*Les essais olympiques de l'équipe canadienne de courte piste seront diffusés en direct sur RDS.ca à partir de samedi.

MONTRÉAL – Le danger rôde toujours autour des patineurs de vitesse courte piste. Pascal Dion l’a constaté en 2014 durant une compétition à Richmond en Colombie-Britannique. Lors d’une chute, il a été sévèrement coupé au dos par les deux lames d’un autre participant, Yoan Gauthier.

En une fraction de seconde, le sang s’est répandu sur la surface glacée et Gauthier était sous le choc en voyant l’une de ses lames colorée de rouge. La réaction était la même principalement chez les autres patineurs canadiens qui étaient sur les lieux.

« Ça saignait de partout. Je suis une fille plutôt extrovertie donc je regardais la scène et j’étais comme : Oh, mais qu’est-ce qui se passe ? », s’est rappelée la patineuse Kim Boutin en gesticulant une réaction émotive.

Pendant ce temps, Dion a plutôt été fidèle à sa personnalité détendue en ne cédant jamais à la panique.

« Quand je me suis levé, j’ai senti le sang qui s’est mis à couler le long de mes jambes et j’ai vu le sang sur la glace. J’ai sauté par-dessus la bande, j’ai enlevé mon survêtement et je me suis couché par terre devant les physiothérapeutes pour qu’ils puissent mettre de la pression sur la blessure », a raconté Dion qui a ensuite été transporté à l’hôpital sans tarder.

Boutin avait été frappée par la réaction de son jeune coéquipier.

« Je l’avais trouvé très, très calme ! Il avait l’air de dire : c’est bon, j’ai une petite coupure, ça va bien aller. »

Pourtant, Dion en a été quitte pour des dizaines de points de suture dont en profondeur pour réparer un muscle du bas de son dos qui a été sectionné.

À écouter le récit des différents témoins, on réalise que Dion a bien navigué à travers cette épreuve grâce à son attitude décontractée. Joyeux de nature, il sait maîtriser ses émotions quand il le faut.

« Oui, je pense que ça m’a aidé. Parfois, des gens sont affectés par des blessures comme celle-ci. Moi, ça m’a permis de revenir plus fort. Quand je suis revenu après quatre mois à l’écart, j’étais plus motivé que jamais. Assez rapidement, je suis devenu meilleur que j’étais auparavant. J’ai gardé une attitude positive », a convenu Dion.

Bien sûr, le patineur de Montréal a bénéficié de précieux services de l’équipe médicale pour lui redonner ses ailes sur la glace. Il est également reconnaissant envers ses entraîneurs de l’époque, Marc-André Monette et Marc Gagnon.

Après tout, ça exige quand même du soutien pour chasser un tel démon de son esprit afin d’exceller dans un sport qui se décide par des dixièmes de seconde.

Pascal Dion

« Je pense que ça lui a pris un peu de temps pour passer par-dessus, a confié son entraîneur actuel avec l’équipe nationale, Derrick Campbell. Quand une telle chose arrive, c’est clair que ça reste dans ta tête pendant un certain temps. Il y est arrivé et ça s’explique probablement surtout par son instinct de compétition. Il travaille fort tous les jours pour être le meilleur. »

Preuve que le processus mental est bien complété, Dion rit aisément de cet épisode de sa carrière et il ne craint pas du tout de montrer ou revoir les photos témoignant de l’incident.

« Il en est quand même fier, c’est sa cicatrice », a rigolé Boutin à propos de cette blessure de « guerre ».

Un athlète amusant, mais bagarreur

Dion n’a donc rien perdu de sa personnalité attachante. Sérieux sur la patinoire, il retrouve instantanément son sourire une fois ses patins délacés.

« C’est un gars vraiment facile d’approche, il ne se prend pas au sérieux, mais il est sérieux quand il le faut. Il a très bien fait aux Championnats du monde l’an passé. C’est une personne qui va bien s’adapter aux situations sur la glace », a souligné sa coéquipière Valérie Maltais, qui aime bien rire avec lui.

Parlant de choses sérieuses, Dion a célébré son 23e anniversaire en se préparant pour les sélections canadiennes de l’équipe de patinage de courte piste en vue des Jeux olympiques de 2018. Les compétitions auront lieu les 12, 13, 16, 19 et 20 août à l’aréna Maurice-Richard.

« C’est un bagarreur sur la glace. Dans un contexte de compétition, il n’a peur de rien et il fait partie de la catégorie des athlètes qui parviennent à élever leur niveau d’un cran. Même s’il est un gars détendu, il a du feu en lui », a vanté Campbell.

L’enjeu est grand avec une première participation olympique à sa portée, mais il doit faire sa place au sein d’un groupe de patineurs bien établis menés par Charles Hamelin.

Pascal Dion

« C’est quand même difficile de se faire une place parce que ce sont tous des gars avec un énorme talent, mais je crois que c’est faisable. J’ai prouvé que j’étais capable de le faire au cours de la dernière année (sa première sur l’équipe nationale) », a plaidé Dion. 

Son audace lui a rapidement fait gagner des points.

« Je crois que ça m’a aidé. Peu importe qui est devant moi, je vais y aller pour la victoire si je suis capable de le faire, mais je ne suis pas du genre à essayer les dépassements trop dangereux », a-t-il confirmé.

« Il a vraiment éclos l’an passé. Il n’a pas froid aux yeux, personne ne lui fait peur sur la glace. Il va faire des manœuvres que tu ne penses pas qu’il sera capable, mais il va te sortir un dépassement assez incroyable », a décrit le vétéran François Hamelin.