MONTRÉAL – Pour la première fois depuis le début de sa carrière, Arslanbek Makhmudov a fait face à un adversaire qui a résisté à toutes ses frappes et qui n’a finalement jamais plié l’échine.

Malgré deux chutes au plancher enregistrées aux premier et septième rounds, le Montréalais d’origine russe a dû se contenter d’une victoire par décision unanime des juges en finale d’un gala d’Eye of the Tiger Management présenté vendredi soir au Cabaret du Casino de Montréal.

Les trois juges ont remis des cartes de 97-91, 96-92 et 96-92 en faveur de Makhmudov (15-0) qui n’avait jamais disputé un combat de plus de sept rounds jusqu’à maintenant depuis le commencement de sa carrière. Son 15e triomphe en autant de sorties lui a permis d’ajouter la ceinture d’argent des poids lourds du WBC à celle de la NABA et de la NABF qu’il possédait déjà.

Les détracteurs de Takam qui prétendaient qu’il était un boxeur usé semblaient avoir eu raison sur toute la ligne en début de combat, puisque le Franco-Camerounais a posé un genou dans les premiers instants du premier round après avoir essuyé un barrage de coups dans un des coins.

Premier combat à la limite Makhmudov

« J’avais vu quelques-uns de ses combats et je savais qu’il s’épuiserait éventuellement, a déclaré Makhmudov. Après l’avoir envoyé au plancher, j’ai senti que j’avais besoin de relaxer. Je ne sentais pas d’urgence à l’arrêter. Je voulais savoir comment je me sentirais au bout des 10 rounds. »

Mais le vétéran athlète âgé de 41 ans a profité du compte pour reprendre ses esprits et imposer le tempo plutôt que de se le faire infliger. L’affrontement s’est ainsi transformé en jeu d’échecs, Makhmudov devenant extrêmement hésitant et n’envoyant finalement que très peu d’attaques.

L’inactivité du géant russe a permis à Takam de lancer ses grosses droites télégraphiées qui ont parfois réussi à toucher la cible. Et chaque fois que Makhmudov se décidait d’être un tantinet plus volontaire, son adversaire répliquait avec un coup qui avait exactement la même portée.

« C’est certain que c’était un peu plus stressant qu’à l’habitude, défensivement ç’aurait pu être un peu mieux, a reconnu son entraîneur Marc Ramsay.  Il y a quand même de très belles choses qui se sont passées ce soir. Pour la première fois, il a connu ce qu’est un combat de 10 rounds.

« J’aurais évidemment mieux aimé qu’il prenne moins de coups que ça, qu’il reste un peu plus organisé techniquement, mais il y a quand même beaucoup de choses que j’ai aimées ce soir. »

Mais Makhmudov s’est ultimement ressaisi en réussissant notamment à placer une belle gauche au cinquième round et c’est visiblement au septième assaut que l’issue du combat s’est jouée. Après que Takam eut perdu l’équilibre en ratant la cible, Le favori de la foule l’a pincé avec une droite et le Franco-Camerounais s’est retrouvé les quatre fers en l’air. Cette chute inattendue a permis à Makhmudov de reprendre confiance et de contrôler la quasi-totalité du reste du duel.

Takam a donné tout ce qui lui restait dans le corps au dixième et dernier round, mais il accusait trop de retard sur les cartes des trois juges pour espérer l’emporter aux points. Il s’agit pour lui d’une deuxième défaite de suite après celle contre Joe Joyce en juillet 2021 au Wembley Arena.

Butler se débarrasse de DeLuca au deuxième round

Le premier round laissait présager un combat ardu pour Steven Butler et puis soudainement à la fin de la deuxième minute du deuxième round : bang! Une puissante droite a fait perdre la carte à Mark DeLuca et le Montréalais s’est ainsi officiellement imposé par arrêt de l’arbitre à 1:24.

Butler (31-3-1) avait connu un début d’affrontement compliqué en se faisant toucher à quelques reprises par DeLuca (28-4), qui est parvenu à provoquer un saignement de nez à la suite d’un coup de tête. Hésitant, le Québécois ne se servait pas de son avantage au chapitre de la portée.

Mais alors que DeLuca se déplaçait le long des câbles pour tenter de se soustraire à la pression exercée par Butler, ce dernier a réussi à l’atteindre au visage avec une droite sortie d’une peu nulle part. L’Américain est parvenu à se relever, mais n’a jamais complètement retrouvé ses sens. L’arbitre Steve St-Germain a alors pris la décision judicieuse de mettre fin à l’affrontement.

Butler, qui a enregistré une deuxième victoire de suite, a également défendu avec succès le titre des moyens de la NABF qu’il avait obtenu à la suite de son triomphe sur Brandon Brewer en juin dernier au Cabaret du Casino. Présentement classé 24e au WBC, il y a fort à parier que Butler gagnera quelques rangs lors de la prochaine mise à jour du classement. Avant Butler vendredi soir, un seul autre boxeur avait réussi à arrêter DeLuca : l’ex-champion mi-moyen Kell Brook.

Butler beaucoup trop fort pour DeLuca

Dans les autres combats présentés en sous-carte, Thomas Chabot (7-0, 7 K.-O.) a continué de démolir les adversaires qui se présentent devant lui en arrêtant Armando Ramirez (3-2) à 1:24 du 2e round pour signer sa 7e victoire avant la limite en autant d’affrontements. Le boxeur de Thetford Mines a scellé l’issue de l’affrontement en son rival mexicain au plancher pour la troisième fois du combat – la deuxième du deuxième round – grâce à un crochet de la main droite au corps. Chabot d’ailleurs enregistré ses trois chutes au tapis à l’aide de coups au corps.

Dans un duel d’une rare intensité, Martine Vallières-Bisson (5-2) a dû s’avouer vaincue face à la Française et kickboxeuse Emma Gongora (4-3) par décision unanime (58-54, 57-54 et 57-54). Pendant la totalité des six rounds, les deux boxeuses ont échangé les coups à un rythme effréné. Gongora a réussi le premier coup d’éclat en envoyant Vallières-Bisson au plancher au deuxième round, mais la Française s’est ensuite compliqué la vie en perdant un point pour avoir donné un coup derrière la tête au troisième round. Elle a aussi été sanctionnée pour les mêmes raisons au sixième assaut, mais cela n’a eu aucun impact sur le résultat final. Pour Vallières-Bisson, qui a subi une fracture du nez, il s’agit d’une deuxième défaite consécutive après celle contre Laura Grzyb en juin dernier en Pologne. Gongora a quant à elle enregistré une cinquième victoire de suite, après avoir perdu les deux premiers chocs qu’elle a disputés dans les rangs professionnels.

En lever de rideau, Hamza Khabbaz (5-0) n’a fait qu’une bouchée de Jose Gutierrez Bolanos (2-6) en l’emportant par décision unanime (40-36, 40-36 et 40-36). Le Montréalais a malmené son adversaire mexicain pendant tout l’affrontement, ne rencontrant aucune difficulté à trouver les nombreuses ouvertures dans la défense de celui qui en était déjà à sa troisième visite au pays.

Finalement, Jean-Gardy François (3-0) et Andres Sanchez Ramirez (4-5-3) ont multiplié les coups en puissance sans jamais chercher à se protéger et c’est le Montréalais qui a été déclaré gagnant par décision unanime (40-36, 40-36 et 39-37). François est demeuré invaincu en trois combats, après avoir remporté ses deux premiers avant la limite. De son côté, Sanchez Ramirez a vu la victoire lui échapper pour une cinquième sortie consécutive (quatre défaites et un verdict nul).