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Maurice Richard
Cette dame n'a pu contenir ses émotions devant la statut de Maurice Richard.
Le pèlerinage Maurice Richard

28 mai 2000

MONTREAL (PC) — Quelle curieuse destinée que celle d'un hockeyeur entré dans la légende sans l'avoir demandé et qui, une fois disparu, se voit presque consacré demi-dieu.

À l'annonce de sa mort samedi soir, les fans du Rocket ont convergé vers l'aréna Maurice-Richard, au Parc olympique, et défilé devant la statue l'immortalisant en pleine montée devant un filet imaginaire. Le pèlerinage s'achevait par une visite du petit musée consacré au Rocket.

Le manège s'est poursuivi dimanche et tout laissait croire que ce sera le cas pendant plusieurs jours.

Deux adolescents silencieux, la casquette vissée à l'envers, se sont agenouillés un long moment, les mains jointes, devant le monument. Après avoir prononcé une inaudible prière, ils ont fait leur signe de croix, puis ont quitté les lieux, le visage sombre.

Aucun politicien, aucun artiste, même parmi les plus adulés, n'a dans l'histoire récente eu droit à une telle vénération.

Et bien qu'un fan eût drapé le bronze du Rocket d'une cape fleurdelisée, "il n'a jamais fait de politique, a rappelé un homme à sa femme. La politique, ça divise."

Vêtus de l'uniforme de la Sainte Flanelle, des petits émules du Rocket ont déposé des gerbes de fleurs aux pieds de leur héros, entre une lettre émue et un collage à l'effigie du disparu. D'autres ont légué leurs vieux bâtons de hockey.

"La planète entière est en deuil", a écrit un fan.

"Maurice Richard comptait pour nous", a gravé un autre adulateur endeuillé.

Plus désemparé: "Au Rocket, sois heureux et veille sur moi".

Apaisé: "Tes bras meurtris ont porté le flambeau. Maintenant, ils peuvent se reposer".

Trop jeune pour avoir assisté aux exploits de Maurice Richard, Yves Cartier est toutefois bien conscient de la place qu'il occupe dans notre histoire. Il était donc normal qu'il fasse un détour dans le quartier pour que son fils Louis-Philippe, huit ans, partage avec lui ce moment privilégié.

"Il connaît tout de Maurice, son grand-père lui a tout raconté", a confié M. Cartier.

Il espère d'ailleurs pouvoir se recueillir demain devant la dépouille du Rocket, en compagnie de son fils et de son père "qui a joué dans la ligue Mont-Royal avec Dickie Moore et Henri Richard".

Venus de Longueuil en compagnie de sa femme et de son fils, Alain Guillotte entend, lui aussi, rendre un dernier hommage à son idole, "le dernier représentant d'une tradition".

La tradition, c'est désormais l'affaire du musée attenant à l'aréna Maurice-Richard. Les photos dédicacés du Rocket, le bâton de son 200e but, les patins de son 325e but, un dessin animé inspiré d'un conte de Roch Carrier, "Le chandail de hockey", le répertoire de ses records, voilà autant de souvenirs qui ont eu l'heur de réconforter hier les admirateurs éplorés.

"Quand j'ai entendu la nouvelle de son décès, je suis venu ouvrir la place, a confié le gérant du musée, Jacques Martineau. J'ai fermé à minuit."

Hier matin, il a ouvert les portes à 8h15 et ne savait pas à quelle heure il rentrerait chez lui. Jamais n'a-t-il vu autant de gens affluer et..... acheter.

"Il va nous manquer des articles", a déclaré M. Martineau qui voyait régulièrement Maurice Richard.

"J'allais lui porter des photos à autographier. Il était toujours disponible pour des séances de signature."

N'empêche, il faudra plus que des produits dérivés pour préserver la mémoire du flamboyant numéro 9. Car, le Rocket disparu, c'est aussi la plus glorieuse époque de notre sport national qui s'évanouit.

"Ce n'était pas pour l'argent qu'il jouait, c'était pour l'honneur, a lancé Alain Guillotte, un peu amer. Aujourd'hui, les joueurs, ce sont des hommes d'affaires. Ce ne sont pas des sacs de hockey qu'ils portent, mais des attachés-cases."