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Victoire de GV : déjà 30 ans (3e)

Mercredi 08 octobre 2008
Gilles Villeneuve sur le podium au terme de sa victoire. (Photo PC)

Gilles Villeneuve sur le podium au terme de sa victoire. (Photo PC)

Par Serge Gaudreau - Ce qui nous ramène au vendredi 6 octobre 1978, une journée faste pour les Ferrari. Tirant avantage de la pluie et de leurs pneus Michelin, les bolides écarlates se classent premier et deuxième à cette première journée d'essais, la voiture de Carlos Reutemann ne devançant la 12 du favori local que par quelques dixièmes de seconde.

Les choses deviennent plus sérieuses le lendemain. Gilles Villeneuve continue tout de même de talonner les meneurs, ne cédant le pas qu'à la Lotus de Jean-Pierre Jarier, successeur de Ronnie Peterson, et à la Wolf de Jody Scheckter. Troisième sur la grille, le Canadien semble en bonne posture pour rééditer son exploit du 11 août 1978, en Autriche, et gratifier ses fans d'une présence sur le podium.

C'est aller un peu vite en affaire. Pour les avoir vues à l'oeuvre depuis le début de 1978, Villeneuve connaît la puissance des Lotus. Aussi, il s'en veut de ne pas avoir soutiré la position de pole à Jean-Pierre Jarier. Un Jarier qui, au volant de la voiture la plus performante de sa carrière, s'annonce déjà comme un rude adversaire.

Le Français n'est d'ailleurs pas le seul chat que les Ferrari auront à fouetter, car quelques secondes à peine après le début de la course de 315 kilomètres – 70 tours de 4,5 kilomètres -, qui a lieu le dimanche 8 octobre, Villeneuve est repoussé au quatrième rang par l'excellent départ d'Alan Jones.

Même si elle déçoit le public, cette position n'est pas aussi inconfortable qu'on pourrait le croire. Le Québécois a en effet décidé d'épargner ses freins en début de parcours et d'attendre quelques tours avant de se lancer à l'offensive. Aussi, ce n'est à peu près qu'au quart de la course que Villeneuve fait réagir ses fans en accentuant la pression sur les meneurs.

Essayant tant bien que mal de suivre les rebondissements de la course et d'anticiper les tactiques qui seront utilisées par les pilotes, les 72632 spectateurs manifestent bruyamment leur approbation lorsque la Ferrari double la voiture d'Alan Jones, avant de prendre la Wolf de Scheckter dans son collimateur.

Serrée, la lutte dure une dizaine de minutes. Puis, Villeneuve comble de nouveau ses admirateurs en passant Scheckter au 25e tour. Maintenant en deuxième place, il lui reste 45 tours pour manœuvrer contre la Lotus de Jean-Pierre Jarier. En théorie, c'est beaucoup de temps.

Le morceau risque quand même d'être gros à avaler. Détenteur du tour le plus rapide de la veille, le Français, qui est lui aussi en quête d'une première victoire en F-1, résiste aux assauts de la Ferrari. Villeneuve a beau mettre toute la gomme, un écart de 25 à 30 secondes continue de séparer les deux voitures. La trame reste la même pendant une quarantaine de minutes, sapant petit à petit le moral de la foule, résignée à voir son champion muselé par l'impitoyable Lotus. Gilles deuxième? Ce n'est quand même pas si mal.

Pourtant, l'espoir subsiste. Le scénario semble si beau : à sa première saison complète, ici à Montréal. Et si jamais...

De Grand Prix en Grand Prix, les néophytes en viendront à se familiariser avec l'univers de la F-1, à prendre conscience du rôle prépondérant joué par la voiture dans les chances de succès du pilote. Ils en viendront même à dénoncer vivement cette situation, surtout en 1980 et 1981 alors que les Ferrari, moins compétitives, ne permettront pas à Gilles Villeneuve de se faire justice face à des rivaux mieux équipés.

Mais le 8 octobre 1978, personne ne se formalise de voir la Lotus connaître soudain quelques difficultés. En réponse aux prières des spectateurs – c'est une fin de semaine d'Action de grâce par surcroît! -, la voiture de Jarier laisse en effet échapper de la fumée, ce qui fait présager un arrêt aux puits. Espérant que cette pause dure assez longtemps pour permettre à la Ferrari de prendre les devants, la foule retient son souffle. Inutilement. Le joint d'huile de sa Lotus ayant sauté, Jean-Pierre Jarier est forcé à l'abandon.

