MONTRÉAL – Les efforts montréalais visant à préparer le terrain en vue d’une éventuelle expansion de la NBA se poursuivent. Un trio d’hommes d’affaires a profité de la tenue d’un match préparatoire des Raptors de Toronto dans la métropole québécoise pour ramener le projet dans l’actualité.

Entouré du président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain Michel Leblanc et de l’ancien vice-président exécutif et chef de l’exploitation du Canadien Kevin Gilmore, l’ancien ministre Michael Fortier a révélé mercredi l’identité d’un premier investisseur associé au projet.

Le Québécois Stéphan Crêtier, président-fondateur et chef de la direction de GardaWorld, s’est en effet engagé à fournir jusqu’à 10% de la valeur d’une équipe qui viendrait s’établir à Montréal. Selon le scénario le plus optimiste ébauché par le groupe dirigé par M. Fortier, la concrétisation du projet requerrait des investissements totaux minimaux de 1,5 milliard de dollars.  

« On a donc, dans notre communauté, quelqu’un qui veut s’investir à ce niveau-là. C’est une annonce qui est très porteuse pour ensuite aller chercher les quelques autres investisseurs avec qui on va pouvoir travailler », a souhaité Michel Leblanc.

En mettant un visage concret sur le projet, ses initiateurs souhaitent créer un effet d’entraînement et inciter d’autres bourses profondes à se lancer dans l’aventure. Les places sont toutefois contingentées.

« Notre approche, c’est de réunir un petit groupe d’investisseurs, précise M. Leblanc. Michael dit ‘une poignée’. C’est probablement quelques doigts dans la poignée. »

NBA à Montréal : un projet sérieux?

« On ne serait pas surpris s’il y avait seulement deux investisseurs, a ajouté M. Fortier, qui s’est dit en discussion avec des candidats établis ‘à travers le monde’. On ne serait pas déçus s’il y en avait quatre, mais s’il y en avait deux, c’est-à-dire M. Crêtier et une autre société, on ne serait pas surpris. »

Ce n’est pas d’hier que Michael Fortier travaille sur ce dossier. En 2015, lors de la précédente visite des Raptors à Montréal, il avait confié à La Presse « avoir eu des rencontres et fait des appels avec des investisseurs potentiels ». Il avait également reconnu l’importance de séduire des alliés étrangers.

Mercredi, M. Fortier s’est défendu de d’avoir les deux pieds collés à la ligne des lancers francs.  

« En 2014, ce projet n’était rien de plus que moi et [Kevin Gilmore] qui nous rencontrions une fois aux trois mois pour dîner, et moi qui insistait pour lui dire que la NBA pouvait fonctionner à Montréal. Kevin était occupé avec le hockey à l’époque, mais quand il a quitté le Canadien et que j’ai finalement rencontré Michel, le temps était venu de faire autre chose qu’aller dîner. Vraiment, ça ne fait qu’environ un an que nous sommes à fond dans le projet. »  

« Il n’y aura jamais d’équipe de basketball professionnel à Montréal si on fait dans l’improvisation. Ça passera d’abord par l’immobilisation et la préparation, ce qu’on a fait. Ensuite, c’est la communication. C’est passer le message qu’il y a un travail sérieux qui est fait. Aujourd’hui, c’est le début, a insisté Michel Leblanc. Et c’est une longue démarche. »

Pas d’expansion à l’horizon

Ce qui n’a pas changé avec les années, c’est l’absence d’intérêt de la NBA à élargir ses cadres. M. Fortier a été clair sur ce point : jamais le commissaire Adam Silver ne lui a fait miroiter le moindre espoir quant à l’octroi imminent de nouvelles concessions, à Montréal ou ailleurs.

« Il sait qu’on tient une conférence de presse aujourd’hui, je lui ai envoyé un message hier soir et il m’a dit : ‘merci de me le dire, mais je te rappelle que...’ Et c’est très bien! Il fait bien de me le dire et je pense qu’il fait ça avec toutes les villes qui s’y intéressent. Nous, on respecte les règles qui nous ont été dictées.  »

Et le jour où la NBA pourrait être tentée d’explorer d’autres contrées, Montréal ne risque pas de partir favorite. La ville de Seattle, qui se dotera bientôt d’un nouvel amphithéâtre, devrait apparaître en haut de la liste. Las Vegas est aussi devenue un marché alléchant. À Montréal, on ne se berce pas d’illusions.

« On réalise très bien qu’on est le plan B et ça ne nous importe pas du tout, clame M. Fortier. Moi je préfère être l’underdog. [...] Je sais qu’il y a d’autres villes qui souhaitent une équipe et je le comprends. Nous, le temps joue en notre faveur. La Ligue n’ayant rien annoncé cette année, on n’est pas découragés, ça nous donne une autre année pour mieux ficeler notre projet, rencontrer d’autres gens et ajouter des investisseurs. »

La possibilité du déménagement d’une franchise existante ne fait pas partie des scénarios envisagés par le groupe montréalais.

« Mais si on se trompe et qu’il y a la possibilité d’un transfert d’équipe, on se prépare », dit M. Fortier.  

Pas de conflit avec le baseball

En chœur, les trois visages de l’opération ont rejeté l’idée que leur vision était irréaliste dans le contexte où des démarches sont déjà en cours pour tenter de ramener une équipe du baseball majeur à Montréal.

« Peut-être qu’on doit se rendre compte que Montréal est devenue une métropole forte qui, dans des conditions qu’on retrouve ailleurs en Amérique du Nord, aurait déjà plusieurs équipes de sports professionnels, a opiné M. Leblanc. La question du basketball, dans ce cas-ci, c’est une question qui cadre avec une impression que dans le milieu, il y aurait une réceptivité et une capacité de soutenir qui seraient présentes pour les deux. »

« Montréal est passée à autre chose, a renchéri M. Fortier. C’est une ville qui a créé énormément de richesse et qui peut non seulement se permettre les Expos et la NBA, mais qui pourrait se permettre autre chose. Arrêtons de voir Montréal et le Québec comme un endroit où on peut seulement réussir à certains niveaux. On n’est plus là. »

Kevin Gilmore a quant à lui souligné que Montréal représentait le plus gros bassin de population inexploité parmi les 49 villes nord-américaines qui possèdent une équipe des quatre ligues dites majeures.  

« Ce marché peut facilement supporter plus d’une nouvelle équipe, assure-t-il. Si on ajoutait une équipe, elle demeurerait dans le top-10 et si on ajoutait deux équipes, elle se trouverait au 22e rang. Nous ne sommes pas un petit marché. »