lundi, 7 janv. 2013. 17:27

Éditorial d'Yves Bouchard sur les évènements à venir pour la prochaine année

Pour bien annoncer 2013, il importe de revoir les éléments clés de 2012. En ligne comme en live, des événements clairs ont redéfini le poker dans la seconde partie de l'année: en live bien sur, le fameux tournoi de Guy Laliberté en association avec Caesars Entertainment et WSOP, le Big One for One Drop. Bien au delà des résultats, le tournoi prouvait hors de tout doute que les tournois à immense buy in sont ici pour rester. Fini l'époque où un joueur faisait la manchette pour avoir gagné un million dans un tournoi!

Au niveau du jeu en ligne, tous seront d'accord sur l'événement de l'année: le retour de Full Tilt Poker. Son retour, sous la coupole du proprio de PokerStars, la famille Sheinberg de Toronto. Du coup, les joueurs canadiens retrouvaient leur argent, et surtout, la confiance des joueurs envers les sites de jeu en ligne remontait.

Que nous réserve 2013? À sa septième édition, la boule s'est raffinée au fil des ans. Elle s'est aussi assagie. Ce qu'elle nous laisse entrevoir cette année est plus clair que jamais; en même temps, elle se retrouve moins figée dans un contexte de 365 jours. L'avenir du poker est plus brillant que jamais ( oui oui, je vous entend), plus complexe aussi. Allons-y alors!

Le jeu en ligne

Beaucoup de mouvement dans cette industrie qui ressemble de plus en plus à un pretzel géant! Au niveau canadien, les perspectives sont intéressantes et positives dans l'ensemble. L'arrivée prochaine du Manitoba dans le réseau que partagent la Colombie-Britannique et le Québec améliorera le trafic, ce qui en soit présage des lendemains meilleurs. L'ouverture de la salle québécoise Espacejeux envers l'Omnium Universitaire apportera aussi son lot de nouveaux joueurs débutants.

L'ombre au tableau est que l'Ontario continuera semble t'il à faire cavalier seul en octroyant des licences au privé. Sa façon de délimiter son offre de jeu n'est pas encore claire, mais n'augure rien de bon pour le réseau pancanadien, même si le jour où l'Ontario ouvrira ses salles est encore loin.

Au niveau mondial, le panda géant de l'industrie se réveille peu à peu. Il appert certain que le mot #1 dans le monde du poker en ligne cette année sera CHINE. Le géant influe déjà grandement le jeu en ligne, même si ses effets sont encore invisibles. En voici quelques exemples pour vous indiquer à quel point le géant importe et impactera votre jeu plutôt tôt que tard.

Non, on ne jouera pas en ligne contre les chinois en 2013. En fait, ils seront encore moins nombreux qu'en 2012! Les rares chinois qui jouaient dépendaient de l'usage de VPN. Récemment, le gouvernement chinois a pratiquement tué les VPN, même ceux des compagnies légitimes étrangères dont le travail en dépendait largement.

Par contre, en même temps, 2012 fut une grande année pour AGTech, la plus grosse compagnie inconnue au monde! AGTech , compagnie chinoise en charge de développer le jeu en ligne en Chine croit de façon exponentielle depuis 2010 et se positionne rapidement sur l'échiquier mondiale. Elle s'occupe, en gros, d'intégrer le système de paris sportifs et de loteries sur son territoire. Elle le dessert déjà à 80%; faites le calcul cela représente un méchant tas de joueurs déjà connectés.

Pourquoi le jeu en Chine vous intéresse t'il? Parce qu'il commence déjà à faire changer la philosophie des propriétaires de salles de poker en ligne. Les asiatiques en général, les chinois en particulier avec leur régime communiste préfèrent jouer dans le confort de leur intimité, sans avoir à subir les regards et les commentaires des voisins. Si chez nous nous aimons suivre les hauts et les bas de joueurs ordinaires, la mentalité chinoise ne permet pas une telle liberté. Comment ceci transforme l'industrie? La réponse est fascinante!

