MONTRÉAL – Elles sont toutes deux Suédoises, au début de la quarantaine et incarnent d’une certaine manière la vieille garde de la boxe féminine. Mais là s’arrêtent les comparaisons entre Mikaela Lauren et Maria Lindberg – plus récente et prochaine adversaires de Marie-Ève Dicaire.

 

Il suffit de discuter quelques minutes avec la deuxième aspirante à la ceinture des poids super-mi-moyens de l’IBF pour comprendre que son sport, elle l’a dans la peau. Ingénieure chimique de formation, elle a découvert la boxe pendant ses études universitaires grâce à une amie et n’a jamais cessé de s’y adonner – tant chez les amateurs que les pros – depuis plus de vingt ans.

 

Ex-championne nationale amateur à la fin des années 1990, il ne manque fondamentalement qu’un titre de championne du monde professionnel à son palmarès. Après trois tentatives infructueuses, elle tentera de remédier à la situation alors qu’elle affrontera Marie-Ève Dicaire, vendredi soir au Cabaret du Casino de Montréal, en finale d’un gala de Groupe Yvon Michel.

 

Le destin de Lindberg (17-4-2, 9 K.-O.) aurait cependant pu prendre une tout autre tournure à la suite d’une blessure à la tête subie pendant un tournoi tenu en Finlande en mai 1999. Après une pause de 6 mois, elle a tenté un retour, sauf que les autorités de son pays ont refusé de lui octroyer son permis de boxer. L’athlète de Malmö est éventuellement passée chez les pros aux États-Unis en 2003, mais c’est véritablement depuis novembre 2008 que sa carrière est lancée.

 

« Abandonner la boxe n’a jamais été une option pour moi, a mentionné Lindberg pendant un entretien avec RDS.ca un peu plus tôt cette semaine. J’aime vraiment beaucoup trop ce sport.

 

« Je connais absolument tous les risques associés à la boxe, mais après avoir été ingénieure chimique quelques années, il n’y avait pas d’autres options dans ma tête. J’aurais aimé mener ces deux carrières de front, mais c’était impossible. Et je ne regrette pas du tout mon choix! »

 

Également entraîneuse de boxeurs amateurs pour l’aider à boucler ses fins de mois, Lindberg se réjouit évidemment de la popularité grandissante de boxeuses comme Claressa Shield ou Katie Taylor. Plus il y en aura, plus il y aura d’athlètes en mesure de vivre de leur sport à temps plein.

 

« Il faut être honnête : la boxe féminine n’était pas très, très forte quand j’ai commencé il y a plus de vingt ans. Notre technique était plutôt ordinaire, mais nous étions quand même dures...

 

« Aujourd’hui, nous sommes très fortes techniquement et toujours très dures! Je suis contente d’avoir vu cette évolution, mais le grand défi reste d’intéresser les gens à ce que nous faisons. Même dans un pays progressiste comme la Suède, la boxe féminine demeure dans l’ombre. »

 

Deux mains à surveiller

 

Lindberg n’a peut-être jamais été championne du monde, perdant notamment deux fois devant Christina Hammer et une autre face à Ewa Piatkowska, mais aux yeux de l’entraîneur de Dicaire (15-0), Stéphane Harnois, il s’agit de la meilleure rivale que sa protégée aura affrontée à ce jour.

 

« Beaucoup de personnes pensent le contraire, mais c’est un combat qui va être très exigeant pour Marie-Ève, a prédit Harnois. Des boxeuses comme [Chris Namus] et Lauren n’avaient que la main droite à surveiller. Lindberg, ce sont les deux mains qu’il faut absolument avoir à l’œil.

 

« Si Lindberg parvient à s’installer, c’est certain qu’il va y avoir une rafale de coups. Mais si Marie-Ève réussit à bouger constamment pendant tout le combat, Lindberg ne pourra alors que lancer un ou deux coups à la fois et ça deviendra ainsi beaucoup, beaucoup plus facile à gérer. »

 

Harnois, le promoteur Yvon Michel et Dicaire elle-même n’ont jamais caché leurs très grandes ambitions, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne profiteront pas de chacune des occasions qu’ils auront à leur disposition d’ici les grands rendez-vous pour corriger certaines petites lacunes.

 

Après avoir vu Dicaire gérer admirablement bien une coupure survenue au début de son combat contre Lauren, l’entraîneur souhaite que la championne soit nettement moins passive pendant les premiers rounds de ses affrontements, une tendance qu’il a observée depuis quelque temps.

 

« Marie-Ève devra être alerte dès la première cloche du premier round, a expliqué Harnois. Elle tombe parfois dans une zone où elle veut comprendre comment le round va se dérouler, puis elle devient soudainement nonchalante et commence ainsi à beaucoup trop se servir de son jab.

 

« Contre Lauren, elle s’était fait toucher par un crochet – heureusement sans conséquence –, mais face à une adversaire de la trempe de Lindberg, elle ne pourra pas se permettre ça... »

 

Lindberg sans son entraîneur

 

Sans surprise, Dicaire et Lindberg ont facilement respecté la limite de 154 livres jeudi midi à la pesée. La première a fait osciller le pèse-personne à 152,8 livres et la deuxième à 150,2 livres.

 

À noter que Lindberg n’aura pas son entraîneur Khoren Gebor, puisque ce dernier s’est battu vendredi dernier en Italie dans un combat pour un titre mineur du WBC chez les super-moyens.

 

« Je me suis bien préparée quand même, a dit Linberg. Ce qui compte, c’est tout le travail que nous avons accompli ces cinq dernières années. Pas juste au dernier camp d’entraînement. »