MONTRÉAL - Imaginez une randonnée de 4800 km à travers les États-Unis, de la côte ouest à la côte est, qui franchirait 12 États, trois chaînes de montagnes et quatre des plus grands fleuves d'Amérique. Beau projet de vacances en VR, non? Pensez plutôt à une randonnée à vélo. En 11 jours seulement. C'est ce que s'apprête à faire l'ultracycliste Sébastien Sasseville.

Comme plusieurs, votre premier réflexe a sûrement été de vous demander : « Pourquoi? ».

« On le fait par passion, parce qu'on trouve ça intéressant. Il faut le dire: ce n'est pas un fardeau », affirme en riant l'athlète de 42 ans de Québec au cours d'un entretien téléphonique avec La Presse Canadienne, à une semaine de son départ vers Oceanside, en Californie, où sera lancée le 14 juin la 'Race Across America', qui se conclura le 25, à Annapolis, dans le Maryland.

« C'est comme quelqu'un qui joue au golf: je ne lui demanderai pas quand il arrêtera de jouer, je sais que c'est sa passion. Le sport d'endurance est la mienne; ça me remplit d'énergie. Ensuite, comme je vis avec le diabète de type 1, c'est clair que je veux prouver aux gens qui vivent avec cette condition qu'on peut accomplir de grandes choses. »

Vous avez bien lu: Sasseville est atteint du diabète de type 1, un diagnostic qui est tombé à l'âge de 22 ans. Son taux de glycémie doit être surveillé constamment. C'est déjà un travail constant, imaginez quand vous devez en plus franchir quelque 450 km à vélo chaque jour.

« Faire une course avec un diabète de type 1, c'est une couche de complexité énorme qu'on ajoute à quelque chose qui est déjà complexe », explique l'aventurier qui a déjà gravi l'Everest et franchi le Canada à la course et à vélo, en plus de participer à quelques ultramarathons.

« La gestion de la glycémie, c'est à tous les instants : les calculs, l'équilibre entre l'insuline et la glycémie, s'assurer que la glycémie est au bon niveau pour être capable de performer, mais aussi de dormir avec le peu d'heures qu'on a pour dormir. C'est de maîtriser les outils qu'on utilise, comme la pompe à insuline, le lecteur de glucose en continu. Mon équipe doit aussi être formée à tout ça. C'est une course par-dessus une course, c'est certain », a ajouté le seul Canadien inscrit à la compétition.

Importante logistique

Cette équipe est composée de 10 personnes qui le suivront constamment dans deux camions de poursuite et un véhicule récréatif, où il dormira -  peu : il sera sur son vélo 20 heures par jour - et prendra douches et repas.

« Ils ne doivent pas être nécessairement des spécialistes du diabète, mais sans eux, rien ne se passe, souligne Sasseville, qui gagne sa vie comme conférencier corporatif. Cette course, c'est une histoire de collaboration. (...) On s'entend qu'à 20 heures par jour, il y a de la fatigue accumulée qui s'installe et ils m'aident à prendre de bonnes décisions.

« J'ai un directeur de course dans un des véhicules de poursuite, j'ai quelqu'un qui est dédié à la cuisine, car nous avons 10 personnes à nourrir pendant 11 jours. On a nos chauffeurs, nos navigateurs. C'est de trouver l'équilibre parfait entre des rôles clairement définis, mais aussi une mission qui vient guider tout ce qu'on fait. On doit arriver de l'autre côté le plus rapidement possible, et tout le monde travaille à trouver les solutions pour arriver à cette fin », a-t-il ajouté.

Tout doit être réglé au quart de tour pour cette compétition qui est plus longue de 30 % que le Tour de France, mais disputée en moitié moins de temps.

« C'est une chorégraphie: quand je dois passer du vélo à la douche, ou du lit au vélo, tout doit se faire très rapidement. Quand je me réveille, mes vêtements sont prêts, le GPS est sur le vélo, tout est fait. Même chose quand j'arrive le soir: on prend le vélo pour l'amener à la maintenance, j'arrive dans la douche, j'ai un 'kit' de prêt et mon repas sera prêt quand j'en sortirai.

« Je dis à la blague que je ne sais pas où sont mes sous-vêtements dans le motorisé, mais c'est vrai! C'est toute l'équipe qui gère ça. Au-delà de la condition physique, des centaines d'heures ont été investies dans notre logistique, et c'est ce qui fait la différence dans une course comme ça », assure-t-il.

Un défi exigeant

La préparation pour une telle course prend des mois. Après des semaines intensives de musculation, Sasseville a dû s'exiler cet hiver pour pouvoir rouler sur de longues distances, des sorties de 100 à 400 km. Ne disposant comme tout le monde que de 24 heures par jour, il a dû sacrifier des pans de sa vie.

« C'est ce qui a été difficile au cours des six derniers mois: il n'y avait plus de temps pour rien d'autre. La vie sociale en a pris un coup. C'est un moment d'intensité, mais on retrouve l'équilibre après. Mes journées et mes semaines ne sont pas toujours équilibrées, mais mes années le sont! », lance-t-il.

Coût de l'aventure: plus de 100 000 $, estime Sasseville, qui a la chance d'être commandité par de gros joueurs de l'industrie pharmaceutique, comme Eli Lilly, Dexcom et Tandem Diabetes Care, par exemple.

« Ce sont des gens qui croient en des projets comme ça, qui voient l'impact que ça a sur les gens qui vivent avec le diabète de type 1. On veut que ça inspire, que ça fasse du bien. Leur appui est nécessaire », dit-il.

Où se voit-il conclure la compétition?

« C'est une course: il y aura un gagnant. J'aimerais ça bien me classer: je pense que j'ai ce qu'il faut. Maintenant, c'est une première participation et tout peut arriver : je pourrais finir dernier ou ne pas terminer. Il y a le tiers des participants qui ne terminent pas, et on parle des meilleurs ultracyclistes du monde.

« Au final, je veux que l'équipe et moi soyons fiers. C'est la course d'ultracyclisme la plus difficile au monde, si ça peut avoir un impact sur les gens, ça me rendrait heureux », conclut Sasseville.

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- Le site de la Race Across America : raamrace.org

- La course existe depuis 38 ans

- Elle traverse 12 États sur quelque 4800 km et 54 500 m de dénivellation.

- Elle peut être effectuée en solo, ou en équipe de deux, quatre ou huit cyclistes qui se relaieront le long du trajet

- Au fil des ans, des athlètes de 35 pays sur six continents ont pris le départ

- En 2022, plus de 220 cyclistes sont inscrits.

- On peut suivre Sébastien Sasseville sur ses pages Facebook, Instagram (@sebinspire), TikTok (@sebinspire) et LinkedIn, ou encore sur son site internet, www.sebinspire.com.