Le fléau numéro un du poker en ligne est certes le rakeback. Le réseau IPoker en 2012 a déjà commencé à prendre des mesures pour contrer les petits opérateurs qui se livrent à des surenchères secrètes et qui causent un tort énorme à l'industrie. 2013 verra certes plus de pas dans cette direction. De plus en plus les sites offriront un système de récompense pour les joueurs. Le système que déjà plusieurs opèrent, tel PokerStars, 888 et Espacejeux/PlayNow, donne le même retour aux joueurs et évite la surenchère frauduleuse. Il manque un outil dans l'équation et celui-ci fera son apparition, du moins dans les discussions commerciales, en 2013. Je parle ici de tables anonymes.

Le principe n'est pas nouveau. Bodog et Party Poker les ont déjà insérées dans leur offre de jeu, principalement pour leurs tables de Heads-Up, avec peu de succès. Cette fois, le concept pourrait vraiment prendre vie. L'industrie est actuellement divisée sur le pour et le contre de cette nouveauté mais ne pourra résister à l'attrait du marché asiatique. Tant que le jeu demeurera local, ce ne sera pas un problème.

Par contre, des signes d'ouverture se font clairement sentir en Chine. AGTech a signé déjà cette année un contrat majeur avec l'Afrique du Sud pour la fourniture d'appareils de paris sportifs. La compagnie poursuit aussi divers clients un peu partout dans le monde dans le même esprit. Une mondialisation de son marché suivra éventuellement-surement pas en 2013!

Tout de même, pour PokerStars, Party-bwin, Caesars, Bet 365 déjà actif en Asie, la perspective d'offrir leur produit en Chine, au Japon, en Inde, aux Philippines, et partout ailleurs en Asie, les fait saliver! Ils sont bien prêts à les accommoder coté anonymat en échange. D'autant plus que pour eux, l'anonymat règle plusieurs de leurs problèmes. Seul coté négatif, ces tables détruisent le plaisir d'affronter untel sur une table et en plus enlèvent le coté glamour des joueurs vedettes. Impossible de promouvoir un Duhamel, un Negreanu, si lorsqu'on les retrouve à notre table on ne sait pas qu'ils y sont! La décision ne viendra certes pas en 2013, mais le sujet sera discuté et certains tests sont à prévoir.

Il reste 2 parties du monde à explorer avec ma boule: l'Europe et les États Unis. Coté Euro, je vois d'un bon oeil le désistement massif des compagnies de poker en ligne du marché Français. Le gouvernement trop gourmand s'est lui-même tiré dans le pied, il en récolte ce qu'il mérite. En même temps, il avise les gouvernements de partout dans le monde que le jeu en ligne est une industrie comme toute autre. Lorsque les taxes sont trop élevées, les clients vont ailleurs ou ferment. L'ARJEL a piètrement mené ce dossier, au grand plaisir des joueurs de partout sauf en France. Il demeure qu'un retour du poker en ligne compétitif chez nos cousins demeure probable. En attendant, quelques salles ont beau jeu.

La donne est bien plus compliquée chez nos voisins du sud! Les Américains démontrent dans ce dossier comme dans plusieurs autres à quel point ils sont incapables de gérer quelque dossier que ce soit. Leur système politique est devenu une pathétique farce qui les enlise dans l'inaction, dans tous les dossiers qui touchent à la législation ou aux revenus. Par contre, la farce a assez duré pour plusieurs. 2013 verra arriver du nouveau, enfin.

