Je me souviens du temps où je courais seul, j’aimais parfois relever de petits défis. C’était amusant.

 

Lorsque j’apercevais un adepte au loin, je me disais qu’il fallait que je le rejoigne. J’accélérais, un verbe très relatif dans les circonstances. Parfois, j’arrivais à le dépasser mais régulièrement, je ralentissais juste derrière lui et je m’y installais, sachant très bien que je venais de remplir ma mission. Pourquoi le dépasser ? Qu’est-ce que ça me donnerait ? J’optais pour le respect.

 

Récemment, lors d’un entraînement, j’ai aperçu un coureur au loin après avoir viré à une intersection.

 

Ariane, ma compagne de course se retrouvait avec moi. Je lui ai raconté ce que je faisais jadis, que je tentais de rattraper le coureur. Aujourd’hui, ce goût a disparu et honnêtement, je ne dispose vraiment plus de l’énergie nécessaire pour mettre ce plan à exécution.

 

Ariane a répliqué en me disant qu’elle allait tenter sa chance. Elle a ouvert la machine. Jeune et talentueuse, elle a fini par le rallier et même le dépasser. On voulait savoir si nous connaissions cette personne.

 

Ça m’a rappelé de beaux souvenirs.Tragédie 2

 

La semaine dernière, je courais seul et une fois de plus, un adepte de la course à pied a soudainement surgi au loin. Inutile de dire que l’intention d’accomplir mon défi m’est revenu à l’esprit.

 

 

EST-CE QUE J’OSE ?

 

Bouf ! Ça va passer, me suis-je dit.

 

Or, lentement mais sûrement, je constatais graduellement que je me rapprochais de lui. Sans vouloir insister, je le voyais de plus en plus près. Depuis des lunes que ça ne m’était pas arrivé. Je souriais intérieurement.

 

Jusqu’au moment où je me suis retrouvé juste derrière lui, à quelques pas. C’était un jeune, physique imposant. Je me disais qu’il débutait dans ce milieu. Alors, je me suis posé la question, sachant qu’il devenait possible pour moi de le dépasser. Est-ce que j’ose ?

 

Je craignais de l’indisposer, qu’il se sente mal de se faire doubler par un vieux tacot !

 

Pour le simple plaisir et voyant que je courais un peu plus rapidement que lui, je l’ai dépassé. En posant ce geste, j’ai ralenti juste à ses côtés et je lui ai souri sans dire un mot.

 

Puis, j’ai poursuivi ma route, au même rythme.

 

 

JOUER LE JEU

 

Quelques minutes plus tard, j’entendais des pas derrière moi. Qui vois-je passer devant moi ? Oui, il revenait à la charge en accélérant.

 

TourbillonJ’espère juste que je ne l’ai pas froissé et que tout comme moi, il s’est lancé le défi de me rejoindre pour le simple plaisir de la chose.

 

Il a poursuivi son chemin puis a tourné vers une piste cyclable alors que je continuais en ligne droite. En tournant, je l’ai vu me regarder et j’imagine qu’il voulait savoir à quel endroit je me situais.

 

Ce que j’espère est de l’avoir motivé à se surpasser et qu’à son tour, il tente éventuellement de rejoindre les coureurs qu’il verra au loin lors de ses entraînements simplement pour jouer le jeu.

 

Il faut bien s’amuser lorsque l’on court !