RDS.ca vendredi, 19 nov. 2010. 23:25

La maladie a eu raison de Pat Burns, qui s'est éteint vendredi à l'âge de 58 ans.

L'organisation des Devils du New Jersey a confirmé la triste nouvelle vers 18h25.

"Pat a forgé des liens très solides non seulement avec une très bonne équipe de vétérans à Toronto, mais aussi avec tous les partisans des Maple Leafs, a déclaré Cliff Fletcher, qui était le directeur général des Leafs quand Burns était derrière le banc de l'équipe. Le succès qu'a connu notre équipe à l'époque en dit beaucoup sur la force et la détermination de Pat. Son embauche il y a 18 ans a été, et de loin, ma meilleure décision dans le monde du hockey et j'ai en plus développé avec lui une grande amitié. Pat nous manquera énormément."

"Pat a été un grand entraîneur, mais plus important encore, un homme extraordinaire. Les Bruins sont honorés qu'il fasse partie de leur histoire. Nos pensées et nos prières sont dirigées vers sa famille", a déclaré le président de l'équipe, Cam Neely.

"La LHJMQ a perdu un de ses plus grands ambassadeurs, a mentionné son commissaire Gilles Courteau. Pat Burns était une légende et il nous manquera grandement."

"Même si on s'en attendait, c'est navrant. C'est triste, a laissé tomber Michel Bergeron. Pat est parti comme un grand, avec beaucoup de dignité. Il ne s'est jamais plaint. Sa famille et lui ont fait preuve d'un grand courage."

"Pat a été une personne importante dans ma carrière. Je ne pense pas que je serais où je suis présentement si je ne l'avais pas connu", a confié Benoît Brunet, qui a joué deux saisons sous les ordres de Burns avec les Olympiques de Hull avant de le retrouver brièvement avec le Canadien au début des années 1990.

Jocelyn Lemieux a été dirigé par Burns lors du Défi Québec-Ontario alors qu'il évoluait au niveau junior, puis pendant 35 matchs avec le Canadien. "Il était intense. À l'entraînement, il se faisait écouter! Mais son côté doux était ressorti quand il m'avait annoncé que j'avais été échangé à Chicago. Ce n'était que du positif. Et jouer contre lui, c'était imposant."

"Pat était aussi intimidant pour les médias que pour ses propres joueurs, avance l'éditorialiste en chef du RDS.ca, Bertrand Raymond. L'un des grands exploits de sa carrière, c'est d'avoir amené le Canadien à la finale de la coupe Stanley en 1989. Le Canadien ne devait pas être là, mais ça avait été toute une finale."

Burns, qui habitait la région de Tampa depuis quelques années, était récemment entré à Magog afin de passer du temps avec sa famille.

Au cours de sa carrière d'entraîneur dans la Ligue nationale, Burns a remporté le trophée Jack-Adams à trois reprises avec trois équipes différentes : en 1989 avec le Canadien, en 1993 avec les Maple Leafs de Toronto et en 1998 avec les Bruins de Boston.

Il a aussi remporté la coupe Stanley à la barre des Devils lors de la saison 2002-03.

"Les amateurs de hockey se souviendront de Pat Burns autant pour ses succès en tant qu'entraîneur que pour son sens de l'humour, son honnêteté et son courage, a énuméré le commissaire de la LNH, Gary Bettman, par voie de communiqué. En deuil d'un homme qui a contribué de façon extraordinaire au rayonnement de son sport, la Ligue nationale de hockey souhaite offrir ses plus sincères condoléances à la famille et aux amis de Pat."

Une carrière bien remplie

Tout en gagnant sa vie comme policier, Burns accède au poste d'entraîneur-chef des Olympiques de Hull pour la saison 1984-85.

Lors de la saison suivante, les Olympiques dominent la ligue. Burns dirige les jeunes Luc Robitaille, Guy Rouleau et Stéphane Richer. L'équipe représente la LHJMQ au tournoi de la Coupe Memorial. Les Olympiques s'inclinent en finale contre Guelph.

L'année suivante, Burns se retrouve avec l'équipe junior canadienne en Tchécoslovaquie. Cette année-là, le Canada et la Russie sont disqualifiés en finale en raison d'une bagarre générale.

