Par Donald Guay - Face à l'étranger, les Canadiens manifestent leur identité culturelle et leur nationalisme en exprimant la primauté des valeurs nationales sur les autres. Il arrive même à l'occasion de certaines manifestations sportives, de véritables bagarres générales éclatent entre les soldats anglais et les citoyens canadiens.
Certaines activités sportives, telles les courses que les courses de chevaux et la boxe sont considérées comme antinationales. Ce n'est qu'après la double rébellion de 1837-1838 que le nationalisme des Canadiens-français accepte des compromis et favorise la collaboration et la conciliation entre les deux groupes ethniques.
Certaines activités semblent être pratiquées principalement, sinon exclusivement, par un groupe ethnique donné, du moins au début du XIXe siècle. Cela semble être le cas du curling et du cricket qui ne sont pratiqués que par les anglophones.
Dans la deuxième partie du XIXe siècle, on voit apparaître de nouveaux sports tandis que ceux qui ont pris naissance au début du siècle prennent de l'expansion. Le mouvement apparaît irréversible. Déjà, on parle du « monde du sport », c'est-à-dire d'un univers qui possède ses valeurs, son idéologie, ses institutions spécifiques.
Parmi les activités physiques qui se transforment en sports et les nouveaux sports qui prennent naissance dans la deuxième partie du XIXe siècle, il convient d'insister sur la crosse, le cyclisme et le hockey.
Avant 1850, la crosse est rarement pratiquée par des blancs. Fait curieux ce sont des Anglais et des Écossais qui forment les clubs de crosse, alors que les Canadiens connaissent cette activité physique depuis plus de deux siècles. Dans les années 1860, le Dr W.J. Beers élabore les premières règles afin de donner à cette activité physique une forme sportive et rationaliser l'agressivité des joueurs.
En 1867 se forme l'Association nationale de la crosse du Canada qui adopte des règlements uniformes. Déjà 65 clubs, 2500 joueurs font partie de l'Association. On évalue, en 1867, à 25000 le nombre de joueurs de crosse au Canada.
Certains affirment que le sport de la crosse a été promulgué « sport national » par le parlement canadien en 1867. Nous n'avons trouvé aucune preuve permettant de soutenir cette affirmation. Toutefois, la proposition a été faite en 1857 par le Dr W.J. Beers, surnommé le père de la crosse.
La crosse demeure, durant toute la moitié du XIXe siècle, l'un des sports le plus populaires au Québec. Certaines parties attirent jusqu'à 10000 personnes.
Vers les années 1860 apparaît une nouvelle machine, le vélocipède qui pèse alors environ quatre-vingt-dix livres. Il est intéressant de constater qu'un Canadien, M. Édouard Gingras, de Québec, construit un vélocipède dès 1868, et que son frère ouvre une école pour vélocipédiste en 1869 et qu'il organise des courses la même année, on franchissait alors le demi-mille e 2 minutes et 52 secondes en salle à défaut de bons chemins.
L'évolution du cyclisme se réalise très rapidement, si bien qu'en 1899, se tient à Montréal, au Queen's Park, le grand Carnaval universel du cyclisme, c'est-à-dire le premier championnat mondial du cyclisme qui se soit tenu en Amérique.
À ce championnat mondial, qui est sous le patronage de Lord Minto, Gouverneur-Général du Canada et sous la présidence d'honneur du maire de Montréal, huit pays sont représentés : les États-Unis, l'Écosse, la France, l'Australie, l'Angleterre, l'Afrique du Sud et le Canada qui lui est représenté par ses vedettes : Boivert, Drury, Martineau, McLeod, Langlois et Provencher.
Le programme comprenait quinze courses dont une course d'équipe de 15 milles sur route. Seulement trois de ces courses étaient disputées pour ce championnat du monde qui réunissait des amateurs et des professionnels. Durant les quatre jours de compétition, au-delà de trente-mille personnes ont visité le vélodrome du Queen's Park.
Cependant, l'évolution de ce sport sera si extraordinaire que dans une période de trente ans, il deviendra l'un des sports les plus populaires au Canada et devient, dans les faits, le sport national suppléant ainsi la crosse qui tait considérée comme étant le sport national depuis 1860.
En 1893, Lord Stanley, Gouverneur-Général du Canada donne une coupe qui porte encore son nom, pour symboliser la suprématie de la meilleure équipe de hockey amateur au Canada. Cette coupe a été remportée la première fois par l'équipe de Montréal.
Il ne faudrait pas croire cependant que ce sont là les seuls sports qui soient pratiqués dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Qu'il suffise de mentionner que le baseball est pratiqué dès les années 1860, le cricket (1870), le football (1870), le golf (1870), la natation (1850), le patinage de vitesse (1880), les quilles (1840), le ski (1880), le tir (1830), etc. pour constater que le sport est un fait culturel qui fait partie intégrante du mode de vie des Canadiens-français,
Dans certains sports nous avons des champions. C'est le cas, par exemple, de Cyrille Dion champion international de billard dans les années 1860, de Gus Lambert, champion boxeur du Canada en 1884, de Curtis Boivert, champion cycliste du Canada à la fin du XIXe siècle et plusieurs autres qui tôt ou tard deviendront membre de notre Panthéon des sports.
En conclusion, on peut affirmer, contrairement à ce que l'on pense généralement, que le sport introduit dans la société canadienne par les Anglais, est accepté par les Canadiens-français dès les premières décennies du XIXe siècle, bien que les élites manifestent de la résistance pour des raisons morales, culturelles et idéologiques. Il faut cependant préciser que les Canadiens-français sont davantage intéressés par les sports professionnels. Peut-on y voir là une occasion de réussite sociale pour eux, comme cela est le cas de Noirs aux États-Unis? L'Hypothèse devra être vérifiée!
En général, on constate une certaine démocratisation de la pratique des sports dans la deuxième moitié du XIXe siècle, due principalement à l'amélioration du niveau de vie et à l'urbanisation. Toutefois, les structures adoptent le modèle hiérarchique et les sports, dans leur organisation, demeurent sous la direction des bourgeois et des aristocrates anglais.
Il faut noter aussi l'absence presque totale de l'intervention de l'état dans le développement du sport au XIXe siècle. Toute l'organisation est due à l'initiative et aux dynamismes des milieux et correspond au mouvement libéralisme qui dirige l'économie occidentale à cette époque. Il existe cependant au sein des collectivités municipales, des structures d'organisation des sports sous la direction de la petite élite locale. Ainsi, le sport pénètre, non seulement dans les villes, mais se constate dans presque tous les villages du Québec avant la fin du XIXe siècle.
Le sport au XIXe siècle (2)
lundi, 1 déc. 2008. 06:09
