui se sont développés dans leur pays natal alors que Zubov et Kovalev partageait le vestiaire des Rangers avec Sergeï Nemchinov et Alexander Karpotsev.

 

Conflit avec Lemieux?

 

Son séjour est de courte durée à Pittsburgh puisqu’il a été échangé après une saison seulement. On a souvent prétendu que ses relations avec Mario Lemieux étaient un brin tendues sur la patinoire parce que le défenseur russe contrôlait trop la rondelle au goût de son capitaine.

 

Samedi lors de la rencontre avec les amateurs, Sergei Zubov a d’ailleurs dû faire contre mauvaise fortune bon cœur et mettre de côté ses désirs de rester loin de l’attention médiatique. C’est vers lui qu’ont été dirigées les questions les plus pointues dont la première portait justement sur ses relations avec Mario Lemieux.

 

«Est-ce que c’est vrai que vous ne vous aimiez pas?», a carrément demandé un amateur.

 

Visiblement agacé, Zubov a soupiré quelques fois en cachant sa nervosité avec des petits rires. Il a ensuite offert une réponse, disons de politicien. «Ce fut une belle expérience. Mario Lemieux est le meilleur joueur de hockey de l’histoire. Et les transactions font partie des aléas du hockey. Elles arrivent et quand elles passent, tu dois t’y soumettre et j’ai changé de ville», a défilé Zubov en guise d’esquive.

 

Peu importe la ou les raisons, le défenseur russe est finalement envoyé à Dallas dans le cadre d’une transaction tout à l’avantage des Stars qui ont cédé Kevin Hatcher pour faire son acquisition.

 

En 12 saisons à Dallas, Zubov n’a pas seulement gagné la coupe Stanley en 1999, mais il a aussi conduit les Stars en grande finale l’année suivante avant de voir la coupe leur filer entre les mains au profit de Martin Brodeur et de Larry Robinson qui était venu remplacer Robbie Ftorek derrière le banc en fin de saison régulière.

 

Zubov trône toujours aujourd’hui au premier rang dans l’histoire des Stars chez les défenseurs pour le nombre de matchs disputés (839), de buts marqués (111), de passes récoltées (438) et bien sûr de points obtenus (549).

 

Ses 771 points (152 buts) récoltés en 1068 rencontres de saisons régulières disputées dans la LNH le placent aussi au sommet des statistiques obtenues par les défenseurs russes venus jouer dans la LNH. Des statistiques déjà éloquentes auxquelles on doit ajouter les 24 buts et 117 points récoltés en matchs de séries éliminatoires.

 

Défenseur mésestimé

 

Malgré les éloges de ses coéquipiers et adversaires, malgré les performances accumulées au fil de sa carrière, Zubov a toujours été un défenseur dont la contribution a été minimisée par les journalistes et les amateurs.

 

Il a été élu au sein de la deuxième équipe d’étoiles une seule fois alors que ses trois autres participations l’ont été à titre de joueur invité. Deux fois seulement il s’est hissé au sein du top-5 – 3e en 2006, 4e en 1994 – dans la course au trophée Norris remis annuellement au meilleur défenseur de la LNH.Sergei Zubov, Mike Modano et Junior Lessard

 

Des résultats qui ont certainement satisfait la soif de discrétion du principal intéressé, mais qui l’ont privé d’une reconnaissance qu’il aurait grandement et pleinement méritée.

 

Une anomalie qui sera heureusement corrigée lundi.

 

En plus de ses succès dans la LNH, Zubov a représenté avec succès son pays – il est né à Moscou en 1970 – sur la scène internationale. Il a gagné l’or (1989) et l’argent (1990) au Championnat du monde de hockey junior; la médaille d’or aux Jeux olympiques de 1992 en plus de participer au Championnat du monde de 1992 et à la coupe du Monde de 1996.

 

Après avoir pris sa retraite de la LNH en 2011, Zubov a disputé une saison dans la KHL à Saint-Pétersbourg avant de se joindre au groupe d’entraîneurs en 2014. Il a d’ailleurs obtenu le poste d’entraîneur-chef du SKA l’année suivante. Toujours impliqué dans le hockey, il vient, d’un commun accord avec la direction de l’équipe, de se dissocier du club de hockey de Sotchi dans la KHL.

 

«Je me tiens en forme et je patine encore tous les jours que ce soit en Russie ou à New York où je me suis aussi établi après ma retraite», a conclu Zubov.

 

Une ville si densément peuplée qu’elle lui permet de vivre dans l’anonymat qu’il apprécie tant.