vendredi, 2 nov. 2012. 12:30

Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis posé ce genre de questions : que serait-il arrivé si tel ou tel personnage avait pu compléter son parcours professionnel en toute quiétude, en toute sérénité, sans maladies ou accidents?

Sur le plan sportif et sur celui du hockey, précisément, c'est vers Mario Lemieux que j'ai souvent pointé cette interrogation. Et depuis que nous présentons les meilleurs matchs de Coupe Canada 1987, elle me revient de plus belle, avec encore plus de vigueur, s'accompagnant fatalement d'une certaine frustration.

Âgé de seulement 21 ans, le grand Mario a profité de la vitrine exceptionnelle que représentait Coupe Canada pour afficher son extraordinaire talent au monde entier. Et ce qui le rendit encore plus visible, c'est le fait que ses coéquipiers et adversaires étaient tout simplement les meilleurs joueurs de leurs pays respectifs. Parmi tous ces grands athlètes, ses feintes électrisantes, son tir précis, sa maîtrise et sa compréhension du jeu ressortaient davantage. On redécouvre aussi à quel point il était fort, difficile à neutraliser physiquement. À l'époque de l'accrochage et de l'obstruction, il en a traîné des rivaux sur son dos en route vers le filet.

Déjà sauveur d'une équipe en perdition à 18 ans à peine (les Penguins attiraient autour de 6000 spectateurs avant son arrivée en 1984), voilà que Mario Lemieux ajoutait une facette extrêmement importante à son statut de surdoué : celle de « l'obligation » de gagner! Cela allait paver la voie aux deux conquêtes des Penguins, quelques années plus tard.

Vers les chiffres de Gretzky?

Alors que Wayne Gretzky ne rata que 41 matchs au total lors des 13 premières saisons de sa carrière, Mario Lemieux, à l'inverse, fut littéralement foudroyé par les blessures et la maladie, dès les premiers moments de sa fulgurante éclosion.

Ses maux de dos tristement mémorables lui ont valu des souffrances terribles et ont empoisonné très tôt sa carrière d'athlète, au point de ne plus être capable de nouer ses patins lui-même. Puis, ce fut le cancer, la terrible maladie de Hodgkin qui le cloua au tapis à nouveau. Puis une autre opération au dos. Puis d'autres innombrables problèmes de santé, lors de son « deuxième » retour, entre 2000 et 2006.

Si on met à part les quatre saisons complètes où il n'a pas joué, Lemieux aura raté 467 matchs. Si on les ajoute, cela donne un total affolant de 755 rencontres ! Imaginez s'il avait pu disputer une juste proportion de celles-ci. Il aurait pu, notamment, s'approcher des 2000 points au tournant de la trentaine. Il aurait pu tout aussi bien en ajouter entre 750 et 1000, par la suite.

Bref, n'eût été de toutes ces malchances, Mario Lemieux aurait pu occuper pour toujours une place aussi importante que celle de Gretzky, dans l'histoire de la Ligue nationale de hockey. Ceux qui l'ont vu jouer et qui ont suivi sa carrière de près n'ont pas besoin de chiffres pour le reconnaître comme l'un des plus grands de l'histoire. Pour les plus jeunes, c'est plus difficile. Il faut se rabattre sur les archives et revoir des matchs de l'époque. La rediffusion des rencontres de Coupe Canada 1987 offre une occasion en or de découvrir les exploits de celui qui fut surnommé « le Magnifique »!

Comparaisons inutiles

Bien sûr, dès que les noms de Gretzky et Lemieux sont prononcés, plusieurs amateurs de hockey ne peuvent s'empêcher de lancer un débat qui peut devenir houleux. Qui des deux fut le plus grand? Lequel des deux choisir s'il fallait bâtir une concession? Vous voyez le genre. À travers le Canada, plusieurs ont même souvent voulu en faire une situation politique avec « Gretzky, l'anglophone, le Canadian Kid» et « Lemieux, le francophone, le p'tit gars de Ville-Émard». Ils sont aussi plusieurs à juger la contribution de l'un ou l'autre selon sa personnalité ou sa disponibilité envers le public.

Pourtant, avec le recul, on devrait réaliser que toute comparaison est aussi odieuse qu'inutile en ce qui a trait aux deux joueurs. Pendant plus de deux décennies, à chacune de leur présence sur la glace, Wayne Gretzky et Mario Lemieux ont émerveillé les amateurs de hockey, grâce à un talent unique et un amour démesuré pour leur sport. Leur engagement professionnel fut irréprochable, ils ont ennobli leur métier et mieux fait paraître quantité d'athlètes autour d'eux. Encore là, la rediffusion des matchs de Coupe Canada nous sert bien. Gretzky et Lemieux sont de toutes les situations et souvent, l'un prépare habilement le jeu de l'autre.

Cela ne nous empêche pas pour autant d'en vouloir un peu au destin qui est venu atténuer tout ce dont Mario Lemieux était capable. Il aura finalement brûlé autant d'énergie à retrouver la santé qu'à livrer ses exploits sur la patinoire. Il aurait pu en faire encore tellement plus, s'il avait eu la santé…