La Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) est en train de mettre un peu d’ordre dans la réglementation qui touche les chaussures de course. Un travail rendu nécessaire au cours des derniers mois en raison de l’avènement d’une gamme de chaussures qui défraie régulièrement la chronique. Il s’agit des Vaporfly, de l’équipementier Nike, dont les lames de carbone intégrées à la semelle permettent une propulsion à chaque foulée. 

 

Imaginez, lors des six plus importants marathons de 2019, 31 des 36 places sur les podiums (hommes et femmes) ont été occupées par des athlètes portant ces souliers révolutionnaires. La plupart de ceux qui les utilisent lors d’épreuves de longues distances réalisent des records personnels. 

 

C’est avec des Vaporfly aux pieds que le Kenyan Eliud Kipchoge est devenu, en octobre dernier, le premier homme à courir un marathon en moins de deux heures (record non-homologué). Nike avait commencé le travail de développement et de recherche sur ces chaussures au début des années 2010 avec le but avoué, grâce à d’importantes sommes investies, d’aider un homme à réaliser cet exploit et ainsi inscrire le nom de la compagnie dans l’histoire. 

 

Seulement voilà, des voix ont commencé à s’élever pour accuser les coureurs associés aux Vaporfly de tricher en bénéficiant d’une technologie contraire à l’équité sportive. 

 

Le biomécanicien allemand Wolfgang Potthast a déterminé que ces chaussures à lames de carbone permettaient une amélioration du chrono d’environ 4% à une vitesse de course de 18 km/h. Tout cela en raison d’une amélioration de l’économie de course due à la légèreté, l’amorti, le stockage, le renvoi de l’énergie, la rigidité et la flexion de la chaussure. Quatre pour cent pour des coureurs de fond élite ça représente un net avantage.  

 

Il était donc temps que les instances dirigeantes de l’IAAF se penchent sur la manière de traiter ces chaussures innovantes, surtout à l’approche des Jeux olympiques de Tokyo en 2021. 

 

Ainsi, il a été annoncé mardi dernier (28 juillet) que tous les athlètes, à des fins d’équité sportive, devaient pouvoir se procurer les chaussures bénéficiant des dernières avancées technologiques. Ce ne seront donc plus uniquement les athlètes commandités par Nike qui y auront droit. De plus, le délai de quatre mois entre la sortie d’un nouveau modèle et son utilisation en compétition est supprimé. Une manière d’interdire les chaussures prototypes. 

 

On a également statué pour une toute première fois sur l’épaisseur maximale  des semelles selon les épreuves : millimètres pour le sprint, les haies et les sauts, 30 millimètres pour toutes les courses à partir du 800 mètres et 40 millimètres pour les chaussures de course sur route. Il devient également interdit d’insérer plus d’une plaque rigide à l’intérieur des semelles des chaussures de route. 

 

Ceci étant dit, l’IAAF n’a fait que reporter à plus tard les décisions importantes. Une sorte de statu quo. Cette nouvelle réglementation n’est valide que jusqu’au Jeux olympiques de Tokyo. En gros, on souhaitait calmer les esprits et s’assurer que tous les athlètes élites auraient accès, d’ici là, aux chaussures nouvelles générations avec plaques de carbone pour s’entraîner. Elle ne seront plus exclusives qu’à quelques privilégiés. L’organisme mondial qui régit l’athlétisme voulait également éviter tout dérapage dans l’épaisseur des semelles. 

 

Pour la suite des choses, un groupe de travail comprenant des représentants des fabricants de chaussures et de la Fédération mondiale de l’industrie des articles de sport sera appelé à fixer des paramètres clairs sur ce qui pourra ou ne pourra pas se faire en respectant toujours le concept d’équilibre entre l’innovation, l’avantage compétitif, l’universalité et la disponibilité. 

 

Selon moi, on devra également trancher sur la validité de tous les records réalisés grâce à ces chaussures. Souvenons-nous de la Fédération internationale de natation qui avait décidé en 2010 d’interdire les combinaisons intégrales en polyuréthane puisqu’elles avaient occasionné une avalanche de records lors de compétitions internationales. La presque totalité de ces nouveaux records a été annulée par la suite. Faudrait-il faire la même chose en athlétisme? La question mérite d’être posée. 

 

Pour certains, il pourrait être tentant de dire qu’on ne doit pas arrêter l’évolution de l’équipement sportif et que cela serait une mauvaise idée d’imposer des règles restrictives ou limitatives. Tous les sports sont confrontés avec ce dilemme. L’équipement s’améliore constamment. Jetez un coup d’œil à celui que portait Ken Dryden puis à celui de Carey Price pour vous en convaincre. 

 

Pourtant, cela doit être fait! N’attendons pas de voir des sprinters avec des lames de carbone aux pieds sur des pistes rapides franchir 100 mètres en moins de neuf secondes pour réagir. Ce serait un manque de respect pour tous les grands coureurs du passé. 

 

La course à pied est un sport pur et noble.