LCF
Alouettes de MontrealOpens in new window

Pour l’amour du football

Publié le 

MONTRÉAL – Quand notre famille est au Mexique et qu’on reçoit un salaire de 16 500 $, il faut être un romantique du football, comme Jose Maltos-Diaz, pour s’accrocher, pendant plusieurs années, au rêve d’une carrière professionnelle.

« Pour l’amour du football », a lancé Louis-Philippe Bourassa pour résumer, à merveille, la résilience démontrée par Maltos-Diaz.

En 2013, le botteur d’origine mexicaine des Alouettes s’était joint aux Saints de La Nouvelle-Orléans durant quelques mois.

Mais la route a été cahoteuse par la suite. Ce n’est qu’en 2019 que Maltos-Diaz a obtenu une nouvelle chance professionnelle avec le Rouge et Noir d’Ottawa. Il est demeuré avec cette organisation jusqu’en 2022 en ayant, surtout, un rôle sur l’équipe d’entraînement.

Ce rôle, selon la convention collective de la LCF, ne procure qu’un salaire de 750 $ par semaine pendant 22 semaines (total de 16 500$). Puisque Maltos-Diaz travaille aussi comme courtier immobilier en sol mexicain, il aurait pu renoncer au football bien avant de se voir confier le poste de botteur partant des Alouettes. La porte s’est ouverte en 2024 en raison d’une blessure à David Côté.

« La majorité des joueurs dans la LCF ne font pas ça pour l’argent. Certains le feraient presque gratuitement et je ne suis pas loin de ce groupe », a expliqué Bourassa.

On plaisante, mais on lui promet qu’on ne le dira pas au directeur général Danny Maciocia.

La passion et l’amour, c’est bien beau, mais le talent doit être présent pour que ça fonctionne. Pour ne dénigrer personne, utilisons un parallèle fictif : Happy Gilmore était fou de hockey en étant terriblement mauvais.

C’est loin d’être le cas pour Maltos-Diaz. Cette saison, il a été éblouissant avec 51 placements alors que le record des Alouettes appartient à Damon Duval (55 en 2009).

Et que dire de son rendement de sept en huit sur une distance de 50 verges et plus. Des statistiques dignes de l’élite dans la NFL.

« Sa force mentale va m’épater à jamais. Plus tu apprends à le connaître, plus tu vois à quel point il est fort. Personne n’est parfait, mais c’est de voir comment tu peux te reprendre après une erreur et il est impressionnant », a vanté Byron Archambault, le coordonnateur des unités spéciales et adjoint à l’entraîneur-chef.

« Il pourrait réussir 10 placements dans un match et il serait partant pour le prochain; il est toujours prêt à relever le défi », a-t-il ajouté.

La cerise sur le sundae aura été son botté unique et fascinant, lundi, face au Rouge et Noir. Un botté « coup de poing » qu’il a propulsé directement sur un adversaire pour permettre aux Alouettes de le récupérer.

« C’était spécial, je l’ai pratiqué toute la semaine. Je suis reconnaissant que notre entraîneur m’ait accordé la chance de l’exécuter. Je les adore (les bottés inusités), j’ai grandi avec le soccer donc c’est un peu plus facile de varier mes bottés », a confié Maltos-Diaz.

Avec son expérience dans la LCF, Bourassa - qui agit comme spécialiste des longues remises – était convaincu par le potentiel de Maltos-Diaz.

« Il possède le bon état d’esprit pour ce boulot. Quand il allait avoir sa chance, je savais qu’il ne perdrait plus sa place », a-t-il noté.

« Il a fallu que je reste patient, mais aussi que je saisisse l’occasion quand elle s’est présentée, on ne parvient pas toujours à le faire. Je suis heureux de jouer dans la LCF », a exprimé le botteur de 34 ans.

Durant la saison morte, Maltos-Diaz a pu tester sa force mentale et sa créativité. Dans son pays, il s’entraîne très souvent sur des terrains de soccer donc il doit imaginer, dans sa tête, des poteaux de football.

En 2023, on avait consacré un article au botteur de dégagement, Joseph Zema, pour décrire son arsenal diversifié. Zema, un Australien, est ravi de constater que c’est au tour de Maltos-Diaz de recevoir des éloges.

« C’est une belle histoire. Il a participé à des camps dans la NFL, il s’est accroché à son rêve et il a réussi son objectif tout en étant un très bon coéquipier », a exprimé Zema qui est le meneur de la LCF en 2025 avec 12 dégagements à l’intérieur de la ligne de 10 verges de l’opposant.

Le petit tour de magie de Maltos-Diaz aurait pu être conservé pour les éliminatoires, mais Zema a confirmé que lui et son coéquipier avaient d’autres bottés inédits à déployer.

« C’est un sport parfois crève-cœur, mais bien des joueurs font de grands sacrifices dont Jose qui est loin de sa famille. Il s’est accroché par passion et rien de tout ça ne serait arrivé s’il avait lâché. Le football, ça te procure un feeling unique », a conclu Bourassa avec justesse.