L'équipe Amazone RDS en action.
« Gil ! On n’est même pas fatigué et on t’aime! ». Un groupe de «raideuses» allongées à l’ombre d’un palmier gigantesque, près de la ligne d’arrivée, interpelle le directeur de course pour lui signifier qu’elles viennent de passer un moment difficile.
En réponse, à ce commentaire, chargé de sous-entendus, Gil Mention se contente d’afficher un large sourire. Il sait que l’épreuve du jour a été beaucoup plus physique que prévu pour beaucoup de concurrentes. Mais il sait aussi que toutes les filles ont, une fois encore, joué le jeu sans vraiment s’économiser. Les temps sont là pour le prouver. « Je suis surpris par leur niveau qui est revu à la hausse chaque année », commente, admiratif, le responsable des spéciales du Raid Amazones depuis sa création, en voyant arriver les dernières équipes.
Il faut dire que l’homme aux allures de Kojak, en plus grand, a choisi un parcours rempli de sueur et de larmes pour certaines. Il faut dire que le Domaine de Lagrave, qui sert de décor grandiose à la deuxième épreuve, offre une topographie idéale et trompeuse pour le trek de 8 kilomètres et 1 000 mètres de dénivelé, inscrit à l’ordre du jour. La présence de gros nuages gris, accumulés au-dessus de l’arche de départ, accompagnée d’une brume accrochée au sommet de la montagne, font craindre la pluie. Mais, il en faut plus pour entamer le moral des troupes qui s’échauffent en prévision d’un parcours qu’elles imaginent, à raison, difficile. L’équipe NRJ 3 cherche une tactique infaillible: « On devrait faire partir la meilleure devant, pour nous motiver ! Vous ne croyez pas ? ». La suite leur réserve une surprise.
Dès 8h 50, les départ s’enchaînent toutes les 2 minutes, avec en tête de liste, les garçons -toujours hors-classement- de NRJ. La chasse à l’homme est ouverte ! Avant de se mettre aux ordres du starter, l’équipe mauricienne MTPA forme un cercle et entame un chant de guerre, à la manière du redoutable Haka des All Blacks : «Plus fort, plus haut, plus loin ! On peut le faire, les filles, Yeeah! ». La concurrence est prévenue. Pourtant, 50 minutes plus tard, peu après le CP 3, les pendules ont été remis à l’heure par celles qui sont venues jouer la gagne. Comme la veille, dans l’épreuve de canoë, la lutte est intense entre Nike-Eurosport, Les Dijonctées et 22 V’la les M&Ms/Excelighting, qui ont laissé les autres équipes scootchées dans le sentier abrupt qui mène au sommet de Lagrave. Visiblement tout le monde n’est pas venu faire la même chose ! « On y croit ! Faut s’accrocher ! » Lance Sandrine Kancel, de Nouvelle Frontière, à ses deux coéquipières, trempées de sueurs. A ce moment de la course, il fait plus de 35° ! Olivia Vidic de NRJ 3 arrive au CP4 en boitant : « J’ai oublié de mettre ma genouillère et j’ai une tendinite. C’est encore long ?». « Une vingtaine de minutes, ça descend jusqu’à l’arrivée. Mais faites très attention, il y a beaucoup de pierres roulantes», renseigne le commissaire de course en lui tendant une bouteille d’eau avant qu’elle ne reparte, traînant la jambe, soutenue par ses coéquipières, mais déterminée à aller au bout de ses forces.
Les Bobettes arrivent à leur tour : « La chaleur, c’est vraiment très dur. Mais bon, on a signé pour en ch…, on va pas se plaindre ! ». L’équipe de Handicap Marathon, pointe, réclame aussi de l’eau et une douche express : « On le fait pour Chloé, notre mascotte ! » Explique Ly Papin, tout sourire, avant de se jeter dans la descente finale. Une descente aux enfers pour Emmanuelle Dumont et Suzanne Senellart, victimes d’une entorse de la cheville, qui, malgré la douleur et les larmes, réussiront à franchir la ligne d‘arrivée sous les applaudissements. Comme le moral des participantes, l’ambiance du Raid Amazone 2006 est plus que jamais au beau fixe et compte bien y rester jusqu’à la fin.