RDS.ca mercredi, 27 mars 2013. 14:03

Notre journaliste Sébastien Boucher amorce aujourd’hui une série de trois reportages sur l’hypocrisie derrière le dopage sportif. Pour débuter, est-ce que les fédérations sportives et ligues professionnelles ont une volonté réelle d’enrayer ce fléau?

La crédibilité de l'UCI (Union cycliste internationale) a été sévèrement attaquée ces derniers mois. On l'accuse d'avoir volontairement fermé les yeux dans l'affaire Armstrong.

Peut-on en déduire que d'autres fédérations ont adopté la même attitude? Dans le cas Ben Johnson, par exemple, la Fédération d'athlétisme savait-elle que le sprinteur canadien était dopé?

«Je ne peux pas vous dire que la Fédération le savait. De toute façon, je ne suis pas ici pour me faire poursuivre (rires)», a déclaré Bruny Surin.

«Mais disons que je le savais et que c’était le cas pour d’autres athlètes, tirez vos propres conclusions», a-t-il enchaîné.

«Je suis certain que quand certains grands coureurs qui se présentent à des compétitions en Europe obtiennent l’information qu’ils seront testés ou non», a indiqué Jean-Paul Baert, un analyste reconnu d’athlétisme. «Ça leur permet de dire qu’ils se sont légèrement blessés à l’entraînement et qu’ils doivent se retirer.»

«Tu veux que je vienne à ta compétition et tu feras de l’argent grâce à ma présence. L’athlète peut donc dire à l’organisateur de s’arranger pour qu’il ne se fasse pas tester. Ce sont des choses que j’ai entendues sur le terrain», a avoué Surin.

Le portrait n’est pas plus rose dans d’autres sports. La course aux records des circuits de Mark McGwire et Sammy Sosa s’avère un autre exemple.Sammy Sosa et Mark McGwire

«Il ne faut pas être hypocrite, tout le monde connaissait ce problème dont les dirigeants du baseball. Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable et le baseball a même profité de ce problème d’une certaine façon», a jugé Marc Griffin, l’analyste du baseball à RDS.

«Ces joueurs faisaient salle comble partout où ils allaient. Le baseball n’était pas pour dire qu’ils étaient dopés dont ils ont fermé les yeux volontairement et ils ont encouragé ce genre de pratiques», a avancé Serge Touchette, un journaliste expert en baseball.

Les dirigeants sportifs se retrouvent dans un cercle vicieux. S’ils décident de s’attaquer au dopage, c’est l’image du sport qui est mis en péril.

«Quand on attrape des tricheurs, on le dévoile publiquement. C’est une volonté, mais tu tues en même temps ton produit», a convenu Surin.

«Les réseaux de télévision peuvent ensuite trouver qu’un sport est devenu trop controversé et arrête de verser des millions de dollars. En même temps, les réseaux de télévision aiment beaucoup les grosses cotes d’écoute engendrées par ces sports», a soulevé Jean Gosselin, un spécialiste en marketing sportif.

«Finalement, tout le monde passe à la caisse et ça fait le plaisir de chacun. Voilà pourquoi ça arrange certaines personnes que ça continue ainsi», a analysé Baert.

«Dans ce temps-là, les dirigeants se disent qu’on peut continuer ainsi en espérant que l’histoire ne soit pas dévoilée. C’est exactement ce qui passe», croit Surin.

«Il y a beaucoup d’hypocrisie là-dedans», a conclu Baert.

D’après un reportage de Sébastien Boucher.