MONTRÉAL - L'avocat montréalais qui représente la veuve du boxeur Arturo Gatti a affirmé, jeudi, que l'enquête sur la mort de l'ex-champion du monde n'avait pas officiellement été rouverte, bien que des procureurs brésiliens aient déclaré «analyser» le dossier à nouveau.

Un porte-parole du bureau du procureur de l'État brésilien de Pernambuco, Jaques Cerqueira, a indiqué à l'Associated Press que le dossier serait examiné pour une seconde fois.

L'enquête brésilienne avait conclu, après la mort de Gatti en juillet 2009, qu'il s'agissait d'un suicide.

Des enquêteurs privés, payés par l'ancien gérant de Gatti, Pat Lynch, ont dévoilé les conclusions de leur rapport cette semaine. Les éléments d'information qui ont été rendus public au New Jersey, mercredi, rejettent la thèse du suicide et concluent plutôt au meurtre. Ce rapport a été rendu public un jour après le début du procès civil en cours à Montréal.

Me Pierre-Hugues Fortin représente la veuve de Gatti, Amanda Rodrigues, dans ce procès civil sur la succession du boxeur, qui l'oppose à la famille de l'ex-champion. L'avocat a affirmé que le dossier n'avait pas été rouvert au Brésil.

Me Fortin a souligné au palais de justice que selon ses informations, rien n'indique qu'une requête a été déposée devant un tribunal brésilien pour réclamer la réouverture du dossier.

« On me demande s'il y a eu une réouverture du dossier au Brésil, et ma réponse est non, il n'y a pas eu de réouverture », a soutenu Me Fortin.

« Je ne sais pas si un membre de la famille Gatti ou toute autre personne au Brésil souhaite déposer une requête devant les tribunaux mais ce n'est pas le cas à l'heure actuelle », a-t-il poursuivi.

Me Fortin a fait savoir que sa cliente rejetait le rapport des enquêteurs américains, et qu'à son avis, le document manque de crédibilité et d'objectivité.

L'avocat a aussi souligné qu'il importait de faire la différence entre le rapport des enquêteurs privés américains et l'enquête du coroner québécois sur la mort de Gatti, dont les conclusions n'ont toujours pas été dévoilées.

Aucun membre de la famille Gatti, ni leur avocat montréalais, Me Carmine Mercadante, n'ont commenté le rapport brésilien.

En juillet 2009, trois semaines après que Gatti, 37 ans, eut été trouvé mort dans un appartement du nord-est du Brésil, la police avait conclu qu'il s'agissait d'un suicide.

La police avait d'abord arrêté Mme Rodrigues, affirmant qu'elle avait étranglé son mari alors qu'il était endormi. L'enquêteur en chef à l'époque n'avait pas expliqué pourquoi on avait ensuite décidé qu'il s'agissait plutôt d'un suicide.

Un juge avait alors ordonné la libération de Mme Rodrigues, citant l'enquête policière et écrivant que « la victime s'est enlevée la vie par pendaison ».

M. Cerqueira a de son côté expliqué que la procureure Paula Ismail pourrait demander aux enquêteurs privés américains de lui faire part de leurs découvertes, qui semblent indiquer que Gatti a été assassiné. Elle pourrait ensuite exiger une nouvelle enquête de la part des autorités brésiliennes, déposer des accusations pour meurtre, ou décider de maintenir la thèse initiale du suicide.

« Elle fera une annonce après avoir analysé les éléments de preuve présentés après l'enquête initiale », a fait savoir M. Cerqueira, qui a fait remarquer que l'affaire n'avait techniquement jamais été close.

M. Cerqueira, interrogé à cet égard, a confirmé que Mme Rodrigues pourrait faire l'objet d'accusations.

Jeudi à Montréal, des amis de Gatti se sont présentés à la barre des témoins au palais de justice. Ils ont décrit Mme Rodrigues comme étant une personne instable, explosive, qui n'aimait pas la famille Gatti et qui se disputait fréquemment avec son mari.

Ses amis ont mentionné qu'au cours des mois précédents sa mort, Gatti avait souvent déclaré être malheureux avec Mme Rodrigues et qu'il souhaitait mettre un terme à leur relation.

Tony Rizzo, un ami et partenaire d'affaires de Gatti, a affirmé sous serment que Mme Rodrigues avait fait pression auprès de son mari pour qu'il modifie son testament en mars 2009.

« Amanda lui a demandé de tout lui laisser mais il a dit qu'il ne ferait jamais ça », a rapporté M. Rizzo.

C'est toutefois exactement ce qu'il a fait, quelques semaines avant sa mort.

Les avocats de Mme Rodrigues plaident toutefois que les disputes du couple étaient liées au problème de consommation d'alcool qu'aurait eu Gatti.

Des documents montrés devant la cour indiquent que Gatti pouvait utiliser ses cartes de crédit pour des sommes oscillant entre 400 et 2000 $ pour une seule soirée.

Questionné à propos de l'une des plus fortes sommes dépensées par Gatti - soit 2279 $ dans un bar au nord de Montréal -, un ami a soutenu que cela lui semblait «excessif».

Vito Sciangula, un disc-jockey qui sortait fréquemment avec Gatti dans les mois qui ont précédé sa mort, a mis ces factures salées sur le compte du côté bon-vivant de l'ancien champion. L'homme achetait souvent du champagne et d'autres types de boissons alcoolisées à ses compagnons, a-t-il raconté.

M. Sciangula a affirmé que Gatti buvait, plus souvent qu'autrement, de la Bud Light, mais pas de façon excessive.

« Si vous sortez [dans les clubs] et que vous achetez du champagne, ça fait beaucoup d'argent », a-t-il fait valoir.

M. Sciangula a maintenu que Gatti n'avait pas de problème de consommation d'alcool.

« Arturo n'était pas un alcoolique, il prenait quelques bières et riait un bon coup », a-t-il ajouté.