PARIS - La police française, qui enquête pour découvrir si la corruption a joué un rôle dans l'étonnante décision d'attribuer la Coupe du monde 2022 au Qatar, a arrêté l'ancienne vedette du football et haut dirigeant Michel Platini pour l'interroger.

Les représentants de Platini ont nié tout acte répréhensible de sa part, affirmant qu'il était « absolument confiant en l'avenir » et qu'il « n'avait strictement rien à se reprocher ».

Deux proches de l'ancien président français Nicolas Sarkozy ont également été interrogés, mardi, ajoutant une couche d'intrigue politique à l'enquête sur la décision extrêmement controversée de disputer un tournoi de football dans un pays où la chaleur est si suffocante en juin et juillet que les matchs devront plutôt avoir lieu en novembre et décembre.

À la tête de l'Union des associations européennes de football (UEFA), Platini était le plus important représentant du continent au sein du comité de la FIFA qui a élu le Qatar en 2010.

Le vote à bulletin secret derrière des portes closes en a déconcerté beaucoup à l'époque, notamment parce que la nation du golfe Persique n'a pas de tradition de football. Mais le Qatar, riche en gaz, injecte également des milliards dans le sport le plus populaire du monde et dispose des moyens nécessaires pour financer de nouveaux stades.

Platini, âgé de 63 ans, a été placé en garde à vue après avoir été convoqué par une division de la police française chargée de la lutte contre la corruption et les crimes financiers près de Paris, a déclaré un responsable judiciaire à l'Associated Press. Il confirmait ainsi la nouvelle publiée par le journal d'information numérique Mediapart. Le fonctionnaire a parlé sous le couvert de l'anonymat parce qu'il n'était pas autorisé à parler de l'enquête en cours.

Les autorités françaises n'ont procédé à aucune inculpation à l'encontre de la légende du football et n'ont pas précisé ce qu'on lui demandait. Il peut être retenu pour interrogatoire pendant 48 heures au maximum, après quoi il peut être remis en liberté ou inculpé.

Cette enquête sur la corruption et le trafic d'influence est l'une des nombreuses lancées par les procureurs français sur un éventail de candidatures gagnantes d'événements sportifs majeurs, dont la Coupe du monde 2018 attribuée à la Russie, les Jeux olympiques de 2020 à Tokyo et les championnats du monde d'athlétisme.

Changement d'avis

L'avocat de Platini, William Bourdon, a déclaré que l'ancien meneur de jeu de la Juventus avait également été interrogé en tant que témoin et placé en détention uniquement pour "des raisons techniques".

Les procureurs financiers français ont enquêté sur le processus de candidatures pour les Coupes du monde 2018 et 2022 et ont déjà interrogé l'ancien président de la FIFA, Sepp Blatter. Les services des procureurs financiers français ont ouvert l'enquête sur des motifs de corruption privée, d'association de malfaiteurs, de trafic d'influence lié aux Coupes du monde de 2018 et 2022, attribuées respectivement à la Russie et au Qatar.

La FIFA a déclaré être au courant de la situation au sujet de Platini mais a refusé de commenter davantage l'affaire.

Blatter, qui était président de la FIFA lors du vote en 2010, a reproché à Platini d'avoir renoncé à un « accord de gentleman » secret prévoyant l'octroi du tournoi 2022 aux États-Unis.

Platini a déclaré à l'AP en 2015 qu'il « aurait peut-être dit » à des responsables américains qu'il voterait pour la candidature des États-Unis. Il a toutefois changé d'avis après une réunion organisée en novembre 2010 par le président de l'époque, Nicolas Sarkozy, à sa résidence officielle à Paris et par le prince héritier du Qatar, l'actuel émir, Tamim ben Hamad al-Thani.

Platini a longtemps insisté sur le fait que la réunion n'avait pas influencé son vote pour le Qatar moins de deux semaines plus tard.

« Sarkozy ne m'a jamais demandé de voter pour le Qatar, mais je savais ce qui serait bien », a-t-il déclaré à l'AP en 2015.

Mais Blatter a affirmé dans une entrevue accordée au Financial Times en 2015 que Platini lui avait dit avant le vote pour l'attribution de la Coupe du monde: « Je ne suis plus dans votre camp parce que le chef de l'État m'a dit que nous devrions considérer la situation de la France. »

Platini et Blatter ont tous deux perdu leurs fonctions au sommet du football en 2015. La FIFA a suspendu Platini pour faute financière en lien d'un paiement de deux millions $ US autorisé par Blatter, une suspension qui expirera en octobre.