Il fut peut-être l’un des joueurs les plus « oubliés » de tout le camp d’entraînement. Comme d’habitude, il n’a fait aucune vague, ni sur la patinoire, ni en dehors. Sans matchs préparatoires, impossible de savoir où en était sa progression, en situation de jeu. D’autant plus que ses 21 rencontres disputées avec Chekhov, dans la KHL, ont été peu médiatisées. Avec, en toile de fond, la saga P.K. Subban, qui faisait surtout la manchette chez les défenseurs du Canadien, Andreï Markov était pratiquement tombé dans l’oubli. Ou presque.
Car ceux qui connaissent son immense talent et qui se rappellent qu’il était parmi les meilleurs défenseurs de la LNH il y a quatre ans à peine, espéraient qu’il puisse retrouver au moins une partie de sa touche magique et ainsi contribuer immédiatement à la relance de l’équipe. Le premier du groupe était sans doute son entraîneur, Michel Therrien, qui l’a dirigé à ses débuts dans la Ligue nationale.
Lorsque le mini camp s’est ouvert le dimanche 13 janvier, Therrien nageait en eaux inconnues quant à ses défenseurs, sauf dans le cas de Josh Gorges, qui ne faisait aucun doute. Il savait qu’il n’avait pas de contrôle sur le cas Subban. Il était incertain devant le véritable potentiel de Raphaël Diaz et Alexeï Emelin, à leur deuxième année. Il était perplexe devant l’énigmatique Tomas Kaberle et se demandait combien le valeureux Francis Bouillon pouvait lui en donner, à 37 ans.
Dans le cas de Markov, il connaissait tout, sauf son véritable niveau de forme globale après deux années et demie d’horreur, à cause de blessures.
Le premier match contre Toronto fut une bien mauvaise vitrine pour Markov et pour l’équipe en général. Lui, comme les autres, fut souvent brouillon dans ses gestes. Audacieux au mauvais moment, quelques passes dangereuses, confusion occasionnelle en territoire défensif, bref, rien de trop rassurant. Mais mardi et jeudi, on a revu le Markov des beaux jours. C’est peut-être un peu cliché, mais son entraîneur a ressorti à bon escient le mot « général » pour qualifier son rôle lors de ses deux victoires. Il a raison.
Le défenseur de 34 ans a non seulement été brillant sur le jeu de puissance, mais il a neutralisé l’adversaire avec brio lors des deux rencontres. Contre les Capitals, il fut utilisé plus de 24 minutes, dont plusieurs contre la force de frappe de l’adversaire. Contre les Panthers, il a effectué 30 présences sur la patinoire. Lors de ces deux rencontres, son équipe n’a concédé que deux buts. La courte saison est encore bien jeune, mais ce fut une performance des plus rassurantes. Encore plus rassurant, Markov se dit en meilleure forme que jamais. Or, personne n’est mieux placé que lui pour évaluer sa condition actuelle.
Il reste à savoir si le brillant défenseur saura mieux se protéger à compter de maintenant afin d’éviter d’autres blessures. Le mot va se passer rapidement chez les adversaires du Canadien quant à son impact en toutes situations. Il sera rapidement ciblé, pas plus tard que dimanche soir au Centre Bell, par les Devils. Les gros attaquants de la Ligue auront tôt fait de le mettre à l’épreuve. Sa mobilité, sa lecture du jeu et sa reconnaissance des situations dangereuses devraient cependant lui permettre de composer avec tout cela. Michel Therrien le souhaite ardemment, du moins. Car Markov pourrait, à lui seul, valoir à son équipe quelques précieux points de plus au classement final de cette courte saison !
Price aussi rassurant
De cette première semaine, on retiendra aussi les trois solides performances du gardien Carey Price. En voilà un autre qui était passé sous le radar lors de la courte période d’entraînement et qui semble plus déterminé et plus en forme que jamais. S’il n’a pas eu à faire de miracles lors des deux victoires de son équipe, il n’a pas moins réussi quantité d’arrêts solides, qui témoignaient à la fois de sa technique très à point mais aussi d’un niveau de concentration extrêmement relevé.
Price a semé un peu l’inquiétude en démontrant un certain inconfort à la jambe lors du camp préparatoire, situation qui est apparue encore plus évidente lors de la rencontre intra-équipe disputée au Centre Bell. Le gardien s’est fait rassurant cependant, d’abord verbalement auprès de son entraîneur, puis sur la glace, en ne cédant que quatre fois en trois rencontres jusqu’ici. Il semble en pleine maîtrise, voit bien les rondelles, se déplace mieux que jamais et compose admirablement avec la circulation devant lui.
On a beau regarder ce court calendrier sous tous ses angles, une grande réalité se dresse indéniablement : les gardiens de la LNH devront se surpasser, à de multiples occasions, pour combler éventuellement la fatigue des coéquipiers ou les blessures inévitables. À la joie de voir Markov s’imposer aussi tôt, la direction du Canadien peut aussi y ajouter celle de pouvoir compter sur un gardien qui, à court terme du moins, affiche un niveau de forme étonnant, compte tenu de son inactivité des derniers mois. Lui aussi pourrait arracher à ses adversaires quelques points supplémentaires très importants !