Il reste à déterminer si ce sera du jeu en ligne ou uniquement du poker en ligne. Les premiers à partir détermineront probablement le genre d'activités permises. Alors que le Nevada et le New Jersey tentent de percer le marché, bien malin qui pourrait prédire lequel émergera premier de cette lente course. Pour bien comprendre les enjeux, il suffit de prendre un peu de recul. D'abord, le Nevada, qui crie haut et fort qu'il est prêt à partir, et qui a déjà attribué des licences à des opérateurs privés, sait très bien qu'il ne peut pas partir seul. Dans un État où il y a plus de sable que d'habitants, le poker en ligne ne serait pas du tout rentable dans un système intra état. Le Nevada donne des licences et se targe d'être un pionnier et un exemple à suivre, uniquement pour espérer prendre le contrôle d'une offre fédérale. Il pousse aussi sur sa voisine la Californie pour créer une offre inter états. Le problème c'est que la Californie n'en a rien à cirer de ce petit Nevada, qui en plus, refuse d'offrir autre chose que du poker!

Le New Jersey n'attend que la signature de son gouverneur pour entrer en action. De tout cœur, je souhaite que le New Jersey l'emporte! Avec son voisin le Delaware, ils offriraient un package complet, soit loteries, casino, sport et poker. C'est évidemment un meilleur gage de succès qu'une offre limitée au poker en ligne. Les autres états suivront à leur propre vitesse mais n'offriront probablement pas de jeu en ligne en 2013, vu leur efficace système décisionnel. La Floride et la Californie ont de longues discussions à terminer avec les tribus avant de se mettre en marche, alors que la majorité des autres états attendront patiemment avant de se brancher. À croire qu'ils ont trop de revenus!

Le jeu live

La situation du poker live n'a jamais été aussi disparate. Alors qu'au Québec les joueurs vivent un âge d'or, ses voisins ontariens ne peuvent jouer, sauf à quelques endroit ici et là. Les casinos de Macao enregistrent des profits jamais vus et ont largement dépassé Las Vegas. En même temps, les Circuits naissent et meurent à un rythme infernal. Disparue la Epic League, cette association de snobs qui croyaient révolutionner le poker. Apparue le mois dernier le premier tournoi majeur en Chine, auquel prenait part le célèbre Phil Hellmuth.

Disparu à toutes fins pratiques le circuit d'Amérique Latine, alors que le WSOP Circuit et le WPT prennent de la force.

Ma boule avait prédit la venue au Québec d'événements majeurs, elle avait raison. À part la venue de PokerStars et de sa série de tournois au Stardust Poker Mansion, les 2 grands événements furent le tournoi satellite à 25 000$ pour le Big One for One Drop au Casino du Lac Leamy, qui fut un succès total, et l'arrêt du WPT au Playground Poker Club. Ce dernier tournoi fut certes un élément marquant de l'an 2012 et l'un des meilleurs stops de la série WPT. Près de 1 200 participants au Main Event et plus de 3 millions en bourses pour ce seul tournoi dans la série, des records absolus!

2012 a aussi vu disparaitre le BCPC, championnat de la Colombie-Britannique, remplacé par un premier arrêt en sol canadien du Circuit WSOP, un grand succès également. Plus de 1 000 joueurs et 1.5 million pour eux aussi le seul Main Event. La Classique annuelle de Fallsview à Niagara Falls représente le seul tournoi de poker en Ontario mais bénéficiera surement de la popularité du poker ailleurs pour récolter une participation massive. Des sommets dans les bourses sont à prévoir là aussi.

Même si l'Alberta et la Colombie Britannique présentent une belle offre de jeu à leurs résidents, nulle part le poker est-il aussi populaire qu'au Québec. 2013 verra le phénomène se poursuivre. partout, l'émergence de petites ligues dans les bars se poursuit. ces tournoi à faible coût permettent à tous de jouer et de pratiquer, de socialiser surtout! Les meilleurs se dirigent ensuite vers les salles de poker des 4 casinos opérés par Loto-Québec et vers les 5 salles en territoire indien, dont les 4 sur le territoire de Kahnawake. Cette roue bien huilée continuera certes à rouler en 2013.

En terminant, il ne me reste qu'à vous souhaiter un excellent poker en 2013. Il est temps de remettre ma boule en vacances, à coté du Père Noel.