MONTRÉAL – « C’est sûr que c’est une blague », s’est dit Thierry Pellerin après avoir reçu un message qui annonçait l’annulation des finales de la Coupe du monde de Bakou. Il venait pourtant de bien faire en qualifications le jour même. Quand il a vu des gymnastes des autres pays dans un corridor de l’hôtel à Bakou, incrédules, le Québécois a rapidement compris qu’une situation extrême se préparait.

Moins d’une semaine plus tard, il est maintenant confiné dans un sous-sol à Lévis et vit un moment sans précédent dans sa carrière.

« On est concentrés, dans notre petit monde. Oui, on voyait les nouvelles passer, mais on ne voyait pas à quel point c’était intense. On allait s’entraîner sans prendre plus de précautions, mais il y avait du Purell un peu partout et on vérifiait si on avait de la fièvre en entrant dans le gymnase », a indiqué le gymnaste de 22 ans à Sportcom.

Lorsqu’il était parti de Montréal pour l’Azerbaïdjan il y a plus de deux semaines, la pandémie de la COVID-19 n’avait pas l’ampleur qu’elle a aujourd’hui au Québec.

Vendredi soir dans une chambre d’hôtel après les qualifications, les gymnastes Sophie Marois, Audrey Rousseau et lui ne se doutaient pas que le retour à la maison allait se précipiter à ce point. Rapidement après que les entraîneurs aient été avisés de l’annulation de la fin de la compétition, une autre nouvelle tombait.

« Dix minutes après, les filles ont dit : Ah! Notre vol pour revenir vient d’être annulé. Alors il y a une deuxième vague de panique dans le corridor, a-t-il raconté. On voyait le monde qui courait avec leur ordinateur pour trouver de nouveaux vols. C’était toute une ambiance dans l’hôtel! »

Thierry Pellerin et son père avaient déjà tenté toute la semaine de changer leur plan de vol après l’annulation de la Coupe du monde suivante au Qatar. Communiquer avec le service à la clientèle des lignes aériennes était déjà presque impossible, alors ils n’ont pas hésité à acheter tout simplement de nouveaux billets. Quelques heures plus tard, ils étaient déjà à l’aéroport.

« Je prenais beaucoup de précautions, mais je ne voyais pas pourquoi paniquer. J’essayais de profiter de la situation parce qu’on n’est pas souvent dans des situations extrêmes. Pourquoi ne pas prendre l’expérience ? »

« Je n’ai jamais arrêté deux semaines »

En isolement chez lui, Thierry Pellerin ne doit même pas quitter le sous-sol, car sa mère est infirmière dans une résidence pour personnes âgées. Il tente de garder la forme du mieux qu’il peut à la maison et en courant à l’extérieur, mais l’accès au gymnase est ce qui le préoccupe le plus.

« Ce qui m’inquiète un peu, c’est quand mon gym va rouvrir et c’est quand la prochaine fois que je vais m’entraîner? Je commence à avoir un peu peur. Déjà, je n’ai jamais arrêté deux semaines de gym depuis que j’ai sept ans », a constaté Thierry Pellerin.

De plus, en arrivant à Bakou, l’auteur de la troisième et nouvelle sortie ajoutée au code de pointage de son sport, la « sortie Pellerin », se sentait en confiance et au sommet de sa forme.

Cette Coupe du monde et celle de Doha étaient deux étapes capitales dans le processus de sélection olympique. Cette seconde Coupe du monde est maintenant prévue au début du mois de juin. Ce pourrait être la dernière compétition internationale avant les Jeux de Tokyo si les Championnats panaméricains prévus au mois de mai en Utah devaient être annulés.

« Si je suis qualifié pour une compétition importante comme les Jeux olympiques, en un mois, je suis capable de revenir à 95 % de ma forme », a-t-il assuré, sans s’inquiéter si les J.O. peuvent être reportés ou non.

Alors que les annulations et les reports s’enchaînent, l’incertitude plane. Mercredi, Morinari Watanabe, le président de la Fédération internationale de gymnastique, a indiqué dans un communiqué que les critères de sélection allaient être ajustés. Toutefois, une solution qui conviendrait à tous n’a pas encore été trouvée.

Tous les jours, Thierry Pellerin parle à ses coéquipières par vidéoconférence. S’il est difficile de décrire ce qu’ils ressentent, ils assurent voir le bon côté des choses, même si les journées en confinement peuvent être longues pour ces gymnastes.