L'impressionnant accident de la pilote de Formule 3 allemande Sophia Flörsch, âgée de 17 ans, au Grand Prix de Macao dimanche interroge sur la sécurité du sport automobile à une époque où les crashs sont de moins en moins tolérés.

Pourquoi le Grand Prix de Macao est-il dangereux

Ce GP très populaire, organisé sous diverses formes depuis 1954, accueille au mois de novembre plusieurs courses auto et moto dans les rues du « Las Vegas asiatique ». Son point d'orgue est la course de Formule 3 qui réunit les meilleurs pilotes des différents championnats nationaux. Le circuit temporaire de Guia, sur lequel est disputé le GP, fait partie des plus exigeants au monde. Ce long tracé (6,2 km) est constitué de très rapides lignes droites, où une F3 peut atteindre 275 km/h, enchaînées à des virages sinueux à la visibilité limitée. Comme tous les circuits urbains, il est étroit et dispose de peu de dégagements. Pour les pilotes qui perdent le contrôle de leur bolide, la course se termine en général dans les barrières. Pour ceux qui suivent, il n'est pas simple de les éviter, ce qui peut provoquer des sur-accidents. Lors des qualifications en catégorie GT en 2017, une quinzaine de voitures s'étaient ainsi empilées, sans faire de blessé.

Trois pilotes sont morts à Macao ces dernières années: le motard britannique Daniel Hegarty en 2017, le motard portugais Luis Carreira et le pilote auto hongkongais Phillip Yau en 2012. Plusieurs pilotes moto ont également été hospitalisés après des crashs cette année. Un autre pilote, deux photographes et un commissaire de piste ont aussi été blessés dans l'accident de dimanche. Le public a, par contre, été épargné. "Les pilotes, les officiels et les médias connaissent et acceptent les risques mais le véritable problème est celui des spectateurs, qui aiment être au près de l'action mais s'attendent à être protégés des conséquences d'un accident", remarque d'ailleurs le blogueur spécialisé Joe Saward.

Que s'est-il passé pour Sophia Flörsch?
Les caméras de télévision n'ont pas filmé l'accident de la pilote allemande mais des images captées par des spectateurs sont visibles sur les réseaux sociaux et les autres concurrents ont raconté ce qu'ils ont vu. Lancée à 276 km/h en arrivant dans un virage à angle droit, le plus serré du circuit, la Dallara-Mercedes de Flörsch a percuté l'arrière de la monoplace d'un concurrent, ce qui l'a projetée contre un mur, arrachant ses roues gauches. Son véhicule a alors touché les nouveaux vibreurs, ces rebords marquant les limites de la piste, installés cette année, ce qui l'a fait décoller au-dessus de la voiture du Japonais Sho Tsuboi, puis traverser les grillages de sécurité avant de s'écraser contre une cabine abritant des photographes et retomber dans une zone où se trouvaient des commissaires de piste. La jeune fille a été opérée d'une « fracture de la colonne vertébrale ». Le commissaire souffre notamment d'une « fracture de la mâchoire », un photographe d'une « commotion cérébrale » et l'autre d'une « lacération au foie », ont indiqué les organisateurs. Tsuboi est lui déjà sorti de l'hôpital. Le Japonais de 23 ans a été particulièrement chanceux, la voiture de Flörsch ayant heurté l'arceau juste derrière sa tête, justifiant l'installation prévue par la Fédération internationale de l'automobile (FIA) du dispositif de protection du cockpit appelé « halo » aux monoplaces de tous ses Championnats.

Comment réagit le monde de l'automobile ?
Devant ce bilan miraculeux, le monde de l'automobile loue les efforts de la FIA et des organisateurs. Pour Jonathan Noble, journaliste du site de référence Motorsport.com présent sur place, « les mesures de sécurité ont été cruciales pour les deux pilotes impliqués, les photographes et les commissaires ». « Il faut remercier la FIA de son travail pour rendre nos courses aussi sûres que possible. Arrêtons de nous plaindre et de douter de leur travail #merciFIA », exhorte sur Twitter Edoardo Mortara, double vainqueur de la course. « Tous ceux qui y participent connaissent les risques. Les sports mécaniques sont dangereux et ne seront jamais sûrs à 100%. Nous devrions être reconnaissants du travail incroyable fait par la FIA en matière de sécurité. Cet accident a montré combien ces voitures sont sûres », remarque pour sa part Lucas di Grassi. Le Brésilien, ancien vainqueur à Macao, critique toutefois l'installation sur les tracés urbains de vibreurs qui avaient déjà fait décoller l'Allemand Nick Heidfeld en Formule E à Pékin en 2014. « Nous allons étudier la situation et tirer les conclusions nécessaires », a déclaré sur Twitter dimanche le président de la FIA, Jean Todt. Le comité d'organisation du GP assure pour sa part qu'il « continuera de suivre les instructions de la FIA afin d'organiser un événement à la fois exaltant et sûr pour le public et les concurrents. »