Incroyablement, tous les dominos sont tombés, les uns après les autres. L'ironie n'échappe pas à Villeneuve qui dira après la course : « Ça ne m'était jamais arrivé que quelqu'un casse devant moi pour me favoriser (...) C'est plus souvent moi qui ai cassé pour en favoriser un autre ».

Sa position de tête, le numéro 12 doit encore la préserver. L'avance de 30 secondes que Villeneuve détient sur Scheckter est importante, mais elle suppose que la Ferrari ne soit pas à son tour victime d'une avarie, d'une guigne de fin de course. Les doigts croisés, rivés sur leur siège ou devant leur téléviseur, les témoins de cette lutte contre le temps assistent pensifs à l'angoissante remontée de la Wolf qui profite de la conduite économe de Villeneuve pour se rapprocher. Un soulagement partiel survient au 69e tour quand le réseau TVA proclame prématurément la victoire du Canadien. Bien entendu, il s'agit d'une erreur.

Une bourde qui, une minute et demie plus tard, n'a d'ailleurs plus aucune importance. Le meneur a bien calculé les limites de sa voiture et, après près de deux heures de course, c'est avec une avance de 13 secondes qu'il croise finalement le fil d'arrivée.

Accueilli par une foule en liesse, le champion du Grand Prix du Canada respire le bonheur. À ses propos, on devine cependant qu'il n'a pas l'intention d'en rester là, qu'il ne considère pas cette victoire comme un miraculeux concours de circonstances, mais comme un juste échantillon de ses capacités.

Cela n'empêche par des voix discordantes de se faire entendre dans les jours qui suivent. Jetant un certain discrédit sur le succès du jeune pilote, certains amateurs laissent sous-entendre qu'on lui a peut-être servi ce moment magique sur un plateau d'argent, que ce happy ending sonne un peu trop happy pour être vrai. D'autres, qui ne remettent pas en question la légitimité du triomphe de Villeneuve, s'empressent pour leur part de souligner qu'une hirondelle ne fait pas le printemps, que celui-ci a encore tout à prouver en F-1.

L'année 1979 fera éclater toutes les digues. À sa deuxième saison complète, Gilles Villeneuve s'impose comme un des plus grands noms de son sport. Il remporte trois Grand Prix et flirte avec le championnat du monde qui ne lui glisse entre les doigts que par quatre points.

Célèbre en Europe, particulièrement en Italie où l'on s'intéresse dévotement à tout ce qui touche Ferrari, l'athlète de 28 ans se développe une légion d'admirateurs qui vibrent au rythme de ses départs canons et de ses dépassements audacieux. Garant d'émotions, même quand les Ferrari vont s'avérer moins puissantes que leurs rivales, le style de Villeneuve en fait un des pilotes les plus excitants sur le circuit, un des rares à apporter un élément d'imprévisibilité à un sport qui, malheureusement, demeure trop souvent otage des avantages mécaniques obtenus par une des écuries en lice.

Dijon (1er juillet 1979), Jerez (21 juin 1981), Montréal (27 septembre 1981) : une série de courses mémorables contribuent à l'édification de sa légende, un récit dont les plus belles pages semblent encore à écrire lorsqu’un accident bête lui coûte la vie à Zolder, en Belgique. Né pour piloter, comme Gérard Côté l’était pour courir ou Maurice Richard pour jouer au hockey, Gilles Villeneuve trouve la mort au volant d'une voiture de course, le 8 mai 1982.

Il laisse dans son sillage une nouvelle tradition qui, malgré vents et marées, rumeurs et incertitudes, survit jusqu’à nos jours. Elle connaîtra même un nouveau sommet le 26 octobre 1997, lorsqu’un dénommé Jacques Villeneuve marquera à son tour l’imaginaire des fans de course automobile en arrachant le championnat du monde des conducteurs à Jerez-de-la-Frontera.
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rep:ocatarinabellachixchix l'huron_qc l'huron_qc
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2008/10/09 08:53:11
Où sont les amateurs de courses automobiles? ocatarinabellachixchix ocatarinabellachixchix
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2008/10/08 14:38:36