Une nouvelle page s'écrit dans ce litige

(PrincePoker.com - 16 novembre 2011) - Le litige opposant la Ligue de Tournoi de Poker du Québec et Espacejeux, la salle de jeu virtuelle de Loto-Québec, prend aujourd'hui une nouvelle tournure. La LTPQ et ses propriétaires, André Boyer et Pierre Martel, viennent en effet d'officiellement déposer une poursuite devant la Cour supérieure du Québec. D'un montant de 5M$, cette dernière reproche à la Société d'État de ne pas avoir respecté ses engagements découlant d'une entente de commandite datant du printemps dernier.

Le 25 mars 2011, quelques mois à peine après l'ouverture officielle d'Espacejeux, un partenariat entre la nouvelle salle virtuelle et la LTPQ, la ligue offrant du poker légal à travers les différents bars du Québec, était annoncé. Le communiqué officiel annonçait que " Ce partenariat [allait permettre] à la LTPQ d'étoffer son offre de poker dans l'univers virtuel en plus de continuer à présenter des finales de ses tournois dans l'un des casinos de Loto-Québec. Les 35 000 membres de la Ligue [allaient] quant à eux [pouvoir] participer à des événements spéciaux leur étant réservés sur un site en ligne légal et sécuritaire."

En entrevue avec PrincePoker, Pierre Martel avait alors commenté que "ce partenariat découlait d'un désir des joueurs de la LTPQ de jouer sur cette plate-forme légale au Québec." Il indiquait que "cette entente de partenariat venait tout naturellement dans la province".

Pourtant, cette relation se montra aussi éphémère que neige au printemps. Le 13 juin 2011, moins de trois mois après l'entente et alors que le championnat WSOP était bel et bien entamé, André Boyer annonçait par communiqué vidéo que par manque de liquidité, la ligue se voyait dans l'incapacité d'honorer certains prix remportés, à savoir des forfaits WSOP remportés lors de la saison précédente de la ligue. Le communiqué invitait les gagnants à tout de même se rendre à Las Vegas au cours du mois suivant, à leurs frais propres, promettant un remboursement rapide. André Boyer plaçait alors directement le blâme sur Espacejeux, soulignant que des paiements en retard étaient à la source de ce gouffre financier.

Ce communiqué n'eut pas l'effet public escompté et fut d'ailleurs rapidement qualifié de maladroit par les joueurs floués. Tout d'abord, comme ce fut rapidement confirmé par Espacejeux, la valeur des sièges non payés dépassait de beaucoup celle de la commandite entre les deux parties. Un communiqué officiel de Loto-Québec prenait d'ailleurs le soin d'expliquer que les sièges WSOP gagnés dans le cadre des activités de la LTPQ n'avaient aucun lien avec la nature de la commandite. De plus, le fait de tourner ce communiqué de Las Vegas, alors que M. Boyer participait au championnat WSOP, fut critiqué de manière virulente, alors que c'est de ce droit même que les joueurs gagnants étaient alors privés. Ce vidéo fut rapidement retiré du web.

Si le dénouement était implicite dans le communiqué de la LTPQ, la réponse de Loto-Québec fut d'autant plus directe. La société d'État réfutait catégoriquement les accusations et mettait du coup clairement fin au jeune partenariat entre les deux entités.

La page suivante du dossier s'écrivit à la mi-juillet alors que la LTPQ publiait un nouveau communiqué officiel. À travers celui-ci, la ligue prétendait que le partenariat avec Espacejeux leur avait créé "des pertes nettes de plusieurs centaines de milliers de dollars", pertes qui s'expliquaient notamment par l'annulation d'anciennes commandites avec Party Poker et le Snake's Poker Room, puis l'intégration de l'image de marque d'Espacejeux au site web de la LTPQ, ce qui à elle seule aurait coûté des dizaines de milliers de dollars. Le communiqué indiquait que la ligue avait répondu à toutes ses obligations contractuelles, alors qu'Espacejeux se serait graduellement distancée, annulant divers rendez-vous, implantant des promotions excluant la ligue et ne payant pas les montants associés à la commandite selon les délais prévus.

Ce communiqué nous permettait également d'apprendre que Loto-Québec avait déposé une poursuite de 175 000$ pour atteinte à sa réputation. Dès lors, la LTPQ annonçait la suspension complète de ses activités, et ce, jusqu'à ce que le conflit juridique soit réglé.

Il va sans dire qu'avec les rebondissements actuels, ce litige ne semble pas sur le point de se régler, bien au contraire. La LTPQ persiste et signe, allant de l'avant avec une poursuite pressentie, mais qui ne s'était jusqu'ici pas matérialisée. D'un montant total de 5M$, on peut dire sans se tromper que c'est de front que Martel et Boyer entreprennent ce combat.

PrincePoker a contacté Loto-Québec afin d'obtenir les commentaires officiels de la Société d'État face à cette action juridique. On nous informe que la position communiquée en juillet dernier demeurait essentiellement la même et que par respect du processus juridique à suivre, Loto-Québec s'abstiendrait de commentaires additionnels. On nous confirme toutefois que toutes les allégations sont niées en bloc et qu'Espacejeux compte ardemment se défendre des accusations portées à son égard.

De nombreux points d'interrogation demeurent présents dans ce dossier. La nature même du conflit laisse perplexe, alors que les motivations qui expliqueraient le non-respect d'une entente pourtant naissante semblent nous échapper. Le montant de 5M de la poursuite laisse également perplexe, alors qu'il est clair que la commandite totale s'établissait bien en deçà de ce montant total.

Alors qu'il semble que la valeur des prix non honorés l'été dernier dépasse substantiellement celle de la commandite d'Espacejeux, il est difficile d'ignorer la question suivante: La LTPQ était-elle solvable avant même que ce conflit éclate?

Espérons que ces réponses se présenteront aux joueurs à travers le processus à venir. Ce sont eux, après tout, les vrais perdants de cette histoire...