Avec le début des séries éliminatoires cette semaine dans la LNH, et cette frénésie qui anime le public durant cette intense période à chaque année, plusieurs personnes se demandent récemment comment expliquer que les joueurs n’étaient pas rémunérés durant les séries éliminatoires.

Les équipes participantes aux séries éliminatoires génèrent beaucoup de profits lors des matchs à domicile. Particulièrement celles qui accèdent aux 2e et 3e tour des séries, alors que les matchs locaux se multiplient. Il y a effectivement un bénéfice évident à accueillir des matchs de séries éliminatoires au hockey. Les billets se vendent généralement très bien, et ceux-ci coûtent plus cher, soit entre 35 % et 75 % de plus dépendamment du marché, et ce dès la première ronde. Les produits dérivés sont populaires et les partisans soutiennent leur équipe en dépensant de nombreux dollars dans le but de vivre ce moment tant attendu de façon complète.

Les équipes peuvent facilement générer plus de 3 M$ par match, et plus même, en fonction de la capacité de l’amphithéâtre, et des prix des billets pour les séries. Lorsqu’on ajoute les autres sources de revenus, on se rend vite compte que le fait de participer aux séries demeure une priorité pour les équipes de hockey. On veut évidemment gagner la coupe Stanley, et on doit être qualifié pour les séries pour y arriver, mais l’aspect économique demeure tout aussi important pour plusieurs clubs.

Ce qui nous amène aux joueurs et leur compensation. Et cette question qui revient toujours, c'est-à-dire : « Pourquoi les joueurs ne sont-ils pas payés durant les séries? » Et la réponse est essentiellement une question d’interprétation.

Un joueur dans Ligue nationale de hockey ou dans la NBA ou la NFL évolue avec un contrat d’une ou plusieurs saisons en poche. Ceci vient avec plusieurs conditions, mais concentrons-nous uniquement sur la compensation financière. Si Steven Stamkos, Carey Price ou Jonathan Toews empochent chacun plusieurs millions de dollars par saison, c’est avant tout parce qu’ils sont parmi les meilleurs de leur industrie. Ils possèdent des ententes de plusieurs saisons et gagnent bien leur vie.

Jonathan ToewsMais qu’ils jouent 65 matchs comme Price peut le faire ou 82 matchs comme Toews ou Stamkos, le salaire ne change pas lorsqu’ils sont sous contrat. Ils reçoivent 13 chèques de paie d’octobre à la mi-avril. Qu’ils participent à deux ou trois matchs pré-saison, le salaire n’est pas affecté. Et que leur équipe se rende jusqu’à la finale de la coupe Stanley ou qu'elle soit exclue des séries, le salaire ne change pas. C’est un salaire pour une saison de hockey, qu’elle soit courte ou très longue.

Il y a bien sûr un boni de ligue pour les joueurs des 16 équipes participantes aux séries. L’an dernier, les joueurs des Kings de Los Angeles, champions de la coupe Stanley, avaient collectivement reçu la somme approximative de 3,75 M à se diviser entre eux. Les Rangers de New York, équipe finaliste, avaient quant à eux reçu près de 2,25 M. Cela demeure une somme relativement petite (tout près de 125 000 $ par joueur) compte tenu du long chemin menant à la coupe Stanley et les 16 victoires nécessaires pour y arriver.

Ce qui nous amène à une question vraiment fondamentale concernant les athlètes professionnels en général, et les énormes sommes d’argent versées en salaire. Que vaut l’argent pour l’athlète? Que ce soit Jordan Spieth de la PGA Tour, Carey Price des Canadiens, Peyton Manning des Broncos de Denver ou tout autre athlète professionnel sur un circuit national, que représente vraiment l’argent à leurs yeux?

La victoire au centre des préoccupations

On sait tous que chaque individu possède une différente appréciation de l'argent en question. Et chacun gère son argent selon ce qui lui convient. Mais les athlètes jouent, performent, compétitionnent à chaque saison... pour gagner. Pas pour l’argent mais bel et bien pour gagner. Dans ce cas-ci, gagner la coupe Stanley. Ou le Super Bowl. Ou tout autre trophée symbolisant le championnat. Pourquoi Peyton Manning retournerait-il jouer une autre saison dans la NFL et risquer sa santé physique après quatre opérations au cou durant sa carrière? Pourquoi? Parce qu’il veut gagner un autre Super Bowl! Parce que la motivation derrière tous ces athlètes de haut niveau est l’excellence.

L’accomplissement et le succès individuel ou collectif. Gagner. Rien de moins.

Jordan SpiethEvidemment, les athlètes veulent être payés, et bien payés dans tous les cas. Ils sont solidaires par rapport à leurs droits, et négocient fort lors du renouvellement de la convention collective. Ils veulent le maximum d’argent et un juste partage des revenus des propriétaires. Cependant, les joueurs de la LNH ainsi que tous les autres athlètes professionnels ont travaillé et sacrifié durant leurs vies entières afin d’un jour accèder au niveau professionnel, et ainsi réaliser leur objectif. Malgré le rêve, leurs chances étaient très minces lorsqu’ils jouaient au hockey mineur.

Une étude en Ontario realisée il y a quelques années constatait que les chances d’une jeune joueur atome d’un jour atteindre la LNH étaient de près de 0,0003 %! Mais une fois rendu, le rêve devient immédiatement de gagner la coupe Stanley. Il faut de la chance, des bons coéquipiers, un bon entraîneur, une bonne santé et pleins de choses qui doivent arriver en même temps. Mais les athlètes sont prêts à tout faire pour gagner. Incluant de jouer sans être payé en séries si cela devenait nécessaire. Mais ce n’est pas tout à fait le cas. Ne vous en faites pas, ils sont bien rémunérés.

Tout faire pour gagner. Ou gagner à tout prix. Cela veut essentiellement dire la même chose. Il n’y a pas une somme d’argent qui remplacerait la valeur du veston vert gagné par Jordan Spieth lors du Tournoi des Maîtres la semaine dernière. Il sera pour toujours un champion du Masters. Il est maintenant sur la même liste glorieuse que des golfeurs comme Jack Nicklaus, Tom Watson, Nick Faldo et Tiger Woods. Comme rien ne remplacera jamais la médaille d’or des Jeux olympiques de Sochi dans le coeur de Carey Price. Et ce, même s’il ne fut pas vraiment payé pour jouer à Sochi.

C’est tellement difficile de gagner un championnat de ligue, et les joueurs le savent tous, qu’ils échangeraient sans contredit quelques chèques de paie en avril, mai et juin en retour de cette opportunité unique dans leur carrière de porter la coupe Stanley à bout de bras.