Pour une rare fois cette saison, ce n’est pas le nom d’Hamilton, de Leclerc, de Vettel ou de Verstappen qui fait jaser à l’approche du Grand Prix du Japon.

 

C’est le nom « Hagibis » qui est sur toutes les lèvres.

 

Hagibis, c’est le nom donné à ce typhon qui se dirige vers le Japon et qui devrait faire sentir ses effets principalement samedi, amenant avec lui beaucoup de pluie et des vents violents.

 

Si les prévisions s’avèrent, le Grand Prix serait bien sûr affecté, surtout pour la séance de qualifications prévue le samedi. La Formule 1 a indiqué suivre le dossier de près et qu’une mise à jour aura lieu vendredi pour la suite des choses.

 

Mais est-ce que la F1 aurait pu être plus proactive? Car, ce n’est pas la première fois que ce genre de situation survient. C’était le cas en 2004 avec le cyclone Ma-On. Les qualifications avaient alors été reportées au dimanche matin, avant la course. Même scénario en 2010, où les qualifications se sont tenues le dimanche matin.

 

Et on se souvient de 2014. Menaçée par le typhon Phanfone, la Formule 1 n’avait pas pris de mesures pour devancer ou reporter l’épreuve. La course s’est tenue sous une pluie diluvienne et avait mené à l’accident mortel de Jules Bianchi.

 

Avec ce qui s’est passé la dernière fois, on aurait pu croire que la F1 serait plus encline à prendre des mesures rapidement… un peu comme l’a fait la Coupe du monde de rugby, qui a déjà annulé des rencontres prévues cette fin de semaine. Pourquoi attendre à la dernière minute? Car il ne s’agit pas seulement de la sécurité des pilotes qui est en jeu, mais aussi celle des spectateurs, qui devront prendre le volant pour se rendre au circuit et s’asseoir dans des estrades... en plein typhon, doit-on le rappeler! Bien sûr, certains diront que les spectateurs doivent prendre leurs propres décisions et peuvent décider de ne pas se rendre au circuit, mais au prix des billets pour assister à une fin de semaine de course, il n’y a pas de bonnes réponses pour un partisan. On ne devrait pas le forcer à choisir entre risquer sa sécurité ou gaspiller des centaines de dollars pour rien.

 

La Coupe du monde de rugby, elle, a fait son choix rapidement. Bravo pour la proactivité et pour avoir placé la sécurité des joueurs et des spectateurs avant les intérêts commerciaux et les ententes avec les commanditaires et les télédiffuseurs.

 

Dans son cas, la Formule 1 s’efforce d’attendre... et je la comprends aussi très bien d’agir de cette façon. C’est que la trajectoire d’un typhon, ça varie et c’est parfois bien difficile à prévoir. Avec les informations actuelles, le pire de la tempête devrait frapper samedi et laisser des conditions plus favorables dimanche. Mais si la F1 reporte la séance de qualification au dimanche matin et que le typhon frappe plutôt dimanche? Quel genre de décision ce serait? Et comment expliquer d’avoir annulé une épreuve tôt en semaine, par exemple, avec tous les impacts sportifs et financiers que cela comporte, si finalement, le soleil est de la partie?

 

Bref, je comprends très bien que la Formule 1 soit hésitante et préfère repousser ses décisions le plus tard possible. En fait, la vraie question est bien plus large. Pourquoi est-ce que la Formule 1 continue de se placer dans cette situation? Autrement dit, pourquoi continuer, année après année, à placer le Grand Prix du Japon en octobre, en pleine saison des typhons? N’est-il pas temps que la Formule 1 apprenne de ses erreurs du passé?

 

Je comprends la valeur historique d’avoir le Grand Prix du Japon en fin de saison. C’est le cas depuis des décennies et cela a donné plusieurs scènes phares dans l’histoire de la Formule 1. Plusieurs championnats se sont réglés au Japon et ce pays aura souvent joué un rôle déterminant dans la course au titre. Mais il faut voir plus loin.

 

Depuis le début de la semaine, le typhon accapare toute l’attention. Les éléments sportifs sont laissés en plans. Et même si certains ne voudront pas l’évoquer, nous avons tous en tête ce qui s’est passé la dernière fois. Peu importe ce qui se surviendra cette fin de semaine, j’ai de la difficulté à croire que la F1 continue de courir ce risque, année après année.

 

La solution parait pourtant simple. La Formule 1 est en Chine à la mi-avril. Pourquoi ne pas aller directement au Japon ensuite? En plus d’éviter la saison des typhons, les équipes vont sauver énormément de temps et d’argent en voyageant directement de la Chine au Japon. Pas besoin de refaire le voyage de l’Europe vers cette région du monde deux fois. De plus, l’an prochain, le grand cirque de la F1 sera au Vietnam juste avant le Grand Prix de Chine. Pourquoi ne pas regrouper ces trois épreuves ensemble? Tout le monde y gagnerait… même notre planète!

 

Le circuit de Suzuka est génial, il n’y a aucun doute. Il faut le garder au calendrier. Les partisans japonais sont parmi les plus passionnés au monde. Eux aussi méritent d’avoir un Grand Prix qui sera célébré et valorisé comme il se doit. Et ils méritent de pouvoir s’y rendre sans compromettre leur sécurité.

 

Bref, il est grand temps que les choses changent. Parce que pour la première fois de la saison, je n’ai pas hâte au Grand Prix. Pour être tout à fait honnête avec vous, j’approche cette épreuve avec crainte et avec une boule dans l’estomac. C’est peut-être moi qui m’en fais trop. Si c’est le cas, je l’assume pleinement. Mais le monde du sport automobile vient tout juste de traverser une épreuve difficile avec la perte d’Anthoine Hubert. Juan Manuel Correa, l’autre pilote impliqué dans l’accident de Formule 2 en Belgique, vient aussi tout juste de subir une opération de 17 heures et sera à l’hôpital pour encore au moins six semaines. Ce sport est dangereux. Trop dangereux pour être pratiqué dans un des phénomènes météorologiques les plus puissants de notre planète.

 

Présentement, tout ce que j’espère, c’est que la Formule 1 n’aura pas peur de prendre les décisions qui s’imposent et que tout se passe bien cette fin de semaine. Ensuite, il faudra se pencher sur la suite des choses.