jeudi, 18 sept. 2008. 06:16

Le premier gala d'intronisation du Panthéon des sports amateurs du Québec se déroule le 18 avril 1974. À cette occasion, on demande à l'historien Donald Guay de prononcer une allocution sur le sport. Nous vous présentons la première partie de cette communication où M. Guay choisit de discourir de l'évolution générale du sport au XIXe siècle au Québec, tout en apportant des précisions sur certains événements qui lui apparaissent plus significatifs. Paul Foisy, chargé de projet web paul.foisy@cgocable.ca

Le sport au XIXe siècle (1)

Par Donald Guay - L'origine du sport date du XVIIe siècle et ses premières manifestations se constatent en Angleterre principalement sous forme de courses de chevaux, de chasse, de courses à pied et de boxe sous l'initiative de la noblesse anglaise qui possède la richesse et le temps libre nécessaires.

Cette institution anglaise fait son apparition dans le Bas-Canada des premières années du XIXe siècle sous l'influence d'immigrants anglais qui viennent s'établir dans cette ancienne colonie française conquise en 1760.

Les premières manifestations du sport au sein de la société canadienne se constatent principalement sous forme de courses de chevaux et à pied. Dès les années 1800, le gouverneur Craig accorde une bourse et inaugure la Coupe Jean-Baptiste pour celui qui l'emportera sur une course de trois fois deux milles pour tout cheval élevé dans le pays et qui soit la propriété d'un cultivateur canadien.

La chasse, la pêche, le billard, la boxe, les régates et l'escrime sont aussi des activités physiques qui se pratiquent sous forme sportive dès le début du XIXe siècle.

Dans les années 1840 apparaissent les jeux athlétiques que l'on peut considérer comme étant les ancêtres des Jeux du Québec. En effet, en 1843, se tiennent à Montréal les premiers jeux athlétiques sur le terrain des courses de chevaux. Ces jeux durent deux jours et le programme comprend dix-huit épreuves. Les frères Lamontagne sont les grandes vedettes de ces jeux internationaux en remportant sept épreuves.

L'année suivante se tiennent les premiers « Jeux Olympiques de Montréal » sous le patronage de son Excellence le Gouverneur-Général des Canada. Ces jeux durent deux jours et le programme comprend seize épreuves. Si l'on applique la définition actuelle de l'amateurisme, les participants à ces jeux olympiques étaient tous des professionnels puisque les vainqueurs avaient le choix entre une médaille ou la valeur en argent. Certains concurrents sont même obligés de payer un prix d'inscription.

Ces jeux se manifestent sans plusieurs municipalités du Québec durant tout le XIXe siècle et nous pouvons avancer l'hypothèse qu'ils sont une occasion rare pour les ouvriers de pratiquer le sport. La fête des typographes de 1888 comprend pas moins de vingt-quatre compétitions physiques dont dix-sept de nature sportive.

Il est donc facile de constater que nous possédons une tradition de plus d'un siècle dans le domaine des jeux athlétiques. Cette tradition explique, en partie du moins, l'immense succès des Jeux du Québec.

Cette intégration du sport, institution anglaise, dans la société canadienne ne se fait pas sans causer de graves problèmes. En effet, cette intégration d'un élément culturel étranger provoque des problèmes de moralités publiques, est l'occasion de l'expression du nationalisme canadien et provoque l'opposition entre les classes sociales qui composent la société.

À l'occasion de ces grands rassemblements, auxquels participent les ouvriers, il s'élève sur les terrains des buvettes et l'on constate de nombreux cas d'ivresse. Aussi, les boissons fortes aidant, il se produit des scènes de désordres, de débauches, de batailles sanglantes et même de meurtre.

Face à de tels problèmes, la position de l'Église est bien connue : « Quant au motif et à la fin du jeu, on ne doit jouer que pour une fin louable, pour relâcher l'esprit et soutenir sa santé, afin d'être plus en état de travailler, de remplir des devoirs de sa condition, et de servir Dieu; toute autre fin est blâmable. Jouer précisément et uniquement pour le plaisir de se divertir, c'est sensualité; jouer pour se faire estimer, pour passer pour habile joueur, c'est une sotte vanité; jouer pour faire la débauche, c'est intempérance et scandale; jouer parce qu'on n'a rien à faire, et seulement passer le temps, c'est l'oisiveté et fainéantise… on n'est pas chrétien pour se divertir, mais pour travailler, pour faire pénitence et gagner le ciel. Passer la vie à se récréer, à jouer et à rire, c'est une vie inutile, une vie réprouvée de Dieu. »

Tout en tenant compte des exagérations évidentes des défenseurs des bonnes mœurs, il est facile de constater un relâchement moral au sein de la société canadienne.

L'origine aristocratique du sport se perçoit aussi dans sa manifestation au sein de la société canadienne. Les « riches » veulent éloigner « les basses classes » car le sport ne peut être d'aucun intérêt pour eux. Ils n'en n'ont pas les moyens et ce n'est pas une activité sociale de leur condition d'ouvrier. Le sport doit être réservé au petit nombre de ceux qui peuvent se procurer cette récréation sans nuire à leurs familles, à leur fortune ou à leurs devoirs. Durant toute la première moitié du XIXe siècle, le sport est l'affaire de bourgeois et d'aristocrates.

À suivre.

Source de l'image : L'Opinion Publique, 16-03-1871 p.129.