samedi, 26 mai 2012. 09:37

Vous avez toujours rêvé de jaser lutte avec JJ Dillon? Vous avez toujours voulu une photo avec Terry Funk, sans être obligé de payer 100$? Vous aimeriez recevoir des conseils de Jim Ross? Vous aimeriez assister à un Q&A de « Stone Cold » Steve Austin? Vous trouveriez ça cool de jouer au cribble avec Paul Vachon, avoir une entrevue avec Rick Steamboat ou un autographe de Kevin Von Erich? Le Cauliflower Alley Club est exactement l'endroit que vous devez découvrir!

Lorsqu'un événement comme WrestleReunion est présenté non loin de votre domicile et que rencontrer des légendes du monde de la lutte professionnelle vous intéressent, il ne faut pas hésiter, car comme je le mentionnais dans mon article précédent, on ne sait jamais quand ce genre d'événements prendra fin compte tenu du marché actuel. Cependant, le Cauliflower Alley Club est là pour rester et chaque personne qui œuvre dans le milieu, passé ou présent, devrait se faire un devoir d'y aller au moins une fois.

Le Cauliflower Alley Club est le plus gros regroupement d'anciens lutteurs (le terme lutteur ici regroupe quiconque a œuvré dans le domaine de la lutte, que ce soit comme arbitre, gérant, commentateur, etc.) au monde.

Cet organisme fut fondé en 1965 par Mike Mazurki et Art Abrams. Mazurki est un ancien lutteur et acteur, qui a entre autres joué dans le Dick Tracy original. Si vous avez déjà vu le logo du CAC, vous avez déjà vu une partie de Mazurki.

En effet, pendant longtemps, l'une des caractéristiques d'un lutteur était d'avoir une ou deux oreilles en chou-fleur. Une oreille qui se fait trop frotter contre un matelas développe avec le temps une physionomie différente qui ressemble à un chou-fleur et c'est l'origine du logo et du nom de ce regroupement. L'oreille de Mazurki est donc celle qu'on peut voir sur le logo encore actuel du CAC.

À travers les années, la réunion annuelle du CAC a évolué autant en termes de lieu que de membres. Au tout début et pendant de nombreuses années, elle avait lieu dans les environs de Los Angeles. Dans les années 90, elle a fait quelques présences dans l'est des États-Unis, puis finalement, elle a pris résidence dans la ville des péchés, Las Vegas.

Si la réunion n'était ouverte au début qu'aux anciens ou courants membres de l'industrie de la lutte professionnelle et de la boxe, afin de créer un endroit où les « boys » pouvaient se retrouver, se revoir et partager des souvenirs de toute sorte, la réunion s'est ouverte avec les années aux fans, aux journalistes, aux historiens, afin que chacun de ces passionnés puisse y trouver son compte. Depuis 1992, une remise de prix, qui a elle aussi évoluer dans les 20 dernières années, est le clou du banquet.

À travers les années une liste assez impressionnante de lutteurs y sont allés, au moins une fois, alors que d'autres sont devenus des habitués.

Gene Kiniski, Mad Dog Vachon, Verne Gagne, Dick Hutton, Billy Robinson, Gorilla Monsoon, Pedro Morales, Ray Stevens, The Sheik, Pat Patterson, Paul Vachon, Lou Albano, Stan Hansen, Larry Zbyszko, Angelo Mosca, Bobby Heenan, Antonio Inoki, Gordon Solie, Jack & Jerry Brisco, The Destroyer, Sika Anoa'i, Danny Hodge, Fred Blassie, Dan Severn, Dory Funk Jr, Lou Thesz, Jesse Ventura, Kurt Angle, Stu Hart, Killer Kowalski, Don Leo Jonathan, Terry Funk, Harley Race, Nick Bockwinkel, Ronnie Garvin, Ted Dibiase, Kharma, Rick Martel, Mick Foley, Sgt. Slaughter, Jim Ross et j'en passe. Impressionnant non?

Et la beauté dans tout ça, c'est que tous ces gens sont disponibles à jaser, à se faire photographier, à signer un autographe, relativement facilement.

Même la WWE est solidaire de cet événement. Des employés actuels de la compagnie sont autorisés à y aller alors qu'il y a une table réservée pour la WWE lors du banquet.

Le CAC est une aventure de trois jours qui peut être très enrichissante.

