vendredi, 22 août 2008. 02:02

Par Paul Foisy, chercheur en histoire du sport - Lors du marathon olympique de Pékin, les athlètes canadiens brillent par leur absence. Il y a 60 ans, c'était une toute autre histoire, car plusieurs journalistes désignent Gérard Côté comme un des seuls athlètes canadiens susceptible de remporter une médaille aux Jeux de Londres.

En route vers Boston

Au cours de l'hiver 1947-1948, Gérard Côté s'entraîne avec beaucoup de sérieux en vue de sa prochaine saison. Ayant vu le brasier de la Deuxième Guerre mondiale consumer ses chances de participer aux Jeux olympiques de 1940 et 1944, il nourrit le désir de remporter une médaille aux Jeux olympiques. Plus qu'auparavant, il accentue sa préparation musculaire en levant des poids et haltères.

Au cours des mois de janvier, février et mars, il parcourt entre 120 et 160 kilomètres par semaine. Assez régulièrement, l'athlète se rend à Montréal pour courir près de 45 kilomètres dans les rues de la métropole et sur le Mont-Royal.

Le 5 avril, il prend la direction de Boston afin de terminer sa préparation. Il déclare aux journalistes américains qu'il n'est pas à Boston pour gagner, mais bel et bien pour s'entraîner en vue du marathon olympique. Qu'à cela ne tienne, une chaude lutte se dessine entre le Canadien français et Ted Voghel, le champion américain de 1947. Tout au long de l'épreuve, Côté, alors âgé de 35 ans, se sert de son expérience afin de prendre la mesure du jeune universitaire de 21 ans. Au-delà de la stratégie et des vieux trucs du métier, le Maskoutain est dans une forme splendide. Ainsi, le 19 avril, il remporte sa quatrième et dernière victoire au marathon de Boston dans un temps de 2 h 31 min 2 s.

À la conquête de l'Ouest

Cette quatrième victoire à Boston lui vaut une invitation de la part des organisateurs du premier marathon de l'hémisphère ouest. Le 21 mai, à Los Angeles, il signe une deuxième victoire consécutive. Il profite de ce voyage avec sa conjointe pour visiter les attraits de la Californie.

Mais peu avant son départ vers l'ouest, les autorités de l'Association Athlétique Amateur du Canada décident qu'il doit participer à l'épreuve de sélection olympique s'il veut faire partie de l'équipe canadienne. Cette nouvelle jette une douche froide sur les partisans de Côté. Plusieurs journalistes francophones se questionnent sur la pertinence d'une telle décision, car après tout, il a prouvé sa valeur en récoltant sa quatrième victoire à Boston. En dépit de tout, il se soumet aux directives et, le 12 juin, il gagne le marathon d'Hamilton. En moins de huit semaines, il remporte trois victoires sur distance marathon!

Gérard Côté, olympien

Gérard Côté connaît bien l'Angleterre pour y avoir séjourné au cours de la guerre. Depuis longtemps, il sait qu'il doit se rendre en sol britannique le plus rapidement possible afin de s'habituer au climat humide. Les trois victoires consécutives soulèvent le coureur au sommet de sa popularité au Québec. Tant bien que mal, il parvient à recueillir des fonds pour lui permettre de s'envoler vers Londres quatre semaines avant la tenue du marathon. Il profite de ce temps préparatoire pour s'acclimater et s'entraîner sur le parcours du marathon.

Le 6 août arrive enfin. Sous les yeux des 80 000 personnes entassées dans les estrades du stade Wembley, le Maskoutain est le dernier à prendre position sur la ligne de départ. Il sait que l'épreuve sera rude. Il prédit que le gagnant réalisera un temps de 2 h 35 min. Dès le départ, il adopte un rythme lui permettant de rallier l'arrivée dans le temps annoncé. Entre le 14e et le 15e kilomètre, Gérard Côté occupe la trentième position. Alors qu'il est dans une montée de plusieurs centaines de mètres, il décide de profiter de l'inclinaison afin de dépasser trois concurrents. Mal lui en prit, car il ressent alors une vive douleur : « Je sentais un muscle durcir dans ma jambe droite et je réalisai que je venais de perdre la course. » Malgré le douloureux claquage, il poursuit l'épreuve tant bien que mal. Seuls sa ténacité et son courage lui permettent de rallier la ligne d'arrivée. En souffrance, il termine en 17e place. L'Argentin Delfo Cabrera, donne raison à Côté, en remportant l'épreuve dans un temps de 2 h 34 min 31 s.

Sa déception est grande : trente ans plus tard, il déclare au journaliste Guy Ferron qu'il aurait changé deux victoires au marathon de Boston pour une médaille olympique. « Il me manque l'olympiade, c'est tout! »