Une cérémonie inoubliable

Comme la plupart des 3000 personnes qui étaient massées à l'intérieur de la Basilique Notre-Dame, hier matin, il m'est difficile de trouver les mots précis pour décrire ce que nous avons ressenti lors des obsèques de Maurice Richard.

Dire qu'elles ont été "parfaitement dans le ton" est juste, mais l'expression ne va pas assez loin. Dire qu'elles ont été "grandioses" ne correspond pas vraiment à la relative sobriété qui se dégageait. Dire qu'elles ont été "émouvantes" ne traduit pas complètement l'ensemble des sentiments qui nous ont traversé l'esprit et le coeur tout au long du déroulement. Il faudrait peut-être simplement se limiter à dire que ce fut une cérémonie parfaite et surtout, inoubliable, à l'image de celui dont on célébrait la vie et la mémoire.

Le célébrant, Monseigneur Jean-Claude Turcotte, a été extraordinaire. Il fallait, en effet, une capacité d'adaptation hors du commun et une très grande ouverture d'esprit pour donner à cette cérémonie toute la dignité, le recueillement et le sentiment d'intimité qu'elle commandait et à la fois être capable de servir les intérêts de toute une population qui tenait à y assister par le truchement de la télévision. Monseigneur Turcotte a aussi été très touchant lors de son sermon et les applaudissements spontanés qu'il a reçus traduisaient bien comment il avait choisi les bons mots pour parler du disparu.

Ginette Reno a elle aussi été extraordinaire. Le sentiment général qui s'exprimait allègrement à la sortie de la Basilique est qu'elle avait réussi, à l'image de Monseigneur Turcotte, à garder une certaine sobriété à l'intérieur de sa performance, sans pour autant lui enlever de l'éclat. Madame Reno a ni plus ni moins laissé à Maurice Richard et à sa famille toute la place qui leur revenait tout en leur faisant cadeau d'une superbe chanson, chanson qui s'est avérée en quelque sorte le bouquet de fleurs de la cérémonie.

Mais le moment le plus fort aura été, selon moi, la toute petite allocution de Maurice Jr. C'est là où, personnellement, j'ai craqué un peu. Il y avait tellement de sincérité, tellement de chaleur, tellement de beaux sentiments exprimés au nom de la famille qu'il aurait fallu être parfaitement insensible pour ne pas ressentir ce déchirement entre la perte d'un être cher et la reconnaissance de cet incroyable hommage qui a été rendu au cours des derniers jours.

Cette dernière occasion de prières, de réflexion et de manifestation d'affection fut en fait le plus belle conclusion qu'on pouvait espérer. Signe que le Québec devient de plus en plus mature, signe de l'impact unique de Maurice Richard auprès des québécois ou tout simplement un peu des deux, il reste que le départ du "Rocket" aura été salué avec le meilleur de deux mondes: celui de cette grande sensibilité qui est nôtre depuis toujours mais avec une touche de sobriété qu'on ne nous connaissait pas vraiment. Inoubliable...c'est bien le bon mot.

Bravo au Canadien

On ne saurait faire assez l'éloge du Canadien de Montréal dans l'organisation de cette grande marque d'affection envers Maurice Richard. Du début à la fin, le Canadien a fait les choses dans le même ton que le reste, c'est-à-dire avec faste et rigueur mais aussi avec bon goût et sobriété. A chaque étape, on a surtout senti un respect total pour les volontés de la famille Richard.

Il suffisait de se présenter dans le stationnement du Centre Molson, hier matin, pour apprécier le travail soigné qui avait été fait pour que tout se déroule dans un ordre parfait. Les anciens de l'organisation , les joueurs actuels, ceux des autres équipes, les dignitaires de toutes origines, les journalistes invités, bref chacun fut traité avec un respect égal, avec une seule et même courtoisie. Chose remarquable, aussi, c'est cette discrétion manifestée par le personnel de l'équipe, comme pour mieux laisser les invités partager leurs réflexions entre eux.

Il est difficile de dire s'il s'agit là d'un premier véritable reflet de la nouvelle administration mise en place progressivement par le président Pierre Boivin. Il y a fort à parier, cependant, que Pierre Ladouceur, le nouveau vice-président marketing, y a mis sa griffe personnelle. En tout cas, une chose est sûre, le Canadien de Montréal est sorti grandi en tant qu'organisation au cours des derniers jours. Car elle a su prendre les responsabilités qui étaient les siennes, sans chercher à perturber le véritable sens des actions mises de l'avant. Bravo.