Le lundi 16 avril était la première de ces trois journées et comme la plupart des conventions du genre, la plus relax. Les gens arrivent à destination, on commence à s'installer, on récupère notre porte-nom en s'enregistrant officiellement et on s'acclimate à l'endroit.

Installé dans un hôtel de Vegas, le CAC monopolise plusieurs salles de convention à elle seule. La salle principale est celle utilisée par les différents vendeurs, les anciens lutteurs qui ont un livre ou des souvenirs à vendre, certains lutteurs actuels qui se déplacent aussi pour vendre de la marchandise, en plus d'avoir une exposition d'anciennes photos, de photos prises lors d'anciennes réunions et même quelques murs où on rendait un hommage posthume aux disparus des dernières années.

À cet effet, il était quelque peu surprenant de voir les noms de Bash Bison (Phrank Morin) et de Serge Saumon (Serge Daigneault), deux Québécois qui nous ont quittés récemment. Ça m'a fait chaud au cœur.

Paul « The Butcher » Vachon y vendait une multitude de choses, dont son plus récent livre, dans lequel il discute entre autres de la mort de Luna et de plusieurs autres sujets pour lesquels il n'était pas entré dans les détails dans ses ouvrages précédents. Mais il vend aussi des cannes pour marcher en bois, des photos et ses anciens livres bien entendu. « The Destroyer » Dick Beyer, qui était aussi à Toronto le week-end précédent, y était avec sa fidèle conjointe, afin d'y vendre sa biographie. Chris Masters, Shawn Daivari et Ivory y étaient également pour vendre des photos. La promotion de lutte chapeautée par le chanteur des Smashing Pumkins, Billy Corgan, y avait un kiosque promotionnel. D'ailleurs Corgan lui-même a passé les trois jours au CAC, très facile d'accès. Le Torontois Sinn y était également, vendant quelques trucs, mais aussi présent afin de donner l'un des nombreux séminaires.

En effet, plusieurs séminaires étaient disponibles et dans certains cas, il valait mieux arriver de bonne heure.

Le séminaire de Jim Ross, un must!
Outre Sinn, le lutteur et historien canadien Vance Nevada en donnait un, tandis qu'un des sujets abordés dans un autre des séminaires était l'importance des médias sociaux. Je n'ai malheureusement pu assister à ceux-ci, étant occupé ailleurs, mais l'un de mes amis n'en a pas manqué un et il m'a laissé savoir qu'ils étaient tous intéressants, chacun à leur façon.

Cependant, le séminaire que je ne voulais pas manquer était celui donné par « Good Ol' JR », Jim Ross.

Le thème du séminaire était la lutte d'aujourd'hui vue par la WWE. En fait, qu'est-ce que ça prend pour un lutteur en 2012 afin d'espérer faire partie de la WWE.

Ce que j'ai retenu du séminaire, c'est qu'il est maintenant très difficile pour un lutteur indy de faire sa marque et de gravir les échelons pour arriver à la WWE. Pour chaque CM Punk et Bryan Danielson, il y a des centaines de lutteurs qui ne passeront jamais à l'étape suivante.

Ross faisait d'ailleurs une comparaison avec le football. Il y a environ 50 joueurs par équipe, fois 30 équipes donc 1500 joueurs. Bien que la lutte professionnelle n'est pas uniquement synonyme avec la WWE, elle demeure l'option la plus lucrative ou à tout le moins celle avec le plus haut potentiel salarial. Or, il n'y a qu'environ 200 lutteurs (incluant le ceux en développement) dans l'alignement de celle-ci, 7.5 fois moins que des joueurs de football. « Alors imaginez maintenant vos chances de participer à Wrestlemania… », ajoutait Ross.

Par conséquent, le célèbre commentateur qui a longtemps été en charge du talent à la WWE demandait aux lutteurs courant de se garder un plan B.

« Si vous avez 35 ans et que votre nom n'a pas encore été appelé, revenez au plan B, disait-il. Soit vous devez avoir du talent, soit vous devez avoir une éducation. »

Ross disait aussi que la WWE veut avoir des jeunes qui sont des fans de la business, laissant savoir que seulement 3 ou 4 lutteurs ont réussi à faire leur marque sans avoir été des fans avant.

Voici d'ailleurs quelques autres points intéressants de l'heure et quart de séminaire, qui fut suivi par 45 minutes de Q&A.

