C'est peut-être de ressasser les sentiments du lock-out de 2004, déclenché par le lock-out de 2012. C'est peut-être le lancement du livre d'Éric Gagné ou les commentaires à faire sursauter de Guy Lafleur sur le conflit. C'est sûrement, un peu, le décès d'anciens durs à cuire du hockey ou encore le très humble récit de Stéphane Richer à L'antichambre. Je ne sais pas ce qui m'a poussé à réfléchir sur tous les sentiments nouveaux qui nous habitent lorsqu'on passe à autre chose, mais je sais que le processus vaut la peine d'être mis en lumière.
J'ai souvent entendu, parfois à tort, presque toujours à raison, que les athlètes professionnels sont égoïstes. Égoïstes dans leur façon de se préparer, leur façon de planifier, pas dans leurs valeurs et leurs priorités. C'était mon cas. Ce qu'on entend moins toutefois, c'est à quel point ce même compétiteur est dur sur lui-même dans sa façon de se préparer et d'approcher le prochain test. Faire fi des blessures, trouver par tous les moyens la façon optimale de performer le lendemain malgré l'insomnie, malgré la confiance fragile, voire démolie, malgré l'angoisse des attentes parfois démesurées. Toutes des données qui ne se quantifient pas. Tous des facteurs dont l'athlète sera le dernier à admettre l'existence lorsqu'il a les deux pieds dedans. C'était mon cas aussi.
Ce billet n'est pas une complainte. Ces pensées ne terniront jamais l'image que j'ai et que je désire véhiculer de ce sport qui a fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui. J'ai désormais cependant le recul pour me rappeler que le hockey, comme le baseball, comme l'escrime, sont des moyens et non des fins. Des moyens pour enseigner la vie, les leçons qui s'y cachent sans ignorer toutes les vérités, la défaite et la déprime incluses.
Lors de mes moments difficiles avec le Ligthning en 2006-07, j'ai travaillé avec un psychologue sportif. Lorsqu'il me rappelait que la Terre ne s'était pas arrêtée de tourner quand j'avais alloué un sapin la veille, ça me choquait. Lorsqu'il me soulignait que mon entraîneur ne faisait pas partie des gens à prioriser dans ma vie, je serrais les dents parce que c'était tout de même lui qui décidait qui gardait les buts 24 heures plus tard. Je voulais qu'il m'aide à effectuer le prochain arrêt, gagner le match suivant. Je ne savais pas qu'il m'aiderait une fois les jambières accrochées.
Je fais partie des chanceux, des fortunés. J'étais, sans le vouloir, sans le savoir, outillé pour faire face à la retraite. Je n'ai pas eu besoin d'avoir recours à la bouteille ou aux pilules. Je ne me suis pas morfondu pendant des heures enfermé chez moi à l'abri du monde en attendant un coup de téléphone qui ne viendra pas pour une opportunité qui n'existe pas. C'est pourtant la triste réalité pour beaucoup d'athlètes déchus. Il n'y a pas de honte à le souligner.
Très rares sont ceux qui ont le privilège de décider, selon leurs propres règles, les termes de la fin. Seuls les exceptionnels sont ceux qui annoncent leur décision en tenant un point de presse. J'ai été poussé, comme la grande majorité, vers la porte. S'il est vrai que je ne me suis pas accroché tant bien que mal; c'est là toute la preuve qui m'est nécessaire pour croire mordicus que j'étais serein. Ce qui ne veut pas dire que les pincements de cœur et l'amertume ne viennent pas me visiter de temps en temps; mais, en ces moments-là, la Terre ne s'arrête toujours pas de tourner
