TERREBONNE – Ça se passait à son année recrue dans la NFL. Encore impressionné par ce monde plus grand que nature, Jean-Philippe Darche s’est retrouvé dans la mire du légendaire et très intimidant, Reggie White.

Darche et ses coéquipiers des Seahawks de Seattle patientaient sur le terrain en attente d’une décision des officiels. Inévitablement, le regard de Darche s’est posé sur White, ce redoutable joueur défensif qui disputait la dernière saison de sa carrière avec les Panthers de la Caroline.

« Je le regardais et je me disais que ça n’avait pas de sens tellement il était gros », s’est souvenu Darche qui n’avait jamais joué devant des foules de plus de 30 000 personnes avant de faire le saut de la LCF à la NFL.

Le membre du Temple de la renommée du football a rapidement compris que le « petit » Québécois était une verte recrue et il ne s’est pas gêné pour l’invectiver.

« Il me regardait, il voyait que j’étais plus petit et il a commencé à me parler dans ce style : ’Hey, qu’est-ce que tu fais ici, tu vas te faire mal, tu sais que je m’en viens pour toi dès que je franchis la ligne’. Finalement, il s’est faufilé et il ne m’a jamais touché. Disons que j’étais soulagé. C’est l’un des moments pendant lequel j’ai eu les yeux gros comme des trente sous », a raconté Darche qui a porté l’uniforme des Seahawks et des Chiefs de Kansas City.  

Le retraité fort sympathique a pu replonger dans ses souvenirs dans le cadre de son intronisation au Panthéon des sports du Québec, mercredi soir. Ayant accroché ses crampons depuis plus de sept ans, Darche ne s’attendait pas à recevoir cette reconnaissance.

« C’est un très bel honneur et je dois dire que ça m’a pris par surprise. L’an dernier, j’ai été élu au Temple de la renommée des sports de l’Université McGill et j’avais trouvé ça vraiment merveilleux. Je me disais, à 41 ans, que c’était le dernier honneur de mon passé sportif », a mentionné Darche qui complètera bientôt rien de moins que sa résidence en médecine à Kansas City. 

« J’étais encore plus honoré quand j’ai regardé les autres intronisés et ceux du passé. Il y a plusieurs légendes, des athlètes qui étaient de mes idoles », a confié Darche avec admiration.

Cette immense humilité, Darche ne l’a jamais perdue même s’il a disputé neuf saisons dans la NFL et participé au Super Bowl XL en février 2006. Cette défaite subie aux dépens des Steelers de Pittsburgh constitue évidemment son souvenir le plus précieux.

« Ça va rester le fait saillant de ma carrière. Quand ça fait plusieurs années que tu t’es retiré, tu as traversé les moments moins évidents qui suivent une retraite. Peu importe ta situation, ce n’est pas facile pour personne. Maintenant, j’ai mon autre carrière et c’est le temps de regarder un peu vers l’arrière. Ça rend cet honneur très touchant », a-t-il exprimé avec honnêteté et pertinence.

Outre sa présence au plus grand rendez-vous du football, Darche a vécu le plaisir d’être nommé le capitaine des unités spéciales à sa dernière saison avec les Seahawks en 2006.  

« C’était plaisant principalement parce que c’est voté par les joueurs et les entraîneurs. Ça veut dire que tu n’es pas si pire que ça et que les gens pensent que tu procures quelque chose de positif à l’équipe », a noté Dr. Darche qui se spécialisera en médecine sportive.

Père de deux garçons de 14 et 11 ans ainsi que d’une fille de 13 ans, Darche pourra un jour raconter à ses petits-enfants qu’il a été le coéquipier de monuments du football.

« J’ai eu la chance de jouer pendant une demi-saison avec Jerry Rice, une des plus grandes légendes du sport. Quand j’étais avec les Chiefs, j’ai évolué pendant deux ans avec Tony Gonzalez qui est, à mon avis, le plus bel exemple que tu peux trouver dans le monde du sport. Il était tellement humble et terre à terre », a vanté Darche.

Le palmarès du spécialiste des longues remises ne s’approchera jamais de ceux des grands noms de la NFL, mais son rôle aura tout de même été majeur pour l’essor du football au Québec.

Darche a aidé à ouvrir des portes pour les athlètes québécois qui ne considéraient plus la route vers ce niveau comme une mission impossible.

« J’apprécie ce compliment et c’est vraiment agréable de voir la progression du sport depuis l’époque que je jouais au Collège Notre-Dame », a indiqué Darche en éloignant tout de suite la discussion de sa contribution.

Duvernay-Tardif, l'idole de ses garçons

Cet héritage a mené à un exemple parfait en Laurent Duvernay-Tardif. Cet autre ancien de McGill a  repoussé les limites en s’établissant comme un joueur de premier plan.

« Ce qu’il accomplit, c’est exceptionnel. Je l’ai rencontré un an avant son repêchage via Mathieu Quiviger et on a gardé contact, on est rendu de bons amis. C’est tellement un bon gars. Je suis content pour lui », a jugé Darche. 

« Quand on y pense, les chances qu’ils se retrouvent avec Kansas City étaient minimes. C’est l’idole de mes gars. D’ailleurs, je suis entraîneur pour l’équipe de mon plus jeune et il vient aux entraînements parfois. Tous les joueurs sont émerveillés quand il se présente. »

La progression de Duvernay-Tardif incite quelques observateurs à lui prédire un parcours parsemé d’honneurs.

« S’il avait joué son football universitaire dans un gros programme comme Alabama, il aurait été un choix de première ronde. Il est clairement leur meilleur garde et je prévois qu’il aura une excellente carrière. Je ne serais pas surpris qu’il se rende au Pro Bowl, il a les qualités et l’intelligence tout en étant tough et agressif en plus », a-t-il diagnostiqué.

À partir de juillet 2018, Darche se consacrera donc à la médecine sportive et générale. Si son plan fonctionne comme prévu, il pourra notamment collaborer à veiller sur la santé des joueurs des Chiefs et des Royals de Kansas City. Une fois de plus, il aura mérité sa place dans ce monde inspirant.