Pat Burns fait le saut dans la Ligue américaine en 1987. Il dirige le club-école du Canadien à Sherbrooke.

Son passage sera de courte durée puisque Burns revient à Montréal, sa ville natale. À l'été 1988, le Canadien remplace son entraîneur-chef Jean Perron et nomme Pat Burns, âgé de 36 ans, comme son remplaçant. Avec Patrick Roy au sommet de son art, le Canadien obtient 115 points, le deuxième plus haut total de la ligue derrière les Flames. Les deux équipes se retrouvent en finale de la coupe Stanley, mais ce sont les Flames qui enlèvent les grands honneurs.

Le travail de Burns est toutefois reconnu et il remporte le trophée Jack-Adams, remis à l'entraîneur de l'année.

Lors des trois saisons suivantes, l'équipe connaît du succès en saison régulière, mais les déceptions se succèdent en séries éliminatoires, où le Canadien ne parvient pas à franchir la deuxième ronde.

Après une troisième élimination hâtive au printemps 1992, Burns annonce qu'il quitte le Canadien. Quelques heures plus tard, on le nomme entraîneur des Maple Leafs de Toronto. Burns aura dirigé le Canadien pendant quatre saisons.

Comme ce fut le cas lors de son arrivée avec le Canadien, Burns a rapidement un effet positif sur les Leafs. L'équipe accède à la finale d'association et les Kings de Wayne Gretzky privent les amateurs d'une grande finale de la coupe Stanley entre Toronto et Montréal. Burns obtient son deuxième trophée Jack-Adams.

Les Maple Leafs connaissent une autre bonne saison en 1993-94, mais vivent de nouveau la frustration d'une élimination en finale d'Association.

Lors de la saison écourtée par la grève de 1994, Toronto est éliminé au premier tour. Au cours de la saison suivante, à l'hiver 1996, Burns est remercié par les Leafs.

Pat Burns passe une saison entière à l'écart du hockey avant d'effectuer un retour derrière le banc des Bruins de Boston à l'automne 1997. De nouveau, l'effet Burns est immédiat. Son équipe récolte 30 points de plus que l'année précédente et Burns récoltera comme il se doit un troisième Jack-Adams.

Sa deuxième saison à la barre des Bruins est quasi identique. La situation se complique lorsque les Bruins ratent les séries au printemps 2000. Et Burns est congédié après seulement huit parties la saison suivante.

Deux saisons s'écoulent avant que Burns ne dirige sa quatrième équipe de la Ligue nationale. Lou Lamoriello lui fait confiance et l'invite à diriger les Devils et Martin Brodeur. Encore une fois, l'effet est instantané. Cette fois, pas de trophée Adams, mais une coupe Stanley remportée en juin 2003 lors du septième match de la finale contre les Mighty Ducks d'Anaheim.

Quelques mois plus tard, Burns est honoré par l'organisation où, comme il le dit, sa carrière sérieuse d'entraîneur a débuté.

À ce moment Pat Burns ne se doute pas qu'il s'apprête à diriger son dernier match dans la Ligue nationale, le 17 avril 2004, alors que les Devils sont éliminés au premier tour par les Flyers. Quelques heures après cette élimination, il dévoile publiquement ce que ses joueurs savaient déjà : il est atteint d'un cancer du côlon.

En fait, Burns est frappé coup sur coup par deux cancers. La lutte est longue. Quatre ans plus tard, l'homme de 56 ans revient dans l'univers du hockey avec un poste dans l'équipe canadienne au championnat mondial à Québec.

Pat Burns effectue une sortie publique le 22 novembre 2008 lors du retrait du chandail de Patrick Roy. Son sourire dissimule la maladie qui le frappe encore.

Le 26 mars dernier, la communauté de Stanstead - sa ville d'adoption - lui rend hommage en nommant le futur aréna de l'endroit en son nom. Stephen Harper, Jacques Demers et Michel Bergeron sont notamment sur place lors de l'annonce.

C'est un Pat Burns courageux, mais amaigri et affaibli par trois cancers en quelque cinq ans qui s'est présenté à la population.