MONTRÉAL – Alors qu’étaient épiés les moindres faits et gestes des Hudon, McCarron et Scherbak, d’autres joueurs au profil plus discret étaient inévitablement passés sous le radar au camp de perfectionnement du Canadien, en juillet dernier.

Sans faire trop de bruit, certains d’entre eux avaient profité de l’invitation pour planter les prochains jalons de leur carrière. Le diminutif défenseur Ryan Johnston avait signé, quelques jours seulement après son arrivée, son premier contrat professionnel. Le gardien Michael McNiven, dont certains cyniques croyaient que la seule qualité était de posséder une paire de jambières, avait obtenu une récompense similaire dans les mois suivants, après avoir livré de belles performances au tournoi des recrues. Même chose pour l’Allemand Markus Eisenschmid, qui évolue présentement avec les IceCaps de St. John’s dans la Ligue américaine.

Dryden Hunt, ça vous sonne une cloche? Son nom s’inscrivait dans cette liste de joueurs ignorés au repêchage de la Ligue nationale à qui le Canadien avait décidé d’offrir une chance de décrier cet oubli. Alors âgé de 19 ans, Hunt venait de connaître une saison de 33 buts et 83 points dans la Ligue junior de l’Ouest. Classé au 111e rang du recensement final des patineurs nord-américains de la Centrale de recrutement de la LNH, les 30 équipes du circuit Bettman venaient de lever le nez sur lui pour une deuxième année de suite.

Dryden HuntHunt n’a rien cassé pendant sa courte incursion dans l’organisation du Canadien. Il avait bien marqué un but contre les espoirs des Sénateurs d’Ottawa, mais on avait surtout parlé de la séquence parce qu’elle avait été fabriquée par le Montréalais Angelo Miceli. Le lendemain, il était renvoyé à son club junior avec quelques encouragements génériques. On lui souhaitait bonne chance en lui promettant qu’on allait le garder à l’œil.

Mise à jour : Hunt se débrouille pas trop mal depuis. 

Échangé des Tigers de Medicine Hat aux Warriors de Moose Jaw dix jours après son passage au Québec, Hunt brûle la Ligue junior de l’Ouest depuis le début le début de la saison. Avec un peu plus d’un mois à écouler au calendrier du circuit, il a déjà écrasé ses vieux sommets personnels avec des récoltes de 45 buts et 93 points, des statistiques qui lui permettent de trôner au sommet du classement des marqueurs de la WHL.

Mais sa dominance a atteint un autre niveau au cours des dernières semaines. En l’espace de dix jours, le joueur de centre a réussi quatre tours du chapeau en cinq matchs. Ce n’est qu’une question de temps avant que le joueur junior de l’heure au pays devienne le premier joueur des Warriors en 21 ans à atteindre le plateau des 50 buts dans une campagne.

Dryden HuntTous ces chiffres font bien paraître son directeur général Alan Millar, qui se confond en éloges envers son prolifique vétéran.

« Il est présentement dans une zone dont peu de joueurs se sont même approchés dans le passé, mais on a toujours su qu’il était un très bon joueur, affirme Millar en entrevue à RDS. Même si, à 20 ans, il joue principalement contre des joueurs plus jeunes que lui, il mérite tout le succès qu’il connaît. Son coup de patin s’est grandement amélioré avec les années, il protège la rondelle avec une efficacité inégalée et je ne crois sincèrement pas être chauvin quand je dis qu’il possède le meilleur tir de la Ligue. C’est aussi un joueur de caractère qui s’est avéré un ajout majeur dans notre vestiaire. »

Mû par le désir de greffer de l’expérience à sa formation, Millar a commencé à traquer sa proie dès le début de l’été. Les Tigers avaient un surplus de joueurs de 20 ans et il est rapidement devenu de notoriété publique que Hunt était disponible. Le nom s’est rapidement retrouvé au sommet de la liste d’emplettes des Warriors, mais ce n’est qu’à la veille du début de la saison régulière que les deux équipes ont pu trouver un terrain d’entente.