-Il est déçu que les territoires n'existent plus. « Voyager avec d'anciens lutteurs pendant des heures sur la route était l'équivalent d'avoir des leçons d'histoire. On ne voit plus ça aujourd'hui. Il devrait y avoir des cours d'histoire sur la lutte dans le développement d'un jeune lutteur. »

-Au sujet du choix d'entraîneurs de lutte, « La première question que vous devriez demander c'est ‘Combien de lutteurs ayant été entraîné par vous font maintenant partie de la WWE, TNA ou ROH?' S'il n'a pas placé personne, continuez de magasiner. »

(Sur ce dernier point, si auparavant le Québec était fertile d'entraîneurs qui avaient justement entraînés des lutteurs ayant connu de grosses carrières, des entraîneurs comme Pat Girard, Émil Maupas, Tony Lanza et Édouard Carpentier, le seul vrai entraîneur présentement qui respecte ce que Ross suggère est Jacques Rougeau avec Kevin Steen. Ceux qui ont entraîné El Generico et Alex Silva n'ont pas vraiment eu d'école régulière. Patrick Smart a entraîné Generico dans ce qui fut à ma connaissance son seul élève tandis que Silva fut entraîné par son père.)

-Il considère que les lutteurs indy travaillent trop vite. « Si tu me donnes 4 punchs un à la suite de l'autre, lequel dois-je vendre? »

-Il affirme aussi que les lutteurs pensent trop au match (overthinking) et le mémorise trop également. « J'ai vu des gars prendre une heure pour préparer un match de 5 minutes. Si vous devez mémoriser votre match en entier, et bien vous n'êtes pas un lutteur, vous jouer le rôle d'un lutteur. »

-Ross encourage même le bénévolat. « Quelques fois, il faut favoriser l'expérience à l'argent si on veut avancer. »

-La personnalité est très importante pour Ross. « Si vous avez de la personnalité, vous n'avez pas besoin d'être plus grand que nature. Mais vous devez être athlétique; vous ne pouvez pas ressembler au gars qui travaille dans un Best Buy. Vous devez avoir une personnalité plus grande que nature, ce qui est différent. »

-Et finalement. « La lutte professionnelle, c'est comme un film, on doit faire en sorte que le spectateur entre dans l'histoire et s'intéresse à celle-ci. »

Évidemment, ce n'est qu'un résumé, mais les deux heures passés avec Jim Ross valaient à elles seules mon voyage au CAC.

Dans une soirée qui ne passera pas à l'histoire, le lundi soir il y avait également un show de lutte, assez moyen, alors que la moitié de la foule avait quitté par la fin.

La routine reprenait le mardi, avec la salle de conférence principale et quelques séminaires. Le soir, c'était le mini banquet, où l'on remettait des prix à des gens un peu moins connus ou moins « mainstream » disons.

J'y ai par contre fait une belle découverte, alors que j'ai appris que Mike Webster, un ancien lutteur canadien, avait joué avec les Alouettes de Montréal, ayant même remporté la Coupe Grey en 1970.

Le lendemain matin, je l'avais en entrevue.

D'ailleurs, j'ai aussi eu la chance d'interviewer au cours des trois jours l'ancien promoteur de Kansas City, Bob Geigel, âgé de 87 ans, ainsi qu'une demi-heure d'entrevue avec nul autre que Ricky « The Dragon » Steamboat.

Malgré tout ce qu'il y avait le lundi et mardi, le mercredi est vraiment LA journée. Plusieurs personnes n'arrivent que pour celle-ci, car le banquet du soir est le clou de la réunion.

On remet des prix dans plusieurs catégories, mais le prix principal est le Iron Mike Award, en l'honneur de Mike Mazurki, et il était remis cette année à Steve Austin. Dans son speech d'acceptation, il mentionnait qu'il était important de supporter le CAC et d'inciter la génération actuelle à y participer.

En effet, on retrouve plusieurs personnes d'un certain âge. Des gars qui ont lutté dans les années 50, 60 et 70. Malgré les gros noms déjà mentionnés, il y a plusieurs lutteurs moins connus qui se font un devoir d'y aller à chaque année. Il y a plusieurs jobbers, des mid-carders, qui sont connus que par leurs pairs et par les fans des territoires où ils ont le plus souvent travaillé.

