lundi, 20 févr. 2012. 09:29

Bien que je sois conscient que beaucoup de gens rêvent d'avoir le même travail que moi et que je me considère chanceux de pouvoir profiter d'autant de liberté et d'autonomie, être un professionnel du poker amène sa part de défis qui peuvent être plus ou moins difficiles à gérer au quotidien.

Dans les prochaines lignes, je tenterai de vous faire voir le côté plus sombre de la médaille de la vie d'un pro. Rassurez-vous, j'écris cette chronique dans un état d'esprit paisible et serein, car je suis actuellement dans une phase positive et il est plus facile pour moi de partager ceci avec vous dans la bonne humeur, que dans une période difficile.

Motivation à jouer

Jouer tous les jours dans l'optique de gagner sa vie est complètement différent que dans une optique de simplement gagner en se divertissant. Évidemment, j'adore jouer au poker, sinon je n'en aurais pas fait une profession; reste que de trouver une motivation à jouer tous les jours peut parfois s'avérer tout un défi. Lorsque ça va bien, c'est loin d'être forçant de jouer des mains, mais dans des longues séquences négatives, c'est parfois épuisant de se faire à l'idée que je devrai jouer 2 000 mains aujourd'hui, demain, après-demain... Il est donc primordial pour un pro d'identifier des facteurs motivants qui le stimuleront à jouer quotidiennement sans avoir à sentir que c'est un supplice de le faire.

Conserver un rythme d'apprentissage constant

Je ne vous ferai pas de cachette, étudier la game ou nos adversaires, ce n'est pas vraiment amusant. Pensez à une tâche que vous devez compléter quotidiennement, à votre boulot, mais qui vous déplaît. Or, pour nous, c'est primordial de le faire si on veut être et rester en avance sur les autres joueurs réguliers. Je prends donc au minimum 1 heure par jour à étudier en profondeur mon jeu afin de m'améliorer constamment et si je ne le fais pas, je risque de prendre du recul face à mes adversaires qui, normalement, eux aussi cherchent à s'améliorer. C'est long et parfois ennuyant, mais ô combien important.

Vivre avec les downswings

J'en ai parlé souvent dans mes autres chroniques: les downswings peuvent être brutaux. Personnellement, les plus gros défis qui s'y rattachent sont de maintenir ma confiance à un haut niveau et de ne pas laisser ces mauvaises séquences affecter ma vie personnelle. Sans confiance, je ne peux pas jouer mon meilleur poker. Je ne peux donc pas me permettre de ne pas être en pleine confiance de mes moyens. Au niveau émotif, mes proches n'ont pas à subir ma mauvaise humeur si je perds. Je dois faire de mon mieux pour laisser les énergies négatives que dégage parfois le poker en dehors de mes relations personnelles. Perdre des milliers de dollars jouerait sur l'humeur de la grande majorité d'entre vous, mais pour nous, ça ne devrait pas... vous comprendrez que ce n'est pas toujours facile.

Accepter la défaite

Si je perds quelques milliers de dollars aujourd'hui, il faut que ce soit tout oublié demain avant que je retourne aux tables. Il faut accepter la défaite, ce qui peut parfois être difficile pour des personnes compétitives comme nous. Il ne faut pas jalouser des autres non plus, qu'ils soient véritablement plus chanceux ou non que nous... il y en aura toujours un qui sera plus chanceux que les autres, et ce, dans tous les aspects de la vie.

Se faire juger


Certains croient que je suis un joueur pathologique, que je suis un gambler. D'autres sont convaincus que je ne pourrai pas toujours gagner ou que je vais finir par tout perdre. D'autres pensent que je suis un égoïste sans trop de vie sociale, sans amis, trop occupé à jouer aux cartes. D'autres pensent que je suis coincé dans l'enfer du jeu et des autres vices ou de la débauche constante. À ceux-ci, je dis: je suis un être humain comme vous tous qui a simplement eu le courage et la détermination de prendre un chemin différent pour trouver son petit bonheur et gagner sa vie. En tant que tel, ce n'est pas vraiment un défi quotidien de faire face aux jugements des autres, jugez-moi si ça vous fait plaisir, je m'en balance. Essayez par contre de faire preuve d'une plus grande ouverture d'esprit.

Garder le focus

Quand je joue au poker, je dois éviter toutes les distractions possibles, car une seconde de déconcentration pourrait engendrer des pertes considérables. Lorsque je joue, je joue, c'est tout. Je dois éviter de répondre à un texto, un appel ou un courriel. Pas de Facebook, Twitter, vidéo, télévision: rien. C'est parfois plus difficile qu'on peut se l'imaginer.

Solitude

Jouer seul devant l'ordinateur à longueur de journée peut parfois être ennuyant. Je dois avouer que je m'ennuie d'avoir des collègues avec qui je pouvais déconner et me changer les idées pendant une journée plus difficile.

Ne pas se plaindre

Au poker, tout le monde subit des badbeats. Je n'ai pas envie d'entendre ceux des autres, j'en ai suffisamment des miens. C'est la même chose pour mes amis qui sont aussi pros. Avec le temps, j'ai appris à me plaindre le moins souvent possible, car ça ne sert à rien. Je dois plutôt utiliser ce temps pour m'améliorer.

Ne pas tilter

Si je juge que je dois prendre une décision risquée, car c'est le jeu à faire, je dois le faire, peu importe le montant impliqué, et ce, même si je viens de perdre 4 autres gros pots dans la minute précédente et que mon cerveau préférerait que j'évite une autre perte. Chaque main est unique et je dois toujours prendre les meilleures décisions possible, peu importe ce qui s'est passé antérieurement. Parfois, ça ne me tente pas de risquer, mais si je dois le faire, je dois le faire. Après tout, je l'aurais facilement fait si j'avais gagné 4 gros pots dans la dernière minute. Bref, en aucun temps ne dois-je laisser le tilt prendre le dessus sur ma rationalité.

Accepter l'incertitude du poker en ligne

Rien ne nous confirme à 100% que notre argent est en sécurité sur les gros sites de poker... rappelez-vous le scandale Full Tilt...

Bref, ce n'est pas facile le poker. Encore moins quand tu y joues à temps plein. Par contre, les côtés positifs de la médaille ont un plus grand impact que les négatifs et c'est pourquoi je continue de foncer.