MONTRÉAL – « Vernon, garde la tête haute. Personne ne s’attendait à ce que tu accomplisses tout ça et les gens pensaient la même chose à propos de notre équipe. Maintenant, on peut bâtir sur quelque chose, tu nous as donné la possibilité de bâtir sur quelque chose. Ne l’oublie pas, je t’aime! »

 

Voilà les mots choisis par Kristian Matte, un meneur qui n’est pas friand des discours, pour remonter le moral à Vernon Adams fils en fin de rencontre, dimanche, face aux Eskimos d’Edmonton.

 

Pour cette demi-finale de l’Est, Matte portait un micro pour les bénéfices des téléspectateurs de RDS et cette initiative a permis de capter cette scène très révélatrice et très touchante.

 

Au lendemain de ce revers crève-cœur, Matte et Adams fils ont été invités à commenter cet extrait qui s’est propagé sur les réseaux sociaux.

 

Vernon Adams Jr inconsolable

« D’abord, j’ai oublié que je portais le micro. C’est un moment de vulnérabilité disons. Parfois, être meneur, ce n’est pas de trop parler, mais de dire la bonne chose au bon moment. Quand c’est arrivé, j’ai parlé avec mon cœur. Je voyais qu’il était très émotif et qu’il avait besoin de se faire parler », a raconté Matte dans le vestiaire du Stade olympique. 

 

Matte tenait à lui rappeler que l’espoir renaît chez les Alouettes grâce à son éclosion.

 

« Il a assumé beaucoup de responsabilités sur ses épaules. Dans des moments comme ceux-ci, souvent les joueurs vont se blâmer pour tout ce qui se passe sur le terrain. La réalité, c’est qu’on est 24 partants plus les gars des unités spéciales. Je ne voulais pas qu’il soit dans un coin à penser que c’était uniquement de sa faute. On a juste manqué de magie à la fin. J’ai fait ce que je pensais que je devais faire », a expliqué le joueur de ligne offensive qui souhaite renouveler son contrat durant la saison morte. 

 

Quand on se rappelle qu’Adams fils a été « barouetté » dans sa carrière et que les partisans ont réclamé Johnny Manziel, en scandant son nom, pendant qu’il se démenait sur le terrain, cette intervention de Matte restera gravée dans ses souvenirs.   

 

« Ce moment a été très spécial pour moi, j’ai regardé de nouveau la vidéo ce matin (lundi). C’est juste merveilleux, c’est un vétéran, un meneur qui est là depuis plus de 10 ans. Il fait toujours les bonnes choses sur le terrain et à l’extérieur. Il m’a aidé pour la lecture des protections, il m’a permis de faire évoluer mon jeu. Qu’il m’ait dit ces belles choses après une telle prestation de ma part, c’était génial », a avoué Adams fils qui s’en voulait encore pour ses trois interceptions.

 

« J’ai regardé de nouveau le match en soirée. J’ai été victime de trois interceptions sans compléter une seule passe de touché. Tu ne peux pas gagner quand ton quart-arrière joue de cette façon. Ce sera difficile pour moi pendant quelques semaines, mais c’est une expérience d’apprentissage », a-t-il soumis.

 

L’apprentissage a été un thème du bilan du quart-arrière avec les médias. Adams fils ne veut surtout pas que sa saison florissante de 2019 ne soit qu’une exception dans son parcours.

 

« C’était ma véritable première année, j’ai déjà établi les choses sur lesquelles je dois travailler. Je veux juste devenir meilleur, je ne vais pas décliner », a insisté le numéro 8 qui a profité de l’occasion pour régler ses comptes avec des observateurs qui ont critiqué son jeu. 

 

« Je n’ai pas besoin de tout dévoiler, je sais sur ce quoi je dois travailler. Vous avez votre opinion là-dessus et je le vois », a exprimé celui qui s’entraînera surtout dans le coin de son domicile (Seattle) tout en revenant à Montréal où il souhaite tenir un camp pour les jeunes en janvier.

 

Ses plans incluent également des séances avec les receveurs de l’équipe dans un endroit à déterminer pour compenser le camp de printemps qui n’existe plus.

 

Adams fils est bien différent d'Anthony Calvillo

 

La renaissance des Alouettes a donc été indissociable de la sienne. Durant le bilan, John Bowman est venu ajouter son grain de sel sur l’impact d’Adams fils.

 

« Vernon a connu une très bonne saison, mais où va-t-il se rendre maintenant? Les plus grands rendent les autres meilleurs autour de lui. Il détient beaucoup de caractéristiques d’un bon quart, mais il va seulement s’améliorer et la stabilité va l’aider », a-t-il lancé d’emblée avant d’exposer les différences avec Anthony Calvillo.

 

Les Alouettes soudés par l'adversité

« Il est différent d’AC, et ce n’est rien de négatif contre lui, mais il n’était pas un gars de la gang, il était juste ainsi. C’est aussi parce que Calvillo était vieux, il avait autour de 40 ans tandis que Vernon a 25. Bref, cette équipe va grandir avec lui », a ajouté l’ailier défensif.

 

Bowman a vu neiger en 14 saisons dans le nid et il affirme qu’il n’a jamais constaté un tel esprit d’équipe.

 

« Même quand on se rendait à la Coupe Grey, le lien n’était pas aussi fort. Les gars sont tous jeunes sauf moi, Martin (Bédard) et Kristian (Matte). Ils sont tous dans la vingtaine, ils ont les mêmes intérêts, les mêmes idées. Quand je suis arrivé en 2006, AC avait déjà 37 ans (presque 34 en vérité) et il y avait les (Bryan) Chiu, (Scott) Flory, (Anwar) Stewart et (Ben) Cahoon », a rappelé Bowman pour les taquiner sur leur âge.

 

S’il a eu énormément de plaisir avec ces « jeunes » en 2019, Bowman trouve que la défense a été trop généreuse à son goût.

 

« On a connu des hauts et des bas, mais on parle d’un groupe nouveau avec peu de vétérans. On a subi des blessures chez les secondeurs et des changements dans la tertiaire. Mais je leur lève mon chapeau pour avoir combattu. Les gens parlent de plier sans casser, mais on a beaucoup plié », a témoigné l’Américain de 37 ans qui réfléchit encore à son avenir.

 

Adams fils a joué un rôle déterminant dans le revirement de situation à Montréal, mais l’entraîneur-chef Khari Jones en a été l’architecte. On termine avec deux exemples dénichés pour vous faire comprendre sa contribution. Pour les exposer, on laisse la parole au receveur Félix Faubert-Lussier et au spécialiste des longues remises, Martin Bédard.

 

« Il était lui-même, il y avait une aura autour lui. Il menait le groupe à travers l’amour qu’il avait envers nous. Il n’y avait pas le stress de la performance et ça se sent dans une équipe quand il n’y a pas l’angoisse de la performance et qu’il existe un droit à l’erreur. Cette angoisse de performance est souvent énorme au niveau professionnel », a relevé Faubert-Lussier.

 

On enchaîne avec le Club 514 alors que le vestiaire du Stade olympique était transformé en espace de danse.   

 

« Ça se passait la veille de chaque partie à la maison. On commence les journées avec les réunions d’équipe et celle des unités spéciales. Ensuite, Boris (Bede), Yenny (Enrique) et moi étions libres pendant les réunions de l’attaque et de la défense. On préparait toute la place comme si c’était un club. On avait un stroboscope, une machine à fumée, des lasers, des hauts-parleurs... », a raconté Bédard avec un grand sourire.