Si ça peut paraître quelque peu bizarre ou moins intéressant pour la génération d'aujourd'hui, il en est tout autrement. Il faut se rappeler qu'il s'agissait d'une autre époque où tu pouvais gagner ta vie dans ce métier en ayant ce rôle. Et ces lutteurs avaient une longévité qu'on ne voit plus aujourd'hui. Un jobber des années 60 est plus connu aujourd'hui qu'un lutteur de la WWE des années 2000, qui aura eu une carrière de 5 ans, le sera dans 50 ans.

Ces jobbers et mid-carders ont d'ailleurs plusieurs choses à raconter.

Et c'est justement le rôle du CAC de s'assurer que la mémoire de quiconque ayant évolué dans le domaine soit préservé.

De plus, Austin a été très généreux de son temps, alors qu'à la fin de son speech, il a décidé de faire un Q&A improvisé.

Outre Austin, Wendi Richter, Ricky Steamboat, Lisa Moretti (Ivory) et Judy Martin ont entre autres reçu des prix au cours de la soirée. Si certains discours étaient plus longs, d'autres plus intéressants, celui de Bill DeMott (Hugh Morrus) était juste à point, alors qu'il n'a dit qu'un simple merci et a quitté la scène!

Mis à part les récipiendaires, les lutteurs et autres personnalités ayant œuvré dans le domaine, le CAC est aussi un lieu parfait pour les journalistes et historiens en la matière. Dan Murphy du PWI, Dave Meltzer du Wrestling Observer, Bryan Alvarez du Figure 4 Weekly, Arda Ocal de The Score, Greg Oliver de SLAM! Wrestling, Tom Burke, l'historien par excellence sur Killer Kowalski, Steve Yohe de Los Angeles, qui est entre autres choses, un expert de la carrière de Strangler Lewis, Jeff Leen qui a écrit la biographie de Mildred Burke, Steven Johnson qui a co-écrit de nombreux livres avec Greg Oliver, plusieurs autres auteurs, historiens, chercheurs (ou rechercheurs, si ce mot existait!) y étaient également.

C'est l'endroit de prédilection pour échanger, partager et se faire connaître dans le milieu.

Le Québec pourrait être mieux représenté
Ce qui m'a déçu, c'est que le Québec y est peu représenté.

C'est le genre d'événement où des anciens lutteurs tels que Rick Martel (qui y était l'an dernier par contre), les Rougeau, Paul Leduc, Michel Dubois, Ronnie Garvin, Frenchy Martin, Pierre-Carl Ouellet et de nombreux autres devraient être plus souvent. D'autres comme Sunny War Cloud, Ludger Proulx, Jim Kelly, Fernand Fréchette ou Guy Ranger, même s'ils n'ont pas eu la carrière que d'autres ont eue, ont leur place à cet événement qui ne fait pas de discrimination à ce sujet. Un lutteur et promoteur de la même génération que les Proulx et Sunny y était en la personne de Ron Hutchinson. D'autres de la même époque y étaient également.

De plus, des lutteurs actuels comme Kevin Steen, El Generico, LuFisto, Sylvain Grenier, qui sont parmi les lutteurs québécois courants les plus connus devraient y aller aussi.

Je ne sais pas si la barrière de la langue, cette même barrière qui fait en sorte que le territoire est si méconnu à l'extérieur de ses frontières, y est pour quelque chose. Peut-être.

Le CAC n'est pas juste pour ceux qui ont connu une carrière dans le domaine, si petite soit-elle, mais bien pour tous les passionnés de lutte professionnelle, tous ceux qui y ont œuvré même au niveau indépendant.

Essayer de décrire l'expérience du Cauliflower Alley Club en quelques centaines de mots ne rendra jamais justice à l'événement comme tel.

C'est comme une grosse réunion de famille annuelle, où l'on y trouve des personnes qui n'ont que peu d'expérience de vie, d'autres qui sont moins connus par les autres membres de la famille, ceux qui y viennent pour la première fois, ceux qui font rouler cette famille et bien entendu, les patriarches familiaux.

Et Montréal, un territoire qui est l'un des plus fructueux historiquement parlant, n'est malheureusement pas assez bien représenté à mon goût.

Bertrand Hébert et moi-même y seront l'an prochain pour entre autres y vendre notre livre, ce serait une bonne occasion pour nos pairs de se prévoir un voyage à Vegas les 15-16 et 17 avril prochain.

Vous ne le regretterez pas!

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