« Le marché pour les joueurs de 20 ans évolue lentement. À mesure que la saison approche, les équipes se voient forcées de prendre une décision et comme leur formation est pratiquement complétée, des choix au repêchage représentent la meilleure monnaie d’échange pour elles », explique Millar.

Les Warriors ont finalement déboursé un choix de deuxième ronde en 2016 et un choix de troisième ronde en 2018 pour mettre la main sur le pivot de son premier trio. Hunt avoue puiser une partie de sa motivation dans le constat de sa faible valeur marchande.

« Je ne dirais pas que ça m’a dérangé, mais maintenant que j’ai vu les autres échanges qui ont eu lieu durant la saison et ce que les équipes ont donné pour tel et tel joueur... Sans dire que ça m’a contrarié, disons que ça m’a ouvert les yeux. Peut-être que le marché a changé en cours de route, je ne sais trop, mais je ne m’en fais plus avec ça de toute façon. »

Plus qu’un simple valet

L’acquisition de Hunt a été faite dans une optique très simple : trouver un complément de qualité au capitaine Brayden Point, l’un des joueurs les plus dynamiques de la Ligue de l’ouest. Le duo a fait des flammèches dès le départ et Hunt a bénéficié de l’aide d’un ailier élite en récoltant 23 points en 12 matchs au mois d’octobre. 

Point s’est blessé à une épaule à la mi-novembre et conséquemment, la fiche de Hunt s’en est ressentie. Pendant la convalescence de son compagnon, prolongée par sa participation au Mondial junior, Hunt n'a récolté que 22 points, dont neuf buts, en 19 parties. 

Millar tient toutefois à souligner que Dryden Hunt n’est pas que l’instrument d’un coéquipier surdoué.

« Il a aussi connu beaucoup de succès en jouant avec Brett Howden et Noah Gregor. Pas plus tard qu’en fin de semaine dernière, ces trois-là ont joué de gros matchs. Puis le lundi suivant, pour un match crucial contre les Raiders de Prince Albert, le coach a remis Hunt et Point ensemble. Ces deux joueurs offrent plusieurs options à notre entraîneur. »

Hunt est conscient que bien des sceptiques s’empresseront de lier ses performances à la présence de l’un des meilleurs joueurs au pays et sans vouloir s’attarder sur le sujet, il reconnaît que l’apport de Point a contribué à accélérer son développement.

« Ce n’est certainement pas une corvée de jouer en sa compagnie. Tout le monde sait qu’il est un joueur spécial. C’est un compétiteur féroce qui mange du hockey. J’essaie d’apprendre le plus possible de lui. » 

« Ce n’est pas comme si Dryden amassait des points gratuits dans des victoires faciles de 9-3, sent le besoin d’ajouter Alan Millar. Deux de nos quatre derniers matchs étaient des vraies batailles de ruelles contre Prince Albert, qu’on pourchasse au classement, et il a réussi un tour du chapeau dans chacun d’entre eux. Je trouve que ça ajoute encore plus à la valeur de ses accomplissements. »

Pas de nouvelle du Canadien

Millar reçoit régulièrement des appels de représentants d’équipes de la LNH qui ont des questions à lui poser au sujet de son meilleur marqueur. « Je mentirais si je disais que ça ne s’est pas intensifié dernièrement, précise-t-il. Il y a un intérêt certain. »

Le DG dit avoir des contacts réguliers avec Shane Churla, le recruteur en chef du Canadien. « On discute de pas mal tous nos joueurs, il connaît bien [l’entraîneur] Tim Hunter. »

Hunt, lui, se dit au courant de discussions qu’a eues son agent avec quelques équipes, mais affirme que le Canadien n’est pas l’une d’elles. Qu’à cela ne tienne! Celui qui avait aussi été ignoré au repêchage bantam de la WHL avant de se tailler un poste avec les Pats de Regina à l’âge de 16 ans continue de bûcher dans l’espoir de décrocher ce premier contrat.

« Je me suis toujours développé sur le tard, j’ai l’habitude de m’immiscer par la porte arrière. J’espère que je pourrai continuer sur cette lancée et éventuellement recevoir une bonne nouvelle. »

« J’ai comme l’impression que ça va arriver », se permet de prédire Alan Millar.